Rivière Rouge (Québec)

La rivière Rouge est un affluent de la rivière des Outaouais. Elle prend sa source dans le lac de la Fougère, au nord-est de la réserve faunique Rouge-Matawin, au Québec.

Rivière Rouge (Québec)
Les rapides de la rivière Rouge, au printemps, à Grenville-sur-la-Rouge.
Rivière Rouge (Québec)
Dollard des Ormeaux
Mort héroïque de Dollard au Long Sault. Bas-relief de Louis-Philippe Hébert, 1895, Monument à Maisonneuve, Place d'Armes, Montréal.

Cours

La rivière Rouge est un affluent de la rivière des Outaouais. Elle prend sa source dans le lac de la Fougère, au nord-est de la réserve faunique Rouge-Matawin, au Québec.

À une altitude de 550 mètres, elle descend sur 161 kilomètres à travers les montagnes laurentiennes jusqu’à l’embouchure de la rivière des Outaouais à la tête du Long-Sault, près de Grenville-sur-la-Rouge, dans la municipalité régionale de comté (MRC) d’Argenteuil (Laurentides). Sillonnant dans la phase inférieure du Bouclier canadien, la Rouge doit son nom à la présence d’oxydes de fer dans la roche qu’on y trouve. Les Rapides des Sept Sœurs, très prisés pour la pratique du rafting, cascadent à travers les derniers escarpements des Basses-Laurentides.

Historique

La présence autochtone

Avant l’arrivée des Français en Amérique du Nord, la rivière Rouge fait partie du territoire des Algonquins, qui contrôlent la rivière des Outaouais et ses affluents. Une grande plage au confluent des deux rivières leur sert de campement naturel au cours de l’été. Lorsque l’hiver arrive, les Oueskarinis, tribu algonquine de la vallée de la Petite Nation (ou peuple du chevreuil), migrent entre la rivière des Outaouais et le lac Nominingue, dans les Laurentides, en passant par la vallée de la Rouge.

La Rouge est surnommée la « rivière du Grand Esprit ». Dans la religion traditionnelle des Algonquins, l’esprit Manitou représente le pouvoir qui habite en toutes choses dans la nature, à la fois faible et fort, de bonne et de mauvaise influence. Tout au long de cette route navigable, les explorateurs Français se trouvent en position de vulnérabilité devant les attaques des bandes iroquoises. La grande plage au confluent des rivières Rouge et des Outaouais devient l’un des endroits les plus dangereux du pays. En 1696, Louis-Hector de Callière, gouverneur de Montréal, et le comte de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, lancent une grande campagne contre les Iroquois pour mettre fin au règne de terreur sur l’Outaouais du chef des Onontagués (Onondagas), surnommé par les Français la Chaudière Noire.

La traite des fourrures

Pendant les premières périodes d’occupation autochtone et française du territoire, la rivière des Outaouais est l’une des principales voies d’accès aux terres intérieures et l’une des plus importantes routes commerciales de la Nouvelle-France. Le secteur d’Argenteuil situé sur la rive nord de l’Outaouais devient une terre d’échanges où les peuples fondateurs autochtones et européens pratiquent le commerce des fourrures, attirant les explorateurs en quête de richesses et de territoires. En 1759, on estime que 80 canots par année (soit 600 à 700 hommes), se déplacent vers l’Ouest au printemps et reviennent chargés de fourrures à l’automne. Quantité de coureurs des bois autochtones et français transitent par la Rouge pour trapper ou commercer. Un poste de traite est d’ailleurs installé à l’entrée de la rivière par Steven Bevin, un ex-employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui a su profiter de la traite des fourrures dans la vallée de la Rouge.

L’industrie forestière

Dans la première moitié du XIXe siècle, George Hamilton et ses frères Robert et William, de Hawkesbury, en Ontario, contrôlent une grande partie des terres forestières du canton de Grenville et de la vallée de la Rouge. La rivière est utilisée pour le transport du bois servant à la construction de bâtiments et navires de l’Empire britannique (voir Histoire du commerce du bois). Les billots sont flottés et conduits par les draveurs jusqu’à l’embouchure de la Rouge, puis acheminés soit vers les moulins de Grenville et de Hawkesbury, soit vers Québec sous forme de cages (voir Train de bois). En 1886, cette rivière de drave accueille le moulin à scie de la Ottawa Lumber Company. Dès 1896, cette entreprise emploie plus de 150 hommes. Véritable moteur de développement économique, la rivière Rouge est alors à l’image d’un Canada en construction : moderne et reposant sur l’exploitation de ses ressources naturelles.

La colonisation du territoire

Terre d’accueil, la vallée de la Rouge devient le berceau d’une colonie migrante. Dans la première moitié du XIXe siècle, une grande vague d’immigrationécossaise et irlandaise déferle sur Argenteuil. Le déploiement de la population dans la vallée de la rivière Rouge s’effectue par deux antennes de colonisation : la première passe à l’est par le chemin des Écossais (Scotch) et relie Grenville à Arundel; la seconde, à l’ouest de la rivière, suit le chemin Avoca de Pointe-au-Chêne jusqu’au sortir du hameau Avoca. Les premiers arrivants du canton de Grenville sont des Écossais venus à la suite du colonisateur Archibald McMillan. En 1859, l’arpenteur Joseph Bouchette affirme que les terres de la vallée de la Rouge sont d’une qualité supérieure. Dans le secteur nord de la vallée, la colonisation du territoire suit son cours en passant par le chemin des Écossais et les chemins forestiers.

L’aménagement hydroélectrique

Rivière au fort potentiel énergétique, la Rouge est appelée à accueillir des installations hydroélectriques au tournant du XXe siècle. Le premier barrage est érigé à la chute Table Rock en 1903, mais il est détruit par les inondations du printemps 1933. En 1915, un barrage et une centrale hydroélectrique sont construits à la chute Bell, dans le nord du canton de Grenville. Cette centrale de 10 MW est exploitée aujourd’hui par Hydro-Québec.

La rivière Rouge aujourd’hui

Au début des années 1980, le secteur sud de la Rouge subit une autre transformation : le pouvoir infatigable de la rivière est désormais utilisé pour les sports extrêmes et les loisirs. Une nouvelle classe de touristes en quête de sensations fortes débarque pour y pratiquer la descente en eaux vives. L’offre récréotouristique proposée par les compagnies de rafting confère à la rivière Rouge une nouvelle vocation.

Depuis 2009, l’Organisme de bassins versants des rivières Rouge, Petite Nation et Saumon (OBV RPNS) a pour mission d’« assurer la gestion intégrée de l’eau et des milieux de vie, en mobilisant tous les acteurs et usagers du territoire, et ce, dans un processus de concertation, de planification et de mise en oeuvre en continu ». En 2015, cet organisme est membre du comité stratégique du Sommet de la rivière des Outaouais (AquaHacking). L’événement, organisé dans le cadre du projet Mission Rivière de la Fondation de Gaspé Beaubien, rassemble différents acteurs concernés par la protection du bassin versant de la rivière des Outaouais.

La rivière Rouge fait partie de ces lieux emblématiques dont le potentiel s’est avéré un levier déterminant du développement socioéconomique de la région. En raison de son importance stratégique sous le Régime français, amplifiée par son grand rôle historique à l’époque du commerce des fourrures et par le regain de l’exploitation des ressources forestières lors de la Confédération, la Rouge aspire à juste titre au panthéon des rivières fondatrices de l’identité canadienne.


Lecture supplémentaire

  • Pauline Frost, « Cultural landscapes of the Rouge River Valley, Québec », Cahiers de géographie du Québec, vol. 13, n° 28 (1969) : 77-89.

    Joseph Graham, Naming the Laurentians. A history of places names “up north” (Main Street, 2005).

    Helen H. Lambart et G. R. Rigby, « Submerged history of the Long Sault », Canadian Geographical Journal, vol. 67, n° 5 (nov. 1963) : 146-157.

    Serge Laurin, Les Laurentides. Les régions du Québec. Histoire en bref (Presses de l’Université Laval, 2000).

    Louis Taché et al, Le Nord de l’Outaouais. Manuel-Répertoire d’histoire et de géographie régionales (Le Droit, 1938).

    Cyrus Thomas, History of the counties of Argenteuil, Que., and Prescott, Ont., from the earliest settlement to the present (John Lovell & Son, 1896).

Liens externes