La crête de Vimy

La bataille de la crête de Vimy lors de la Première Guerre mondiale occupe une place privilégiée parmi les événements fondateurs de la nation canadienne. Il s’agit à la fois d’un triomphe – une victoire capitale des Alliés après une longue impasse sanglante – et d’une tragédie. Durant des combats de quatre jours, 3 598 Canadiens sont tués et 7 004 blessés. Voilà plus d'un siècle que cette bataille a pris fin le 12 avril 1917 et, tout au long de cette période, l’événement a acquis une autre dimension, confinant au mythe. Le brigadier-général canadien A.E. Ross déclare ainsi à propos de cette victoire : « Pendant ces quelques minutes, j’ai assisté à la naissance d’une nation. »

Vimy, plateau de
Les mitrailleurs canadiens se terrent dans les tranchées, sur le plateau de Vimy, en France, en avril 1917 (avec la permission de NAC/PA-1017).
La crête de Vimy : un printemps sanglant
La crête de Vimy


L’importance de la bataille de la crête de Vimy apparaît clairement lorsqu’on l’analyse avec le recul de l’histoire. Cependant, au moment où ces événements se déroulent, le rassemblement, pour la première fois, des quatre divisions du Corps canadien n’apparaît que comme un apport d’hommes frais destinés à se faire massacrer le long des sept kilomètres de cette crête au nord d’Arras en France, devenue depuis près de trois ans une véritable zone de boucherie. L’historien Tim Cook décrit la crête comme un « cimetière à ciel ouvert » jonché des restes de plus de 100 000 soldats français tués ou blessés lors de précédentes tentatives visant à repousser les Allemands. Pour les Alliés, la prise de la crête déstabiliserait les lignes allemandes dans toute la région. Pour les Allemands, elle constitue le pivot autour duquel s’articulent leurs lignes de défense, protégeant la ligne Hindenburg qu’ils viennent de construire et une longue bande de terre pénétrant en Flandre. La perte de la crête de Vimy laisserait ces positions fortifiées allemandes sans protection sous le feu des canons alliés en surplomb.

Les Canadiens sont sous le commandement du lieutenant-général britannique sir Julian Byng, devenu ultérieurement gouverneur général du Canada. C’est un chef apprécié de ses hommes, doté d’excellentes capacités pour détecter les talents et qui fait entièrement confiance au chef de la 1re Division du Corps, le major-général canadien Arthur Currie. Ensemble, ils préparent méticuleusement la bataille et répètent le scénario avec leurs troupes. On montre aux hommes des maquettes et des cartes, on leur fournit des informations précises sur l’emplacement des points forts de l’ennemi et des rôles bien définis sont affectés aux fantassins, par exemple comme mitrailleur ou grenadier, contrairement à l’hypothèse classique voulant que tous les fantassins jouent un rôle de fusilier. Ceux qui s’apprêtent à donner l’assaut reçoivent ces instructions : « Suivez votre commandant et, s’il tombe, suivez l’officier juste en dessous dans l’ordre hiérarchique. »

Les Canadiens attaquent à 5 h 30 le 9 avril, le lundi de Pâques, alors que souffle un vent froid cinglant et que tombent des giboulées et de la neige. La première vague de plus de 15 000 hommes frappe durement et réussit à s’emparer de la ligne de front. Trois jours plus tard, les Canadiens arrivent à expulser les Allemands de la crête après s’être emparés de ses deux principaux sommets, la Côte 145 et le Bourgeon. Le journal de la 6e Brigade de la 2e Division décrit en ces termes le premier jour de la bataille : « Des hommes blessés jonchent le sol dans la boue, dans les trous d’obus et dans les cratères creusés par les mines; certains hurlent en direction du ciel, d’autres gisent en silence, les uns implorant de l’aide, les autres luttant pour ne pas être engloutis dans les cratères. » Les Canadiens réalisent, à l’occasion de cette bataille, ce qu’aucune autre armée n’avait réussi auparavant : offrir aux Alliés une victoire capitale qui marque un tournant essentiel, orientant le cours de la guerre vers la victoire finale de ces derniers.

S’il est vrai que cette victoire doit beaucoup à l’utilisation de nouvelles tactiques, il n’en demeure pas moins qu’elle est essentiellement bâtie sur du courage et du sang. Quatre Canadiens se voient honorés d’une Croix de Victoria à l’occasion de la bataille de la crête de Vimy.

Deux mois plus tard, sir Julian Byng est promu et Arthur Currie, récemment fait chevalier, le remplace. Cette bataille devient un symbole des contributions du Canada et de ses sacrifices durant la guerre (plus de 60 000 morts), plaçant le premier ministre Robert Borden dans une dynamique favorable, au sortir de du conflit, pour obtenir de la Grande-Bretagne la reconnaissance de l’autonomie du Canada. C’est dans ce contexte que le Canada passe du statut de colonie à celui de dominion membre du Commonwealth. La crête de Vimy abrite désormais l’un des monuments commémoratifs, le mémorial de Vimy, les plus saisissants et les plus émouvants jamais construits. Il s’agit d’une structure de calcaire érigée au sommet de la Côte 145 sur laquelle sont gravés les noms des 11 285 Canadiens morts en France sans sépulture connue. De la même façon que ce monument rappelle le sacrifice de ces soldats, il nous remet également en mémoire le rôle du Canada durant cette guerre qui, malheureusement, ne devait pas se conformer à son appellation de « der des ders ».

Monument commémoratif du Canada à Vimy
Monument commémoratif du Canada à Vimy (photo de Jacqueline Hucker).

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