Roberta Jamieson

Roberta Louise Jamieson, O.C., avocate de la Première Nation Kanyen’kehà:ka (Mohawk), ombudsman, chef des Six Nations (Haudenosaunee ou Iroquois), conseillère en politiques, médiatrice principale, femme d’affaires (née en 1953, dans le Territoire des Six Nations de la rivière Grand à proximité de Brantford, en Ontario). Roberta Jamieson a été la première femme autochtone au Canada à obtenir un diplôme en droit en 1976, la première non‑parlementaire nommée membre d’un comité de la Chambre des communes en 1982, la première femme à occuper les fonctions d’ombudsman de l’Ontario en 1989, et la première femme élue chef des Six Nations en 2001.




Roberta L.Jamieson, présidente et chef de la direction d’Indspire, 2017.

    (Patrimoine canadien/YouTube)

    Jeunesse

    Roberta Jamieson grandit et va à l’école dans la réserve du Territoire des Six Nations de la rivière Grand, à proximité de Brantford, en Ontario. Elle fait partie d’une famille très unie de huit frères et sœurs. Son père, Robert Jamieson, un Mohawk, dirige Bobby’s Diner, un lieu où les aînés peuvent discuter de politique et écouter de la musique dans la réserve du Territoire des Six Nations. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, il effectue une tournée en tant que musicien avec la United Service Organization. Robert Jamieson décède d’une maladie cardiaque à 48 ans, alors que Roberta est âgée de 13 ans. Sa mère, Phyllis McCann, originaire de la vallée de l’Outaouais, fait partie de la deuxième génération d’immigrants irlandais au Canada. Elle rencontre Robert Jamieson alors qu’elle travaille comme infirmière dans la réserve du Territoire des Six Nations.

    Formation et début des activités de militante

    En 1970, Roberta Jamieson intègre l’Université McGill à Montréal, au Québec, où elle compte suivre des études de médecine. À McGill, elle aide les Cris de la baie James à défendre leurs terrains de chasse et de pêche traditionnels contre les inondations provoquées par le gouvernement du Québec dans le cadre du projet de barrage hydroélectrique de la baie James. Alors qu’elle est encore étudiante, elle débat avec Jean Chrétien, alors ministre des Affaires indiennes, des enjeux liés aux revendications territoriales des Autochtones.

    Roberta Jamieson devient adjointe de direction de George Manuel, chef de la Fraternité nationale des Indiens. Ses activités de militante renforcent son désir de se battre pour les droits des Autochtones, ce qui l’amène à bifurquer dans ses études, passant d’une préparation aux études médicales au droit.

    Des décennies plus tard, Roberta Jamieson s’explique à ce sujet : « Je ne comprenais pas pourquoi notre peuple devait accepter tous ces gens venus de l’extérieur de notre territoire pour nous dire comment vivre ou pour prendre des décisions à notre place… Dès mon plus jeune âge, je savais que j’allais faire quelque chose pour changer cette situation. Toute ma vie, je me suis efforcée de bâtir un Canada dans lequel les Autochtones pourraient retrouver la place qui leur revient. »

    Roberta Jamieson obtient son diplôme en droit de l’Université Western Ontario en 1976. Cela fait d’elle la première femme autochtone au Canada à obtenir un diplôme en droit.

    Droits des Autochtones et autonomie gouvernementale

    Après avoir obtenu son diplôme, Roberta Jamieson intègre le secrétariat de la Commission des droits des Indiens du Canada. De 1978 à 1982, elle travaille à la Commission sur les Indiens de l’Ontario en qualité d’adjointe de direction auprès du commissaire, de conseillère principale en politiques et de médiatrice principale.

    Au cours de cette période, elle est également conférencière pour la Conférence des chefs. Cette conférence pancanadienne constitue une étape importante dans la transformation de la Fraternité nationale des Indiens en une Assemblée des Premières Nations.

    LE SAVIEZ‑VOUS?
    Roberta Jamieson amène sa fille Jessica, alors âgée de deux ans, à la Conférence des chefs. Au cours d’une discussion tendue sur les revendications territoriales, l’autonomie gouvernementale et la constitution, Jessica lance, de l’arrière de la salle : « M’man, t’as fini? »

    En 1982, Roberta Jamieson devient la première non-parlementaire nommée membre d’un comité de la Chambre des communes. Le Groupe de travail spécial sur l’autonomie politique des Indiens est à l’origine, en 1983, du rapport Penner définissant un cadre viable pour l’autonomie gouvernementale des Autochtones.

    Roberta Jamieson préside également le groupe juridique qui conseille l’Assemblée des Premières Nations lors de la Conférence des premiers ministres ayant suivi le rapatriement de la Constitution canadienne en 1982. Au total, elle aura passé une décennie à s’investir dans des activités de médiation entre des groupes des Premières Nations et les gouvernements fédéral et provinciaux. C’est cette expérience qui lui permet d’être nommée ombudsman de l’Ontario.

    Ombudsman de l’Ontario, 1989‑1999

    En 1989, Roberta Jamieson devient la première femme nommée ombudsman de l’Ontario, un poste qu’elle va occuper pendant dix ans. En tant qu’ombudsman, elle participe à des enquêtes sur les plaintes déposées par des citoyens contre des organisations gouvernementales, des municipalités, des universités et des conseils scolaires et contribue à trouver des solutions.

    Roberta Jamieson est également présidente fondatrice de l’Association des ombudsmans du Canada. En tant que vice‑présidente de l’Institut international de l’Ombudsman, elle voyage dans le monde entier pour aider d’autres nations à mettre en place des mécanismes de contrôle de leurs gouvernements respectifs.

    Chef des Six Nations, 2001‑2004

    En 2001, Roberta Jamieson devient la première femme élue chef du Territoire des Six Nations de la rivière Grand. Cette élection marque un changement important dans la direction de la réserve. Avec neuf nouveaux conseillers et trois conseillers sortants, la nouvelle chef cherche à créer un système de prise de décision plus inclusif, à mettre en place un mécanisme de résolution des conflits et à séparer les organes politiques des organes administratifs.

    Deux ans plus tard, elle se présente à l’élection du chef de l’Assemblée des Premières Nations. Elle termine devant le chef sortant Matthew Coon Come, mais perd face à Phil Fontaine.

    Présidente d’Indspire, 2004 à ce jour

    En 2004, Roberta Jamieson est nommée présidente et chef de la direction de la Fondation nationale des réalisations autochtones (devenue depuis Indspire), une organisation qui soutient une éducation culturellement adaptée de la jeunesse autochtone au Canada. Elle est également productrice déléguée des prix Indspire annuels.

    Sous la direction de Roberta Jamieson, Indspire offre des services de mentorat, ainsi que des bourses d’études et de perfectionnement, avec pour objectif qu’un plus grand nombre de jeunes vivant dans des réserves obtiennent leur diplôme d’enseignement secondaire. L’organisation aide les éducateurs, autochtones et non autochtones, à valoriser les identités et les méthodes d’apprentissage autochtones des élèves, afin de renforcer leur sentiment d’inclusion dans une collectivité plus large. La présidente d’Indspire déclare ainsi, lors d’un entretien accordé, en 2016, au magazine Châtelaine : « Nous devons éradiquer les mythes et les stéréotypes sur les Autochtones encore largement présents dans notre société. »

    Bénévolat

    Roberta Jamieson est membre fondatrice du conseil d’administration de l’Association canadienne des étudiants en droit autochtones. Elle est également présidente fondatrice d’ImagineNATIVE, un festival international des arts médiatiques qui promeut et met en valeur le travail d’artistes autochtones travaillant dans différents formats numériques.

    Roberta Jamieson a aussi été membre fondatrice et membre du conseil d’administration du Centre de recherche sur la santé des femmes, membre du Conseil d’administration du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, ainsi que membre et vice‑présidente du Conseil canadien de la santé, du Conseil de la presse de l’Ontario et des Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques. Elle a siégé dans un comité consultatif du ministre du Patrimoine canadien, dans le cadre du Rassemblement national sur l’expression artistique autochtone et du Rassemblement national sur les cultures et le tourisme. Elle est également membre du conseil d’administration de l’Empire Club of Canada.

    Vie personnelle

    Roberta Jamieson vit avec son mari, Tom Hill, un Sénéca, dans la réserve du Territoire des Six Nations. Tom Hill est un universitaire et un conservateur de l’histoire et de la culture autochtones de renommée mondiale, lauréat d’un Prix du Gouverneur général en 2004. Leur fille Jessica a suivi des cours à l’Université McMaster. Ils ont une petite‑fille, Daisy.

    Prix et distinctions

    Prix pour une contribution exceptionnelle, Fraternité nationale des Indiens (1977)

    Prix des gardiennes de notre culture, Femmes des Premières Nations au Canada (1984)
    Goodman Fellow, Faculté de droit, Université de Toronto (1991)

    Prix Mary‑Parker‑Follett, International Society of Professionals in Dispute Resolution (1992)

    Membre de l’Ordre du Canada (1994)

    Prix de la plume d’aigle doré, Association nationale des centres d’amitié (1997)

    Prix national d’excellence décerné aux Autochtones (droit et justice) (1998)
    Prix Harmony (2002)

    Prix commémoratif Deo‑Kernahan, Urban Alliance on Race Relations in Toronto (2002)

    Médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II (2012)

    Prix du Conseil des peuples autochtones, Association du Barreau autochtone du Canada (2001, 2012)

    Prix David‑C.‑Smith, Conseil des universités de l’Ontario (2014)

    Officier de l’Ordre du Canada (2016)

    Prix Femmes de mérite, YWCA (2016)

    Femmes les plus influentes du Canada : Prix des 100 premières, Réseau des femmes exécutives (2009, 2010, 2016).

    Prix interaméricain, Congrès des Amériques sur l’éducation internationale (2017)

    Prix du leadership des femmes autochtones, Conseil canadien pour le commerce autochtone (2018)

    Diplômes honorifiques

    Doctorat en droit honoris causa, Université Dalhousie (1990)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Carleton (1991)

    Doctorat en droit honoris causa, Université McMaster (1991)

    Doctorat en droit honoris causa, Université de Windsor (1991)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Western Ontario (1993)

    Doctorat en droit honoris causa, Université Wilfrid Laurier (1993)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Lakehead (1998)
    Doctorat en droit honoris causa, Université de Sudbury (2000)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Ryerson (2003)
    Doctorat en droit honoris causa, Barreau du Haut‑Canada (2003)

    Doctorat en droit honoris causa, Université York (2003)

    Doctorat en droit honoris causa, Université de Guelph (2004)
    Doctorat en droit honoris causa, Université de Toronto (2004)
    Doctorat en droit honoris causa, Université de Waterloo (2005)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Trent (2006)

    Doctorat en droit honoris causa, Université Brock (2008)
    Doctorat en éducation honoris causa, Université Nipissing (2009)
    Doctorat en lettres (humanités) honoris causa, Université Mount Saint Vincent (2010)
    Doctorat en droit honoris causa, Université McGill (2011)

    Doctorat en droit honoris causa, Memorial University de Terre‑Neuve (2012)
    Baccalauréat ès arts honoris causa de citoyenne distinguée, Université MacEwan (2012)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Vancouver Island (2012)
    Diplôme honoris causa, Fanshawe College (2014)
    Doctorat en théologie honoris causa du Huron University College (2015)
    Doctorat en droit honoris causa, Université Mount Allison (2016)

    Doctorat en technologies honoris causa, BC Institute of Technology (2019)