Mary Two-Axe Earley, aînée kanyen’kehà:ka (mohawk), défenseure des droits des femmes et des enfants, militante des droits de la personne (née le 4 octobre 1911 sur la réserve Kahnawà:ke au Québec; décédée le 21 août 1996 sur la réserve Kahnawà:ke). L’aînée Mary Two-Axe Earley était une pionnière et une architecte du mouvement des femmes au Canada. Son activisme politique a contribué à la formation d’une coalition d’alliés pour remettre en question les lois canadiennes qui discriminaient les femmes autochtones (voir Questions relatives aux femmes autochtones du Canada). La majeure partie de son militantisme politique s’est étendue sur les trois dernières décennies de sa vie, et elle a été particulièrement active dans les années 1960, 1970 et 1980. En 2025, elle a été désignée personne historique nationale par le gouvernement du Canada.
Jeunesse et éducation
Née en 1911, l’aînée Mary Two-Axe Earley grandit sur la réserve Kahnawà:ke, une communauté agricole située en bordure du fleuve Saint-Laurent sur la rive-sud de Montréal. Les Kanyen’kehà:ka sont membres de la Confédération Haudenosaunee (Six Nations). Ils sont également connus sous le nom de « Gardiens de la Porte de l’Est » en raison de leur situation géographique à l’extrémité est du territoire Haudenosaunee. (Voir aussi Territoire autochtone.)
Enfant, Mary Two-Axe Earley habite avec sa mère, une enseignante, guérisseuse et infirmière oneida qui s’occupe des membres vulnérables de leur communauté. Tragiquement, alors qu’elle n’a que 10 ans, elle perd sa mère qui meurt de la grippe espagnole alors qu’elle soigne des élèves malades dans le Dakota du Nord. Cette maladie ravage la population mondiale après la Première Guerre mondiale.
À l’âge de 18 ans, à une époque où les possibilités d’emploi sont limitées pour les personnes qui vivent sur les réserves au Canada, Mary Two-Axe Earley quitte ses terres ancestrales et émigre aux États-Unis pour y chercher du travail. Elle s’installe à Brooklyn dans New York où une communauté Kanyen’kehà:ka, le « Little Caughnawaga », se développe autour des industries sidérurgiques durant l’essor industriel des années 1920. C’est là qu’elle rencontre et épouse Edward Earley, un ingénieur électricien d’origine irlandaise-américaine. Ils ont deux enfants, Rosemary et Edward Earley.
Activisme : droits des femmes et statut d’Indien
L’aînée Mary Two-Axe Earley consacre la plus grande partie de sa vie à se battre contre les injustices que la Loi sur les Indiens crée pour les femmes indiennes inscrites. En 1876, un amendement à la loi, soit l’alinéa 12(1)b), supprime les droits fonciers et les droits de traités des femmes indiennes qui se marient « à l’extérieur » (c’est-à-dire qui épousent une personne qui n’a pas le statut d’Indien). En vertu de cet amendement, les hommes indiens inscrits peuvent toujours transmettre leur statut à leur épouse et à leurs enfants, mais les femmes indiennes inscrites ne le peuvent pas. Les femmes des Premières Nations héritent d’abord du statut de leur père, et ensuite de celui de leur époux. Si l’époux est un Indien inscrit, la femme autochtone adopte son statut et vit au sein de la bande de son mari. Si son mari n’est pas un Indien inscrit, elle perd complètement son statut d’Indienne. En vertu de l’alinéa 12(1)b), les femmes qui divorcent de leur mari indien inscrit perdent également leur statut. La seule manière pour une femme de retrouver son statut est de se marier à nouveau avec un Indien inscrit. Par conséquent, le statut d’Indien est déterminé par la lignée masculine. Ces dispositions relatives au statut agissent comme des vecteurs d’assimilation forcée et de dépossession qui marginalisent les femmes autochtones et institutionnalisent les privilèges des hommes au sein des gouvernements de bandes. Cela crée finalement des conditions sociales d’oppression à la fois à l’intérieur comme à l’extérieur des réserves. (Voir aussi Les femmes autochtones et le droit de vote; Questions relatives aux femmes autochtones du Canada.)
En 1966, après qu’une des sœurs de clan des Kanyen’kehá:ka de Mary Two-Axe Earley meurt dans ses bras d’une crise cardiaque, elle commence à défendre les droits des femmes autochtones. Elle croit fermement que le stress a contribué à la mort de son amie, qui s’est vu refuser des droits de propriété à Kahnawà:ke en vertu de la Loi sur les Indiens. Mary Two-Axe Earley organise une série de campagnes de discours et de publications afin de mettre en lumière les abus subis par les femmes qui se voient refuser le statut, les droits de traités et les droits de propriété en vertu de la Loi sur les Indiens. Les audiences de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada, qui débutent en 1967, résultent directement des efforts coordonnés déployés par diverses organisations de femmes. Ces groupes revendiquent sans relâche la souveraineté des femmes sur leur propre corps, une réforme constitutionnelle, et l’égalité devant la loi.
Prête à faire avancer ce combat, Mary Two-Axe Earley se joint au mouvement Indian Rights for Indian Women (IRIW) en 1967, qui est un groupe de défense des droits dédié à la lutte contre le colonialisme sexiste. La Commission royale d’enquête offre à au IRIW une plateforme grand public pour dénoncer les inégalités que subissent les femmes autochtones. Bien que la Commission recommande « que la Loi sur les Indiens soit amendée pour permettre à toute femme indienne mariée à un non-Indien a) de conserver son statut d’Indienne et b) de transmettre son statut à ses enfants », cette modification n’est pas adoptée. Mary Two-Axe Earley se retrouve elle-même visée par l’alinéa 12(1)b) à la mort de son mari en 1969, lorsqu’elle doit transférer ses droits de propriété sur sa maison à sa fille (qui est mariée à un homme de Kahnawà:ke) pour pouvoir revenir sur la réserve.
Les recommandations rejetées de la Commission royale d’enquête en 1970 sont suivies d’une longue période de réticence de la part du gouvernement canadien et de la Fraternité nationale des Indiens (renommée Assemblée des Premières Nations en 1982) qui se montrent peu enclins à remédier à la nature patriarcale et oppressive de l’alinéa 12(1)b) de la Loi sur les Indiens. Mary Two-Axe Earley et ses alliés continuent néanmoins à se battre pour ces droits de la personne tout au long des années 1970. En 1974, elle devient une des membres fondatrices de l’Association des femmes autochtones du Québec. L’année suivante, Mary Two-Axe Earley accompagne 60 autres femmes de Kahnawà:ke à la conférence organisée à Mexico à l’occasion de l’Année internationale de la femme. Pendant la conférence, Mary Two-Axe Earley reçoit un appel l’informant que le conseil de bande de Kahnawà:ke a envoyé aux femmes qui participent à la conférence des avis d’expulsion. Stratège brillante, elle décide d’utiliser cet événement pour mettre en lumière à cette conférence internationale la discrimination raciale et sexuelle qu’elle et d’autres femmes subissent au Canada. Face à la couverture médiatique suscitée par cette initiative, le conseil de bande retire ses ordres d’expulsion.
Après une lutte acharnée, les efforts de Mary Two-Axe Earley sont finalement récompensés par le projet de loi C-31 qui reçoit la sanction royale le 28 juin 1985. Ce projet de loi modifie la Loi sur les Indiens en établissant un processus permettant à certaines femmes qui ont perdu leur statut en vertu de l’alinéa 12(1)b) de le retrouver. La semaine suivante, le 5 juillet 1985, Mary Two-Axe Earley voit son statut réinstauré à l’occasion d’une cérémonie organisée à Toronto avec une lettre reçue de David Crombie, ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien (maintenant Ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord). Au cours de la cérémonie, Mary Two-Axe Earley déclare : « Je retrouve enfin mes droits. Après toutes ces années, j’aurai légalement le droit de vivre sur ma réserve, d’être propriétaire, de mourir et d’être enterrée avec mon propre peuple. »
Prix et distinctions
Le 17 octobre 1979, l’aînée Mary Two-Axe Earley est reconnue pour son travail avec Indian Rights for Indian Women et reçoit le prix du gouverneur général en commémoration de l’affaire « personne » pour sa remarquable contribution à l’avancement des droits et de l’égalité des femmes et des filles au Canada. Dans les années 1980, l’Université York à Toronto rend hommage à Mary Two-Axe Earley en lui décernant un doctorat honorifique en droit. Elle devient également officière de l’Ordre national du Québec en 1985 et elle reçoit en 1996 un prix national d’excellence décerné aux Autochtones (maintenant appelé prix Indspire).
Le 28 juin 2021, l’artiste Star Horn crée un des « doodles » publiés quotidiennement sur la page d’accueil de Google. Son doodle représente Mary Two-Axe et est accompagné d’un court profil et il souligne ses importantes réalisations. La page du doodle comprend également une entrevue avec l’artiste Star Horn, qui est originaire de la même communauté que Mary Two-Axe Earley.
En 2025, Mary Two-Axe Earley est désignée personne historique nationale par le gouvernement du Canada.
Décès
Après trois décennies d’activisme, l’aînée Mary Two-Axe Earley contracte une maladie respiratoire. Elle meurt le 21 août 1996 à l’âge de 84 ans, sur la même réserve où elle est née. Avant son décès, elle récolte les fruits de ses luttes pour des changements constitutionnels. Conformément à ses souhaits, elle est enterrée dans un cimetière catholique sur la réserve de Kahnawà:ke.
Importance
L’aînée Mary Two-Axe Earley a été une activiste courageuse et infatigable qui s’est battue pour des changements constitutionnels visant à protéger les femmes marginalisées par la Loi sur les Indiens. Son travail demeure un élément marquant de l’histoire du mouvement des femmes et de l’activisme des femmes autochtones au Canada.