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Gabriel Charpentier

Gabriel (Moïse) Charpentier, compositeur, poète, conseiller artistique, professeur (né le 13 septembre 1925 à Richmond, au Québec; décédé le 7 novembre 2019 à Montréal, au Québec).

Formation

Gabriel Charpentier apprend d'abord le piano avec Estelle Letarte à Richmond, Joseph-Antonio Thompson à Trois-Rivières puis de 1940 à 1945 avec Hervé Cloutier et Fernand Graton au collège Jean-de-Brébeuf à Montréal et parallèlement avec Jean Papineau-Couture. C'est à l'époque de ses études classiques qu'il découvre la musique de Berg, Debussy, Schoenberg, Stravinsky et Webern.

Chez les Bénédictins de Saint-Benoît-du-Lac où il séjourne de 1945 à 1947, Gabriel Charpentier étudie le chant grégorien avec dom Bergeron. Il travaille ensuite à Paris de 1947 à 1953 sous la direction d'Andrée Bonneville, Nadia Boulanger, Annette Dieudonné et Norbert Dufour.

À la Société Radio-Canada

De 1953 à 1980, Gabriel Charpentier est coordinateur et conseiller artistique des programmes musicaux pour la télévision de la Société Radio-Canada. Cette double fonction l'amène à collaborer (avec Françoys Bernier, Pierre Mercure, Pierre Morin et autres réalisateurs) à l'élaboration et à la production de plusieurs séries dont Concerts pour la jeunesse, L'Heure du concert, Musiques folles des années sages et Les Beaux dimanches. À cette dernière série figurent des œuvres comme « ... chant d'amours » de Serge Garant et le ballet de Brian Macdonald (musique de Harry Freedman), « The Shining People of Leonard Cohen », inclus dans l'émission Loves. Celle-ci obtient une mention spéciale au Prix Italia 1975.

Au théâtre

Gabriel Charpentier est fasciné par le théâtre, auquel il destine plusieurs de ses œuvres ainsi que des pièces musicales secondaires, notamment pour des productions de Shakespeare, Webster et Molière du Festival de Stratford, et pour le Théâtre du Nouveau Monde, où il est directeur musical permanent de 1959 à 1972. Chez Charpentier, tous les arts d'interprétation se retrouvent. Il partage sa production musicale en trois blocs : musique vocale et instrumentale, musique-théâtre et musique pour le théâtre.

Autrefois membre de la troupe de théâtre Les Compagnons de Saint-Laurent, il se définit comme un « musicien de théâtre », et connaît bien les comédiens. Plus de 60 réalisations, ont développé chez lui une conception personnelle du rôle de la musique au théâtre : celle-ci doit être parfaitement intégrée à la production théâtrale. Souvent, les comédiens sont amenés à chanter, battre des rythmes, jouer des instruments. Dans Electra d'Euripide, Pericles de Shakespeare ou Le Malade imaginaire de Molière, par exemple, il a demandé aux comédiens d'exécuter des contrepoints rythmiques fort complexes qui créèrent une ambiance favorisant une meilleure compréhension du sens profond de ces œuvres.

Il compose aussi l'imposante Messe de Saint Jean Baptiste et de Sainte Cécile pour solistes, chœur et orchestre en 1997. Il compose énormément pour la scène. Ses autres œuvres comprennent des compositions pour ensemble de musique de chambre, instruments solistes, voix et chœur. En 1979, les New Music Concerts présentent trois de ses œuvres à Toronto.

Klondyke

Le 14 février 1965, au théâtre Orpheum de Montréal, le Théâtre du Nouveau Monde créé Klondyke, « action dramatique » de Jacques Languirand (régie de Jean Gascon, musique de Gabriel Charpentier). L'œuvre est présentée la même année au Old Vic Theatre de Londres dans le cadre du Festival des arts du Commonwealth.

Francean Campbell écrit au sujet de Charpentier : « Il n'a jamais donné dans la musique sérielle ou quelque autre système rigoureux, mais il fait bon accueil aux sons nouveaux et aux techniques nouvelles, d'origine naturelle ou électronique » (Le Compositeur canadien, novembre 1970).

Opéra

Lors de l'inauguration du Centre national des arts à Ottawa (1969), on fait appel à l’opéra Orphée I de Gabriel Charpentier. Dans Orphée I et Orpheus II, commandé par le Festival de Stratford (1972), il unit voix et instruments à 12 comédiens.

Ses opéras miniatures, An English Lesson or Clara-Teacher (créé à Stratford en 1968), A Tea Symphony or The Perils of Clara (Banff, 1972), Clara et les philosophes (Québec, 1976), Clarabelle-Clarimage (Toronto, 1979) et Claracello ou Répertoire (Kindersley, Saskatchewan, 1985), reflètent bien son imagination créatrice, son sens de l'humour et du détail, sa maîtrise de l'écriture musicale, et mettent en lumière son amour passionné pour le théâtre. Ces œuvres font partie d'une série projetée de 10 courts opéras, dont il a écrit plusieurs des livrets, sous le titre Clara 91.

Voix

La musique vocale et instrumentale de Gabriel Charpentier témoigne de ses qualités de contrapuntiste et de son profond attachement aux mélismes grégoriens, héritage reçu des moines de Saint-Benoît-du-Lac. Il précise lui-même : « Ceci [le chant grégorien] est mon folklore; c'est la base de tout mon œuvre. Le chant pour moi est une ligne. Si un acteur ou un chanteur peut tracer une ligne qui est vivante et significative, c'est peut-être la plus belle chose qui puisse arriver à un homme » (Montreal Star, 18 janvier 1969).  

Poésie

Également attiré par la poésie, Gabriel Charpentier écrit entre autres les poèmes de Cantate pour une joie et « Dissidence » de Pierre Mercure et « Trois Poèmes » de Jocelyne Binet. Son recueil de poèmes Aire remporte le Prix de la poésie moderne (Paris, 1948). Il a aussi traduit les opéras Loving (Toi) et Beauty and the Beast de R. Murray Schafer.

Autres rôles

Durant deux étés (1955–1956), Gabriel Charpentier donne des cours d'histoire de la musique à l'Université McGill, puis enseigne cette matière ainsi que le rythme à l'École nationale de théâtre (1961–64).

Gabriel Charpentier a été membre du comité artistique du Centre de perfectionnement et de recherche des interprètes du spectacle, à Bruxelles, et a fait partie du conseil administratif de la Comus Music Theatre Foundation of Canada, à Toronto. Charpentier a été membre des conseils d'administration de la Conférence canadienne des arts (1965-75), du Comus Music Theatre à Toronto (1975-88) et de MUDRA (1975-78), centre de perfectionnement et de recherche des interprètes du spectacle, dirigé par Maurice Béjart à Bruxelles. De 1980 à 1981, il est aussi directeur artistique de la Pro Musica Society. Il était compositeur agréé du Centre de musique canadienne et membre de la LCComp.

Distinctions

En 1983, Gabriel Charpentier reçoit la bourse Victor M. Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada.

Une version de cet article a été publiée dans l’Encyclopédie de la musique canadienne.