Melvin Charney

Le premier projet de Melvin Charney a été celui d'une école construite à Lac-Beauport, au Québec, en 1964. La proposition de pavillon canadien qu'il présente au concours en 1970, en vue de l'Exposition internationale d'Osaka, n'est pas retenue, mais lui vaut tout de même de nombreux éloges.

Tribute, The
Colonne no 11, en béton, acier inoxydable et bois recouvert de cuivre, 1987-1989, au Centre canadien d'architecture (avec la permission de Melvin Charney).

Melvin Charney, artiste et architecte (Montréal, 1935 - Montréal, 17 septembre 2012). Il étudie à l'École d'art du Musée des beaux-arts de Montréal, à l'école d'architecture de l'Université McGill de 1952 à 1958 (B.A. en architecture) et à l'école d'art et d'architecture de l'Université Yale en 1959 (M.A. en architecture). De 1961 à 1964, Melvin Charney travaille à Paris et à New York. Il retourne à Montréal en 1964, où il établit son cabinet d'architecte et enseigne au département d'architecture de l'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, supervisant le programme d'études supérieures de 1966 à 1970. Depuis, Melvin Charney participe à une série de projets divers, combinant souvent l'architecture et l'art et portant un regard à la fois admirateur et critique sur l'environnement urbain.

Une trajectoire non conventionnelle

Le premier projet de Melvin Charney a été celui d'une école construite à Lac-Beauport, au Québec, en 1964. La proposition de pavillon canadien qu'il présente au concours en 1970, en vue de l'Exposition internationale d'Osaka, n'est pas retenue, mais lui vaut tout de même de nombreux éloges. En outre, ce projet audacieux, fait d'un assemblage de grues et d'échafaudages, marque le début d'une carrière qui se démarque de la pratique architecturale traditionnelle. En 1972, il organise, au MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL, l'exposition « Montréal plus ou moins », dans laquelle il analyse l'impact du développement sur la qualité de la vie urbaine. Sa participation au controversé « Corridart », au cours duquel des artistes de Montréal créent des installations sur une artère principale de la ville durant les Jeux olympiques de 1976, lui vaut un conflit ouvert avec l'administration Drapeau (voirDRAPEAU, Jean). Dans son installation, Melvin Charney prévoit l'érection d'une façade temporaire à l'une des principales intersections de la ville, cherchant ainsi à remplir la brèche ouverte dans le tissu urbain par la démolition aveugle de bâtiments historiques au cours de cette période. Son œuvre, faite elle aussi de matériaux éphémères, est détruite par ordre de fonctionnaires municipaux en colère, engendrant ainsi un scandale international et une série de poursuites judiciaires acerbes.

Dès le début des années 1980, la critique de l'aliénation urbaine propre au travail de Melvin Charney s'intensifie alors qu'il commence à explorer le « modernisme » du totalitarisme. Il entreprend alors une série d'œuvres représentant les chemins de fer, les camps de la mort et les fours crématoires du Troisième Reich, l'infrastructure de l'Holocauste. Dans ces dessins et installations, l'industrialisation du génocide devient une métaphore extrême pour l'aliénation de la société moderne.

Entre 1978 et 1989, dans une série d'installations in situ dans des villes canadiennes, américaines et européennes, Melvin Charney poursuit sa critique de la décontextualisation de la ville moderne par l'entremise de constructions temporaires évoquant des récits urbains cachés. Faisant contraste avec ces installations éphémères, Melvin Charney conçoit plus tard plusieurs monuments pour des espaces publics permanents. Son œuvre Canadian Tribute to Human Rights, à Ottawa, dévoilée par le Dalaï-Lama en 1990, est le premier monument au monde à être dédié aux droits de l'homme.

L'œuvre la plus populaire de Melvin Charney est sans doute le jardin du Centre canadien d'architecture (CCA) à Montréal. Conçu et réalisé en 1987-1988 dans le cadre du concours pour désigner le prix Intégration art et architecture du gouvernement québécois, cette œuvre combine sculpture et espace public sur un site que la Ville de Montréal alloue au Centre Canadien d'Architecture. Le jardin est aménagé comme une série d'épisodes narratifs - verger, prairie, galerie (miroir de la maison Shaughnessy), esplanade, belvédère et colonnes allégoriques - qui traitent autant de l'histoire de l'architecture que de l'histoire de Montréal. En 1992, la sculpture de Melvin Charney intitulée Skyscraper, Waterfall, Brooks - a Construction, située Place Émilie-Gamelin (un important lieu de rassemblement autrefois connu sous le nom de Place Berri, à Montréal), met résolument au défi les façons traditionnelles de percevoir la nature dans les espaces urbains.

De septembre 2003 à janvier 2004, le Musée contemporain de la photographie canadienne expose un grand nombre de photographies, œuvres sur papier et sculptures de Melvin Charney pour illustrer l'ampleur de ses réalisations depuis les années 1960.

Renommée internationale

Sa renommée en tant qu'enseignant et théoricien de l'architecture est universelle. En tant qu'artiste, il a vu ses œuvres présentées à des événements artistiques contemporains d'envergure internationale, comme la Biennale de Venise et la Documenta à Kassel, ainsi qu'à des expositions, seul ou en groupe, dans des musées partout dans le monde.

(Voir aussiARCHITECTURE, COURANTS ARTISTIQUES CONTEMPORAINS et ART DES LIEUX PUBLICS.)


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