Relations Canada - Tiers Monde

La décolonisation des empires européens à la suite de la Deuxième Guerre mondiale mène à la création de nombreux « nouveaux États » et révèle le faible niveau de développement social et économique permis par le système colonial.

Relations Canada - Tiers Monde

La décolonisation des empires européens à la suite de la Deuxième Guerre mondiale mène à la création de nombreux « nouveaux États » et révèle le faible niveau de développement social et économique permis par le système colonial. Désormais, les problèmes du « Tiers Monde » et du « sous-développement » figurent en bonne place à l'ordre du jour mondial. Or, dans ce contexte d'après-guerre, le Canada fait montre d'une préoccupation sincère à l'égard des exigences et des besoins du Tiers Monde, image qui touche la corde sensible à la fois des Canadiens et de nombreuses personnes des régions sous-développées. La manifestation la plus concrète de cette préoccupation est l'octroi par le gouvernement canadien de crédits importants destinés à l'aide internationale, une démarche marquée par le lancement du PLAN DE COLOMBO (1950) ainsi que d'autres programmes d'aide visant des régions précises, et par la création du Bureau de l'aide extérieure (1960) qui devient, en 1968, l'AGENCE CANADIENNE DE DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL (ACDI). À titre d'exemple, en 1985-1986, l'ACDI dépense 2,2 milliards de dollars en aide destinée à plus de 50 pays. Par ailleurs, cet « internationalisme libéral », embrassé avec enthousiasme par Lester B. PEARSON, et le soutien au « dialogue Nord-Sud » prôné par Pierre Elliott TRUDEAU sont également dignes de mention. Après son mandat de premier ministre, Pearson préside une enquête internationale faisant autorité sur les causes de la pauvreté dans le monde.

Toutefois, il faut replacer ces initiatives dans leur contexte. De nombreux intellectuels et activistes du Tiers Monde récusent la position subalterne et dépendante dont leurs pays ont hérité au sein du système économique international (connue sous le nom de « néocolonialisme ») et prônent une transformation structurelle radicale de la situation, tant à l'échelle locale qu'internationale. Les décideurs canadiens, au contraire, continuent à défendre les mérites globaux de l'économie mondiale existante. Ils visent surtout les réformes en marge du système économique international qui permettraient d'améliorer quelque peu la situation des pauvres dans le monde et de devancer les revendications de nature plus révolutionnaire. S'il est moins porté aux extrêmes que son homologue des États-Unis, le gouvernement canadien a tendance à considérer les stratégies radicales de développement proposées par certains pays du Tiers Monde comme des menaces inacceptables ou comme des manifestations d'un « danger communiste » international, interprétation qui correspond à la vision américaine du Tiers Monde lors de la guerre froide.

Entre la rhétorique et la réalité, il existe également un fossé dans la démarche canadienne. En 1984, le gouvernement canadien promet d'atteindre l'année suivante un niveau d'aide équivalant à 0,5 p.100 du produit intérieur brut, pourcentage qui s'élèverait progressivement jusqu'à 0,6 p. 100 de 1991 à 1995 et jusqu'à 0,7 p. 100 en l'an 2000. Or, les taux de l'AIDE EXTÉRIEURE enregistrés sont régulièrement en deçà des niveaux proposés par les Nations Unies. Qui plus est, les programmes d'aide extérieure sont souvent plus axés sur les intérêts des fournisseurs et des entrepreneurs canadiens que sur les besoins des pays bénéficiaires. Parallèlement, on constate un détournement des priorités de l'aide au détriment des pays les plus pauvres et au profit des pays du Tiers Monde plus grands et plus riches, qui constituent des partenaires potentiels plus intéressants pour les échanges économiques.

Cette approche marque aussi la participation du Canada aux forums internationaux tels que l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), les conférences sur le DROIT DE LA MER et les différentes négociations visant le redressement des iniquités dans le domaine du COMMERCE INTERNATIONAL et de l'investissement, émergeant autour du thème du « nouvel ordre économique international ». Dans ce cadre, le Canada prend souvent une attitude nettement plus intransigeante et plus défensive que les autres « puissances moyennes » occidentales, comme les pays scandinaves.

On peut attribuer cette tendance en partie aux difficultés économiques du Canada au cours des dernières années, mais l'intégration très profonde du monde des affaires canadien à l'élaboration de politiques en ce domaine est également un facteur important. Bien avant la Deuxième Guerre mondiale, les relations entre le Canada et les régions moins développées étaient structurées par le rôle expansionniste des banques et des entreprises minières et de services publics basées au Canada. À l'aube du XXe siècle, c'était déjà le cas des liens que le Canada tissait avec les Caraïbes et l'Amérique latine.

Ces intérêts d'ordre commercial sont toujours parmi les principaux facteurs déterminant les rapports du Canada avec les pays en développement. Toutefois, le gouvernement et le monde des affaires ne détiennent pas le monopole des liens entre le Canada et le Tiers Monde. Il existe un réseau important de groupes et d'organismes parrainés par les églises, d'organisations non gouvernementales d'aide (de type OXFAM) et des groupes de soutien au pays en développement, qui sont plus ouvertement politiques. La majorité de ces groupes soutiennent une vision critique du fonctionnement actuel de l'économie mondiale et des causes du sous-développement, une vision qui est sensible aux revendications ayant trait à l'équité internationale et à la légitimité de l'action révolutionnaire dans certains contextes (l'Afrique du Sud, par exemple). Ces groupes, qui critiquent souvent les pratiques des entreprises et du gouvernement canadien dans les pays en développement, n'ont en général pas réussi à influencer fortement les politiques canadiennes, mais ont permis d'entretenir un débat vigoureux sur la nature des liens entre le Canada et le monde en développement.


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