La chapelle royale des Mohawks de Sa Majesté est la plus ancienne église toujours existante en Ontario. Aujourd’hui, la chapelle est affiliée à l’Église anglicane du Canada et au bureau touristique des Six Nations de la rivière Grand. Elle se trouve sur le site original du village kanyen’kehá:ka (mohawk), situé sur la rive nord de la rivière Grand, près de Brantford, en Ontario. On y dénombre au moins quatre objets de communion historiques et une bible offerte par la reine Anne aux Kanyen’kehá:ka en 1712, lors de la construction de leur première église à Fort Hunter, à Mohawk Valley, dans l’État de New York. En 1830, l’évêque de Québec consacre la chapelle en tant qu’église mohawk. Par la suite, en 1904, le roi Édouard VII lui confère le statut de chapelle royale. On la rebaptise ensuite « chapelle des Mohawks de Sa Majesté », soulignant ainsi la relation entre les Kanyen'kehá:ka et la Couronne. Des incendies, vraisemblablement d’origine criminelle, détruisent des parties de la chapelle en 1975, 1976 et 1994.

Débuts
Après la Révolution américaine en 1783, la Couronne britannique commande et finance la construction de la chapelle des Mohawks en guise d’apaisement politique et d’offrande aux Kanyen’kehá:ka pour leur alliance pendant la guerre. En 1785, le capitaine et chef Joseph Brant (Thayendanegea) invite les loyalistes John Smith et John Thomas à suivre les Kanyen’kehá:ka jusqu’à la rivière Grand. Ces derniers reçoivent une rémunération pour la construction de la chapelle Saint-Paul des Mohawks, sur la rive nord de la rivière Grand, dans l’Ontario actuel. La chapelle est établie dans le premier village kanyen’kehá:ka, également sur la rive nord de la rivière Grand, dans la foulée de la Proclamation Haldimand. Le bois d’œuvre qui sert à sa construction est coupé à Paris, en Ontario, puis acheminé par flottage sur la rivière Grand. Le revêtement d’origine est scié à la main, et même les clous sont forgés à la main. L’entrée principale donne sur la rivière Grand, la principale voie de circulation à l’époque. La cloche de la chapelle est coulée à Londres, en Angleterre, en 1786. C’est la première cloche à retentir dans le Haut-Canada. La chapelle abrite d’importants objets de communion historiques. Ceux-ci sont enfouis durant la Révolution américaine pour éviter que des pillards s’en emparent, et sont retrouvés par la suite. Quatre des sept objets, ainsi que la bible offerte par la reine Anne, sont remis dans la chapelle, les autres étant envoyés aux Mohawks de la baie de Quinte (Tyendinaga Mohawk Territory).

Histoire missionnaire et établissement mohawk
La Society for the Propagation of the Gospel in New England and Parts Adjacent (SPGNE), une société missionnaire puritaine, considère le fils du chef Joseph Brant, le lieutenant et chef John Brant (Ahyonwaeghs), comme une « sorte d’agent laïc ». Selon la SPGNE John Brant aurait contribué à ses efforts missionnaires auprès des Premières Nations. Il est le premier Autochtone nommé par le gouvernement colonial au poste de surintendant des Six Nations. En 1788, le révérend Stuart se rend chez les Kanyen’kehá:ka près d’Oswego, sur la rivière Grand, où se trouve une chapelle en bois fréquentée par des missionnaires itinérants qui relèvent de l’évêque de Québec. La Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts (SPG), la branche missionnaire de l’Église d’Angleterre, ainsi que les Six Nations, assurent son financement. Selon la SPG et la SPGNE, Brant demande que la SPG continue de parrainer le travail itinérant de Stuart ainsi que celui d’autres membres du clergé.
En 1827, la SPGNE contribue financièrement aux affaires de la chapelle en prenant en charge le salaire et les avantages sociaux d’un pasteur résident, le révérend Robert Lugger. La SPG lui permet d’occuper le presbytère et la SPGNE en finance la construction. L’approche pédagogique du révérend Lugger met l’accent sur le recours à d’anciens élèves pour enseigner aux autres membres de la collectivité. Cette méthode s’inspire du système d’enseignement mutuel, lui-même un dérivé de la méthode Bell-Lancaster. Il associe cette approche à une conversion spirituelle visant à remplacer les valeurs haudenosaunee par des valeurs chrétiennes. Il réalise cet objectif alors qu’il est initialement chargé de rédiger une grammaire en kanyen'kéha, la langue mohawk, par la SPGNE. La chapelle est intégrée à l’établissement mohawk en pleine expansion. En 1870, celui-ci compte le Mohawk Institute (un pensionnat indien), la chapelle, un théâtre, un presbytère et plusieurs dépendances, dont des bâtiments agricoles. À un moment donné, une ferme voisine en fait également partie. L’établissement mohawk est établi sur le site de la station missionnaire mohawk, qui se trouve elle-même dans une station plus grande de la rivière Grand. Cette dernière compte des sous-stations additionnelles à Tuscarora, Cayuga et à « Kanyeageh » ou « Kanyenga » (anciennement appelée Salt Springs, mais désormais connue sous le nom de Sour Springs).
En 1837, le révérend Abraham Nelles, qui a déjà apporté son aide au révérend Lugger à la station missionnaire de Tuscarora, est nommé à la chapelle. À l’église de la station de Tuscarora, la SPG le paye, mais cette affiliation prend fin quand il rejoint la chapelle, que la SPGNE finance. En plus d’être le pasteur résident de la chapelle, le révérend Nelles dirige le Mohawk Institute jusqu’à sa retraite de l’école en 1872. Malgré sa retraite de l’institut, il conserve le pastorat de la chapelle, en plus d’être nommé archidiacre de Brant. Le révérend Robert Ashton et son épouse, Alice, lui succèdent à la direction de l’institut. À la mort de Nelles, en 1884, Ashton est nommé à la chapelle. Il est responsable de l’éducation de tous les enfants autochtones vivant le long de la rivière Grand.
En 1911, Robert Ashton nomme son fils, Abraham Nelles Ashton, directeur du Mohawk Institute. Lorsque le fils quitte l’institut en 1914, à la suite du verdict dans l’affaire Miller c. Nelles Ashton, le père abandonne lui aussi la chapelle. En 1915, le révérend Cyril Turnell prend la direction de la chapelle et de l’institut. Cependant, la SPGNE le renvoie en 1917, ce qui va à l’encontre des souhaits du gouvernement fédéral. De 1917 à 1919, la chapelle est sans titulaire. En 1919, on nomme Howard W. Snell.
Après le départ de Snell en 1945, le révérend Canon W.J. Zimmerman est nommé à la tête de chapelle et du Mohawk Institute. Il occupe le poste de directeur jusqu’à la fermeture de l’institut le 27 juin 1970, puis celui de responsable de la chapelle jusqu’à sa retraite en 1981. Il décède en 1982.
Les successeurs de Zimmerman sont le révérend John Stables (1982-1999), le révérend Norm Casey (2000-2003), le révérend Larry Brown (2004-2016) et la révérende Roselyn Elm (depuis 2017).
Commémoration et legs
Le capitaine et chef Joseph Brant, ainsi que son fils, le lieutenant et chef John Brant, reposent tous deux au cimetière de la chapelle. Un bloc de granit commémore la poétesse Pauline E. Johnson, fille du chef George Johnson. Les révérends Nelles et Ashton, ainsi que quelques-uns de leurs proches, y sont également enterrés. La chapelle fait partie du bureau touristique des Six Nations de la rivière Grand. Dans cette collectivité, certains continuent de pratiquer la version anglicane de la foi chrétienne.
