Millénarisme

L'attente d'une délivrance millénaire est particulièrement vive à des époques de l'histoire qui sont marquées par de fortes tensions sociales, comme celles des croisades, de la peste noire dans l'Europe du Moyen Âge et de la Réforme protestante.


Millénarisme

 Le mot millénarisme, dérivé du latin mille et annus, « mille ans », désigne une croyance religieuse fondée sur le passage de l'Apocalypse (20, 1-6) où Jean prédit que Satan sera enchaîné pendant 1000 ans. Dans la théologie chrétienne, le millénarisme est l'attente du Royaume de Dieu sur Terre, à savoir que le Christ reviendra régner sur Terre pendant 1000 ans avant que le Jugement dernier ne conclue l'Histoire définitivement. Cette doctrine appartient au patrimoine de toutes les confessions chrétiennes, mais la plupart des grandes Églises l'ont mise en veilleuse. Par contre, elle revêt beaucoup d'importance pour de nombreux groupes plus restreints qui militent au Canada, dont les mormons (voirÉGLISE MORMONE, les TÉMOINS DE JÉHOVAH et les ADVENTISTES DU SEPTIÈME JOUR.

L'attente d'une délivrance millénaire est particulièrement vive à des époques de l'histoire qui sont marquées par de fortes tensions sociales, comme celles des croisades, de la peste noire dans l'Europe du Moyen Âge et de la Réforme protestante. C'est dans ce courant qu'il faut ranger Louis RIEL, qui prêche un salut millénaire aux Métis du Canada lorsqu'ils sont submergés par l'immigration des Blancs.

Originaire de la tradition judéo-chrétienne, un phénomène parallèle, le concept de millénarisme est appliqué de façon analogique par les anthropologues et les sociologues à des phénomènes constatés en milieu non chrétien. Ainsi, en 1890, beaucoup de tribus indiennes des Prairies pratiquent la danse des esprits en attendant la destruction de l'homme blanc, qui doit s'accompagner d'un renouvellement de la terre et du repeuplement des bisons en quantité jamais vue. Parmi les milliers de mouvements du genre, citons les « cargo cults » de Mélanésie, la Nation de l'Islam aux États-Unis, les Rastafariens de Jamaïque (qu'on trouve maintenant au Canada) et les membres du Temple du peuple, qui se sont suicidés collectivement en Guyane en 1978, et le mouvement Aum Shinrikyo qui a introduit du gaz neurotoxique dans le métro de Tokyo en 1995.

Le messianisme, au sens strict, est une doctrine ou un mouvement centré sur la personne d'un messie, alors que le millénarisme est un concept plus large qui englobe des attentes de salut collectif; dans les faits, cependant, les deux termes sont souvent utilisés l'un pour l'autre. On parle souvent de messianisme au sens métaphorique à propos de l'histoire du Québec, pour désigner le sentiment d'une mission à remplir qui est profondément enraciné dans la culture canadienne-française : au XIXe siècle, on désirait propager le catholicisme sur le continent nord-américain; au XXe siècle, on veut promouvoir la langue et la culture françaises.

Certains auteurs parlent aussi de millénarisme et de messianisme en traitant d'idéologies comme le marxisme, le fascisme, l'écologie fanatique et le féminisme radical qui préconisent la transformation fondamentale de la société par l'action politique. Ce nouvel usage des termes au sens métaphorique souligne d'importantes ressemblances entre les mouvements religieux et les mouvements politiques. Il s'applique aussi au mouvement raciste d'identité chrétienne, dont les adeptes croient que les peuples du Nord de l'Europe et leurs descendants, notamment les Américains de race blanche, sont les descendants des 10 tribus perdues d'Israël. Le groupe Aryan Nations et d'autres tenants de l'identité chrétienne militent au Canada et aux États-Unis. Un certain millénarisme non religieux se retrouve pareillement dans beaucoup de cultes et de mouvements du nouvel âge qui se répandent vers la fin des années 90.


Lecture supplémentaire

  • Michael Barkun, Religion and the Racist Right: The Origins of the Christian Identity Movement (1994); Norman Cohn, The Pursuit of the Millennium (rev 1970); Thomas Flanagan, Louis "David" Riel: Prophet of the New World (rev 1996); Martha F. Lee, Earth First! Environmental Apocalypse (1995); Thomas Robbins and Susan J. Palmer, eds, Millennium, Messiahs, and Mayhem: Contemporary Apocalyptic Movements (1997).