Nanook of the North de Robert Flaherty est sans doute le film le plus célèbre jamais tourné au Canada. Il a d’abord été présenté au public à New York, puis, dans le monde entier, à l’été 1922. Montrant la façon dont le peuple du Grand Nord canadien vit réellement et sa lutte pour survivre dans un environnement éprouvant, le film fait immédiatement sensation et en vient à exercer une influence considérable sur le tournage de films documentaires dans le monde entier.
Nanook of the North
Nanook of the North constitue une étape importante de l’histoire du cinéma. La sensibilité de son metteur en scène, la façon dont il choisit les différentes scènes et entreprend leur montage font de ce film une œuvre très différente et bien supérieure aux récits de voyage filmés produits à l’époque. Robert Flaherty est le premier à combiner harmonieusement dans un film les aspects purement documentaires et l’art de la narration. Allakariallak, qui joue Nanook, devient célèbre dans le monde entier, et en 1989, lorsque la Bibliothèque du Congrès américain lance une opération de préservation des films « culturellement, historiquement ou esthétiquement importants » dans le cadre de son répertoire national des films, Nanook of the North fait partie des 25 premières œuvres choisies.
Formellement, Nanook of the North n’est pas un film canadien; dans l’esprit, il l’est certainement. L’explorateur et anthropologue d’origine américaine Robert Joseph Flaherty passe six ans à explorer le nord du Canada au nom du riche magnat et entrepreneur des chemins de fer sir William Mackenzie. Lors de l’une de ces expéditions, l’explorateur pénètre sur les terres arides de la péninsule d’Ungava sur la rive orientale de la baie d’Hudson, jusque‑là inexplorée par l’homme blanc. Ce voyage culmine avec la découverte de l’archipel des îles Belcher. Sur la demande expresse de son commanditaire, il s’équipe d’une caméra Bell & Howell et tourne près de 10 000 mètres de pellicule; toutefois, un incendie détruit ce matériel au moment du montage définitif. Heureusement, l’explorateur cinéaste a conservé un premier montage qui est utilisé pour attirer les investisseurs sur un projet bien plus important qu’il envisage. Le 15 août 1920, Robert Flaherty arrive à Port Harrison, aujourd’hui Inukjuak, pour tourner son film.
Critiques
Dans la mythologie inuite, Nanook est le maître des ours. C’est lui qui décide si les chasseurs méritent de trouver le précieux plantigrade et de réussir à le tuer. Robert Flaherty choisit Allakariallak, un homme sociable, comme héros de son film parce qu’il est le meilleur chasseur de la tribu; toutefois, ni les deux femmes ni les deux enfants qui constituent sa famille à l’écran ne le sont véritablement dans la vie. C’est cet artifice qui vaut à l’œuvre sa critique la plus récurrente, s’offusquant que le cinéaste ait recréé artificiellement et mis en scène de nombreux épisodes de la vie des Inuits.
Une des séquences les plus célèbres du film montre la construction d’un igloo. Pour pouvoir tourner à l’intérieur de l’igloo, le réalisateur en fait construire un deuxième dont on supprime un mur pour accueillir l’opérateur et sa caméra. Dans une scène de chasse aux phoques tout aussi célèbre, on voit Nanook se tenant debout patiemment au‑dessus d’un trou dans la glace, prêt à utiliser la lance qu’il tient dans la main. En examinant de près les différents plans et la façon dont ils ont été découpés, il devient évident que cette scène a également été reconstituée.
Pourtant, le film possède une authenticité palpable qui l’emporte sur toutes les récriminations contre les artifices de la mise en scène. Les premières images tournées par Robert Flaherty sont celles d’une chasse au morse sur les îles Belcher. On y voit des chasseurs progresser en rampant, centimètre après centimètre, et s’approcher d’un troupeau de morses assoupis. Toute la scène a été tournée en une seule prise, sans coupure. Nanook jaillit alors et harponne l’un des animaux géants. S’en suit une lutte féroce d’au moins 20 minutes à laquelle s’est joint l’un des congénères du morse harponné. Là encore, la séquence est filmée intégralement en une seule prise. L’équipe de tournage, craignant pour la vie d’Allakariallak, exhorte le metteur en scène à achever l’énorme mammifère marin avec un fusil. Robert Flaherty préfère continuer à tourner, produisant ainsi l’une des séquences les plus célèbres et les plus encensées du cinéma muet.
Au cinéma et en vidéo, aujourd’hui
Un film sur le tournage de Nanook of the North sort en 1994. Dans cette coproduction franco‑canadienne, Kabloonak, Charles Dance joue Robert Flaherty et Adamie Inukpuk Quasiak, un membre de la famille d’Allakariallak, interprète Nanook.
En 1999, Nanook of the North est remasterisé et sort en DVD.