Projet Mémoire

Sydney Phillips (source primaire)

Ce témoignage fait partie de l’archive du Projet mémoire

  • Le Projet Mémoire

Sydney Phillips a servi dans la Royal Air Force (RAF) durant la Deuxième Guerre mondiale. Il était membre du No. 21 Squadron de la RAF et son Bristol Blenheim s’est écrasé dans la mer Méditerranée en février 1942, après une mission de bombardement sur Palerme en Sicile. Sydney Phillips a passé 18 mois comme prisonnier de guerre en Italie avant de réussir à s’évader.

Veuillez noter que les sources primaires du Projet Mémoire peuvent contenir des témoignages personnels reflétant les souvenirs et les interprétations des événements par les témoins. Ces témoignages individuels ne reflètent pas nécessairement les points de vue du Projet Mémoire et de Historica Canada.

Sydney Phillips
Sydney Phillips
Sydney Phillips
Australian War Memorial. Collection Photograph, ID number 128141. http://www.awm.gov.au/collection/128141
Australian War Memorial. Collection Photograph, ID number 128141. http://www.awm.gov.au/collection/128141
Australian War Memorial. Collection Photograph, ID number 128141. http://www.awm.gov.au/collection/128141
La transcription en français n'est pas disponible en ce moment. Veuillez consulter la transcription en anglais.

Transcription

Je ne sais pas combien de voyages il a fallu, mais ce n’était pas tant que ça, lorsque nous avons été chargés de larguer des bombes sur le port de Palerme (Sicile), où des navires de la marine étaient en train d’être rééquipés pour un voyage en Afrique du Nord. Nous nous sommes approchés à basse altitude, notre arrivée étant prévue à 1 h 10, et nous venions de virer au sud à peu près de l’endroit où nous nous trouvions, pour la mission dans le port. Le premier signe de problème que j’ai eu, c’est que j’étais assis en haut de ma tourelle et j’ai vu un filet d’eau sortir de notre avion. Je ne savais pas ce qui l’avait causé. Je ne sais toujours pas si c’était des armes dirigées contre nous ou si le pilote a mal évalué l’altitude à laquelle on se trouvait, et on a piqué du nez.

En fait, nous n’étions pas très haut quand on a commencé à piquer du nez. Apparemment, l’avion s’est brisé lors de l’impact, tout juste derrière moi où j’étais assis dans la tourelle. Et, en lançant une série de jurons, j’ai pesé avec ma main gauche sur le levier d’éjection, qui est un système permettant de neutraliser la pression dans la tourelle et d’en sortir. La seule façon d’en sortir était de se baisser.

Je suis remonté à la surface, en même temps qu’un bidon d’essence et ma casquette de pilote. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, mais les bombes des autres qui explosaient sur la côte m’ont mis en état d’alerte et m’ont permis de savoir où je me trouvais. Je me suis lentement retourné, j’ai aperçu le bidon d’essence, j’ai essayé de grimper dessus, mais je n’y arrivais pas et j’ai alors réalisé que j’étais blessé. Je me suis donc accroché au bidon et j’ai attendu les secours. Ça n’a pas été long, une barque est arrivée avec plusieurs personnes à son bord, et l’un d’entre eux s’est penché vers moi et m’a dit en anglais : « Vous allez bien maintenant. » Il m’a expliqué qu’il était né à Palerme, qu’il était devenu Américain, qu’il vivait à Philadelphie et qu’il était revenu chez lui pour une visite lorsque la guerre a éclaté, et il n’avait donc pas pu repartir. Mais son cœur n’était pas dans l’avion.

Il m’a emmené à sa propre maison et il a ensuite appelé un médecin civil qui est venu et a pansé mes poignets blessés et m’a donné un café avec du cognac dedans. Lorsqu’il a terminé, il a ouvert la porte aux militaires et leur a dit : « Voilà, ils sont à vous. » Ils m’ont emmené à l’hôpital, où j’ai passé la nuit, je crois, et ensuite ils m’ont placé sur un train pour un long voyage jusqu’à Servigliano [Italie], dans un camp de prisonniers qui, d’après ce que je comprends, est encore aujourd’hui préservé comme un monument à l’entreprise italienne, dans une sorte de site touristique.

J’y suis resté 18 mois, à travailler sans relâche avec plusieurs personnes pour tenter d’organiser des évasions. Après 18 mois et une nuit, alors que l’incertitude planait dans l’air, il y a eu beaucoup de bruit provenant de la tour principale, et nous avons soudainement réalisé que le garde du mur sud était parti de son piédestal au-dessus de la porte. À ce moment-là, nous avons rapidement formé un groupe de neuf d’entre nous et nous sommes sortis directement par l’entrée principale du camp, et nous avons commencé à marcher. Au matin, nous avons réalisé qu’il serait impossible qu’un groupe de neuf personnes puisse survivre sans être repéré. Nous nous sommes donc séparés, et je suis resté avec le sergent Bob Belleville, et un autre pilote de la RAF, Bob White, qui était un Anglais, mais avait fait son entrainement au Canada. Sa petite amie attendait son retour, et j’étais certain qu’il y parviendrait parce qu’il avait ce qu’on appelait alors une grande force morale. Il nous a fallu trois mois pour nous frayer un chemin vers le sud, jusqu’à l’endroit où nous savions que les Alliés avaient débarqué et progressaient vers le nord. Et la première nuit où j’ai franchi les lignes alliées, l’artiste canadien du nom de Charles Comfort m’a dit en me rencontrant et en voyant mes vêtements sales, je portais des pantalons, deux paires de pantalons parce qu’une paire avait un fond de culotte et l’autre non. Alors il m’a dit qu’il ne m’oublierait pas de sitôt, parce que « je m’appelle Comfort, et c’est la première nuit où vous trouvez du confort depuis très longtemps ».

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