FONKi, artiste, graffeur, commissaire de galerie, producteur de films documentaires, producteur en événementiel (né le 12 février 1990, à Paris, en France). FONKi, qui travaille sous pseudonyme, est un pionnier de l’art du graffiti au Québec. Son documentaire The Roots Remain (2014), qui met en scène son retour au Cambodge, a été récipiendaire de plusieurs prix. Depuis 2020, il est le propriétaire et le commissaire de la FT Gallery à Phnom Penh, au Cambodge. Il a fondé le festival Murals for Cambodia en 2022. Au cours de sa carrière, il a cherché à mettre de l’avant la culture du « street art » (art urbain) et à faire rayonner la scène artistique cambodgienne contemporaine. (Voir aussi Communauté cambodgienne ou khmère au Canada.)

Influences artistiques
FONKi a des influences artistiques éclectiques. Il tire son inspiration de la culture du graffiti et de la musique hip-hop, mais aussi de l’histoire et de la culture cambodgienne, autant celles du Moyen Âge que de l’époque contemporaine. Il s’inspire également de l’art européen classique et de l’art de la portraiture. FONKi se réapproprie les codes de l’art cambodgien et de l’art européen du passé pour en faire des œuvres solidement ancrées dans la culture moderne de l’art urbain.
Il considère faire partie du mouvement artistique de la renaissance khmère qui a commencé au début des années 2010.
Jeunesse et formation
FONKi est né à Paris de parents cambodgiens réfugiés qui ont fui le génocide des Khmers rouges dans les années 1970 (voir Communauté cambodgienne ou khmère au Canada). Lorsqu’il a quatre ans et demi, sa famille déménage à Montréal. Enfant, il adore dessiner et se passionne pour les bandes dessinées. Sa famille l’encourage à explorer ses intérêts créatifs. Son père est passionné par la photographie et sa mère aime l’aquarelle. De plus, il a plusieurs cousins et cousines évoluant dans les arts, tels que l’actrice Élodie Yung. À l’âge de huit ans, il est introduit pour la première fois à l’art du graffiti par une murale d’Alex Scaner, un des pionniers du graffiti montréalais. À l’époque, le graffiti est illégal à Montréal, mais Scaner et d’autres artistes réussissent déjà à en faire une carrière auprès d’une clientèle privée. La police visite l’école de FONKi pour décourager les jeunes à faire des graffitis. Mais cela ne fait qu’intensifier l’attrait de cet art pour le jeune artiste en herbe. À l’âge de 11 ans, lors d’une visite en France, il est fasciné par les graffitis dans les métros français.
Plus tard, la famille de FONKi déménage dans le quartier montréalais Notre-Dame-de-Grâce. C’est là qu’à 15 ans, un ami de sa classe lui fait rencontrer des artistes de la scène artistique montréalaise du graffiti. C’est alors qu’il se choisit le nom d’artiste FONKi, inspiré du groupe de rap marseillais Fonky Family. Il effectue ses premiers projets payants d’art graffiti pour divers clients de son entourage ― il peint des murales pour le café et la cour de récréation de son école et le cabinet de sa dentiste.
En 2009, FONKi obtient un diplôme d’études collégiales en arts visuels au Cégep du Vieux-Montréal. (Voir aussi Collège d'enseignement général et professionnel (CEGEP) au Québec.) Il y découvre l’art classique européen et apprend à peindre de manière classique avec des canettes de peinture en aérosol. Il poursuit ses études à l’Université Concordia en cinéma d’animation, mais quitte son programme en 2013 pour se consacrer à sa carrière artistique.
Débuts de carrière
Choqué par la mort de trois artistes graffiti influents de la scène montréalaise lors d’un accident de train en novembre 2010, FONKi décide de se concentrer sur l’art mural plutôt que sur l’animation. Alors qu’il est encore aux études, il commence à exposer ses œuvres murales un peu partout à Montréal dans des pop-ups, c’est-à-dire des expositions éphémères et généralement immersives, des expositions solos et des expositions de groupe. En 2012, l’artiste cofonde le collectif artistique d’art moderne urbain MTL ZOO. En 2013, MTL ZOO collabore avec la première édition du festival MURAL de Montréal. Les artistes organisent des soirées de clôture, créent des murales et produisent des décorations pour le festival. FONKi continue d’être impliqué dans la production du festival MURAL au cours des années qui suivent.
Percée avec The Roots Remain
En 2012, FONKi obtient une résidence d’artiste de quatre mois à Phnom Penh. Au cours de ce séjour au Cambodge, il tourne avec des camarades le documentaire The Roots Remain (Retour aux sources). En retournant au pays de ses ancêtres, l’artiste filme son renouement avec sa culture et se réapproprie son histoire familiale. Il retrouve le corps de son grand-père paternel ― tué durant le génocide des Khmers rouges. Il effectue également des recherches dans ses archives familiales. FONKi découvre un Cambodge en pleine transition où la jeune génération essaie de rebâtir le pays suite aux séquelles du génocide. À Phnom Penh, il peint une murale dans le style kbach – un style de décoration architecturale traditionnelle cambodgienne – qui montre les membres de sa famille tués durant le génocide. Par le biais du film, il voulait montrer sa murale à ses parents pour que sa famille se réconcilie avec les blessures du passé.
La première du documentaire a lieu en 2015 durant le festival de films de Cambodia Town à Long Beach, en Californie ― la ville où habite la plus grande communauté cambodgienne du monde en dehors du Cambodge. Cette année-là, The Roots Remain est sélectionné pour plusieurs festivals de films en Amérique du Nord et au Cambodge. Le film remporte plusieurs prix, dont le prix Magnus-Isacsson, remis à un film témoignant d’une conscience sociale, et le prix des détenues, tous deux remis lors des Rencontre internationales du documentaire de Montréal (RIDM) en 2015. Il reçoit également le prix du meilleur film documentaire au Victoria Film Festival en 2016 et le prix DocsMX du top 10 de la décennie, remis en 2021 lors du Festival international du film documentaire de Mexico. (Voir aussi Festivals du film.)
En 2015, le prix des détenues RIDM offre l'opportunité à FONKi de donner des ateliers de graffiti dans les prisons pour femmes au Canada et ailleurs dans le monde. Il donne aussi des ateliers de graffiti dans les écoles.
En 2014, FONKi retourne au Cambodge pour filmer la suite de The Roots Remain, une websérie qui s’intitule FONKi World. Il filme ses rencontres avec des artistes locaux qui sont en train de révolutionner la scène artistique cambodgienne et crée de nouvelles murales.
FT Gallery à la Factory Phnom Penh, Murals for Cambodia Festival et projets actuels
Durant sa vingtaine, FONKi continue à voyager entre le Cambodge, le Canada et la France pour ses nombreux projets artistiques. En 2018, il décide de s’installer au Cambodge pour créer des toiles et faire une exposition.
En 2020, il devient le propriétaire et le commissaire de la FT Gallery à la Factory Phnom Penh, une galerie d’art contemporain. En 2022, il fonde le festival Murals for Cambodia pour célébrer la culture hip-hop et l’art urbain du pays. Dans le cadre du festival, il invite des artistes internationaux et des artistes originaires du sud-est asiatique à exposer leur art au FT Gallery. Les artistes ont aussi l’opportunité de peindre dans la jungle cambodgienne et d’aller à la rencontre des jeunes dans les écoles locales.
En 2022, FONKi réalise la plus grosse murale de sa carrière, Dream, Hunt, Make sur l’un des édifices du Middlesex Community College, dans l'État du Massachusetts aux États-Unis.
Lors des Jeux de l’Asie du Sud-Est en 2023, la FT Gallery organise une exposition avec plusieurs artistes de la région. Cette même année, FONKi dévoile sa toile Le Triomphe du Cambodge, une version « remixée » d’une toile du peintre italien Pompeo Batoni, pour le ministère du tourisme cambodgien. En 2023 également, il présente au roi cambodgien, Sa Majesté Norodom Sihamoni, un portrait qu’il a peint de ce dernier.
En 2025, pour célébrer ses 20 ans de carrière, FONKi expose quelques œuvres lors d’un pop-up durant la première édition du Festival Champa à Montréal.