Robert Zend, poète, auteur de fiction, artiste multimédia (né en 1929 à Budapest en Hongrie; décédé le 27 juin 1985 à Toronto en Ontario). Robert Zend est un écrivain hongrois qui s’est enfui de son pays pour immigrer au Canada en tant que réfugié politique en 1956, l’année où l’insurrection hongroise contre le régime soviétique a échoué. Après s’être installé à Toronto, il travaille pendant de nombreuses années pour la Canadian Broadcasting Corporation où il gravit les échelons, passant d’un emploi au service des expéditions au statut de producteur de près d’une centaine d’émissions littéraires et documentaires pour la radio. En 1969, il obtient une maîtrise en littérature italienne de l’Université de Toronto. Il écrit en hongrois et en anglais, et son œuvre englobe plusieurs genres : la poésie, la poésie concrète, la fiction, le théâtre et les essais (voir également l’article Théâtre d’expression anglaise). Il est l’un des écrivains canadiens les plus inventifs et les plus polyvalents.
Le premier livre de Robert Zend est un recueil de poésie paru en 1973 sous le titre From Zero to One. Il y explore, avec espièglerie et ironie, la plupart des grands thèmes qui le préoccuperont pour le reste de sa vie : l’exil, la science‑fiction et la fantasy, la création littéraire, l’amour romantique, et le cycle de la naissance et de la mort. La question du dilemme de l’exil, de la patrie et de la langue d’origine revient de façon lancinante tout au long du livre. Il écrit qu’il se sent comme quelqu’un qui n’a pas de pays, profondément conscient de sa « solitude au milieu de la foule » et exprime également sa frustration de devoir recommencer sa carrière dans un poste subalterne « dans un lieu épouvantable où les superviseurs / s’imaginent gardiens de prison ».
Le poète fait précéder la publication de son deuxième recueil, paru en 1982 sous le titre Beyond Labels, d’une déclaration lors du Congrès international des écrivains en 1981 où il souligne « l’absurdité totale d’étiqueter les gens ». Dans ses vers, il approfondit le thème de l’exil : « Budapest est ma patrie / Toronto est ma maison / À Toronto, je suis nostalgique de Budapest / À Budapest, je suis nostalgique de Toronto / Partout ailleurs, je suis nostalgique de ma nostalgie. » Au‑delà de sa poésie empreinte de ses préoccupations personnelles, il écrit également des poèmes embrassant une perspective plus large à l’échelle du cosmos dans lesquels il aborde des thèmes comme l’univers, le temps et les rêves. Par exemple, « Time » évoque un sablier dont les parties supérieures et inférieures sont infinies. Ces écrits poétiques poussent également leurs ramifications dans le domaine de la poésie formelle, avec, par exemple, des sonnets en forme de haïku, un « prélude et fugue », des épigrammes, et, de façon encore plus frappante, des poèmes concrets qu’il appelle « ditto » et « drop » dont les mots ne sont composés que des lettres d’un seul mot ou d’une seule phrase.
Robert Zend publie ses poèmes concrets dans un « livre‑objet d’art », paru sous le titre Arbormundi chez Tree of the World en 1982, qui prend la forme d’un recueil d’images créées en superposant des caractères tapés à la machine à écrire. Ses « paysages‑caractères » sont remarquables par leur exécution méticuleuse et leur texture délicate. L’intérêt du poète pour la science‑fiction et la fantasy culmine dans un recueil de nouvelles, sélectionnées par Janine Zend et publiées à titre posthume par Cacanadadada Press sous le titre Daymares en 1991. On y croise des métamorphes, des rêves enchâssés dans d’autres rêves, des anachronismes et des paradoxes qui font voyager le lecteur dans un royaume fantastique dont la sombre irrationalité sonde pourtant au plus profond les mystères de l’humaine condition. Ces histoires s’inscrivent complètement dans l’esprit des labyrinthes et des paysages oniriques hallucinants de Jorge Luis Borges.
On considère généralement qu’Oāb, publié en deux volumes en 1983 et 1985, constitue le grand œuvre de Robert Zend. Il s’agit d’une production littéraire inclassable de type fantasy qui mélange les genres et aborde les thèmes de la création et de la paternité des œuvres. Zend, alter ego de l’auteur et personnage démiurgique de son mythe personnel de la création, fait émerger du néant, par la seule force de l’écriture, un être nommé Oāb, lequel crée à son tour Ïrdu. Comme des enfants infatigables s’ébattant bruyamment sur un terrain de jeux, Oāb et Ïrdu laissent, au fil des pages, libre cours à leur imagination, mettant au point un spicilège de jeux et d’énigmes qui utilisent les lettres formant leur nom pour créer de nouvelles formes et explorer l’univers qui est le leur. Cette création alphabétique produit un effet proprement encyclopédique.
Robert Zend était un Canadien unique en son genre. Bien qu’il n’ait obtenu que peu de récompenses de son vivant, ses œuvres ont été encensées par des artistes, des écrivains et des musiciens au Canada et dans le monde entier, notamment Jorge Luis Borges, Northrop Frye, Marcel Marceau, Glenn Gould, Norman McLaren, Richard Kostelanetz et Margaret Atwood. Son œuvre prolifique et polyvalente lui garantit une place de choix d’homme de la Renaissance au panthéon des lettres canadiennes.