La crainte et le courage en Normandie

Il y a soixante-dix ans ce mois-ci que les marins, soldats et aviateurs canadiens ont participé au lancement de la bataille de Normandie le 6 juin 1944, l’un des évènements décisifs de la Deuxième Guerre mondiale. Les Canadiens ont joué un rôle de premier ordre dans la Force d’invasion alliée, qui arrivait en France cet été-là et commençait sa sanglante mission pour libérer l’Europe de l’Ouest de l’occupation nazie.

Le Canada est en guerre avec l’Allemagne depuis 1939 déjà. Dès 1944, le vent tourne en faveur des Alliés. Forts de la victoire de la bataille de l’Atlantique, les Alliés poursuivent leur avancée en Italie. À l’est, les Soviétiques repoussent les machines de guerre allemandes en Russie. Le dirigeant soviétique Joseph Staline demande aux Britanniques et aux Américains d’ouvrir un nouveau front de guerre en envahissant la France par l’ouest. Au printemps de 1944, la plus grande invasion amphibie jamais réalisée est planifiée sous le nom de code opération Overlord.

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Image: Des soldats d'infanterie se déplaçant à terre depuis le NCSM Prince Henry le 6 juin 1944. PO Dennis Sullivan/Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-132790.

Il y a soixante-dix ans ce mois-ci que les marins, soldats et aviateurs canadiens ont participé au lancement de la bataille de Normandie le 6 juin 1944, l’un des évènements décisifs de la Deuxième Guerre mondiale. Les Canadiens ont joué un rôle de premier ordre dans la Force d’invasion alliée, qui arrivait en France cet été-là et commençait sa sanglante mission pour libérer l’Europe de l’Ouest de l’occupation nazie. Le Canada est en guerre avec l’Allemagne depuis 1939 déjà. Dès 1944, le vent tourne en faveur des Alliés. Forts de la victoire de la bataille de l’Atlantique, les Alliés poursuivent leur avancée en Italie. À l’est, les Soviétiques repoussent les machines de guerre allemandes en Russie. Le dirigeant soviétique Joseph Staline demande aux Britanniques et aux Américains d’ouvrir un nouveau front de guerre en envahissant la France par l’ouest. Au printemps de 1944, la plus grande invasion amphibie jamais réalisée est planifiée sous le nom de code opération Overlord. . Image: Des soldats d'infanterie se déplaçant à terre depuis le NCSM Prince Henry le 6 juin 1944. PO Dennis Sullivan/Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-132790.


Plans secrets

Les Allemands, bien conscients qu’une invasion est imminente, ne savent ni où ni quand elle aura lieu. L’endroit le plus logique est sans conteste le Pas-de-Calais, la côte ouest de la frontière belge, là où La Manche est la moins large et l’itinéraire vers l’Allemagne est le plus court. Les Alliés, toutefois, ont l’œil sur les plages de la Normandie, plus à l’ouest.

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Les Alliés ont besoin d’un port de ravitaillement français pour soutenir adéquatement la Force d’invasion. Toutefois, après le raid désastreux du port de Dieppe, en 1942, durant lequel ont été tués, blessés ou capturés 3369 Canadiens, les stratèges militaires savent bien qu’une attaque navale contre ce port bien défendu est de la pure folie.

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En fait, la majorité de la rive française de La Manche a été transformée en ce qu’on appelle le « mur de l’Atlantique », constitué de kilomètres de fortifications, de nids de mitrailleuses et de bunkers allemands surplombant les estuaires et les plages, eux-mêmes couverts de barbelés, de fossés antichars et d’autres obstacles.

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La grande majorité des hommes de la 3e Division d’infanterie qui débarquent sur jour J, le premier jour de l'invasion, n’ont aucune expérience de combat. Fred Moar, lieutenant du Régiment North Shore du Nouveau-Brunswick, ne fait pas exception à la règle. Pendant plus d’un an, les troupes s’entraînent en Écosse et en Angleterre : « Nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait, dit Moar, mais nous étions prêts à tout. Nous nous croyions les meilleurs ».

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Image : Côte de Normandie © Richard Foot.

Air, mer et terre

Au jour J, les Alliés tenteront le débarquement de plus de 156 000 soldats sur cinq plages, dont l'un, sous le nom de code Juno, a été assigné aux Canadiens. Un bataillon de parachutistes canadiens doit également atterrir derrière les lignes allemandes, accompagné par trois divisions de parachutistes américains et britanniques, tout près de la Force d’invasion principale.

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Jan de Vries, membre du 1er bataillon parachuté du Canada, atterrit à quelques kilomètres de son point de chute prévu. « Je me suis demandé où je pouvais bien être quand j’ai mis les pieds à terre, dit-il. J’ai passé la nuit à chercher mon chemin dans le noir et à éviter les patrouilles ennemies pour me rendre à mon point de chute, près de la côte ».

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Image : Plan de l'invasion de Normandie avec les forces alliées. Originalement publié dans le Time magazine.

Juno Beach

L'un des premiers hommes à débarqué à Juno Beach est Lockie Fulton, commandant pour les Royal Winnipeg Rifles. La Manche « n’était pas de tout repos, dit-il. Beaucoup souffraient du mal de mer. En nous approchant des rives, des tirs d’armes légères ricochaient sur la proue de notre navire. Ensuite, nous avons touché le fond, la rampe est descendue, et j’ai sauté dans un mètre d’eau, avec mes 45 kilos d’équipement sur les épaules ».

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« Nous avions encore au moins 45 mètres à parcourir avant d’arriver sur la terre ferme. C’était loin d’être agréable, mais nous avons continué sans broncher. Parfois, un homme tombait à côté de nous. Nous savions bien que nous ne pouvions pas l’aider, mais nous tentions quand même de le traîner derrière nous jusqu’à la plage. C’était incroyable de voir les balles ricocher comme des pierres sur l’eau. Je me disais que si je sautais assez haut, elles ne m’atteindraient pas ».

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Lockie Fulton perd 15 de ses hommes durant la montée vers la plage. Après plusieurs heures de combats ardus, Fulton et la 3e Division d’infanterie s’emparent la plage et ses villages côtiers — de même que les forces anglais et américains sur leurs plages. Ensemble, les Alliés établissent une tête de pont côtière en Normandie.

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Image : Personnel de la 9e Brigade d'infanterie canadienne débarquant de l'engin de débarquement d'infanterie, le jour J. Photo de G. Milne, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada, PA-137013

Bataille de Normandie

Il faut un été complet de combats intenses contre des divisions blindées nazies souvent aguerries pour que les Alliés quittent finalement l’étroit pont de plage de Normandie.

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Pendant que les Américains à l’extrémité ouest du front peinent à conquérir la précieuse ville portuaire de Cherbourg, les Britanniques et les Canadiens guerroient pour la capitale normande, Caen. Des troupes canadiennes, déjà épuisées par des semaines de combats ardus, lancent l’attaque sur l’aéroport de Carpiquet, en banlieue de Caen. Lockie Fulton sort seul survivant de la bataille de Carpiquet, un jour qu’il appellera « le pire jour de toute la guerre ».

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La chute de Carpiquet d’abord, puis de Caen, arrive au début de juillet. Au début d’août, les armées alliées lancent un mouvement de tenailles important; ils encerclent ce qu’il reste de l’armée allemande en Normandie. La Poche de Falaise, par où les Allemands battent en retraite, est fermée le 20 août grâce à la collaboration des Forces américaines, canadiennes et polonaises. Désespoir et confusion se manifestent durant les derniers jours de la bataille, alors que les Alliés tentent de coincer les Forces allemandes en fuite.

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Image : Le Caporal suppléant W.J. Curtis du Corps de santé royal canadien (CSRC), panse la jambe brûlée d’un petit français, sous les yeux de son frère, à Boissons, en France, le 19 juin 1944. Lieutenant Ken Bell. Bibliothèque et Archives Canada. PA-141703.

Infamie

Des douzaines de soldats canadiens qui ont survécu à jour J ont été victimes de crimes de guerre commis par les Allemands dans la semaine qui a suivi. À partir du 7 juin, un grand nombre de Canadiens ont été faits prisonniers au cours de violents combats au sud de Juno Beach contre un régiment de la 12e Division blindée, commandé par le colonel Kurt Meyer.

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Dix-huit prisonniers de guerre canadiens sont abattus d’une balle dans la tête amenés dans les jardins de l’Abbaye d’Ardenne, une église en pierres où le colonel Kurt Meyer a établi ses quartiers généraux. Quarante-cinq soldats canadiens de plus furent exécutés, en petits groupes, dans l’enceinte du Château d’Audrieu, un domaine normand réquisitionné par la 12e SS.

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Après la guerre, Kurt Meyer, lui-même fait prisonnier en 1944, fait face à un procès pour avoir incité ses troupes à exécuter les prisonniers canadiens. Il est condamné à mort. Après cinq années au pénitencier de Dorchester, au Nouveau-Brunswick, Kurt Meyer est transféré dans une prison ouest-allemande. En 1954, avec la bénédiction du Canada, il est libéré.

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Le nombre exact de prisonniers de guerre canadiens exécutés par les Allemands durant la bataille de Normandie demeure incertain. Le ministère canadien des Anciens Vétérans, lui, prétend que plus de 156 soldats canadiens ont été illégalement exécutés, « en groupes dispersés dans divers recoins de la campagne normande ».

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À l’Abbaye d’Ardenne sur un monument installé dans le jardin où 18 exécutions ont eu lieu est gravée : « Ils ont disparu, mais resteront toujours dans nos mémoires ».

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Image : L'Abbaye d’Ardenne dans la campagne normande, au sud de Juno Beach, 2012. © Richard Foot.

La Maison des Canadiens

« Plus de 100 hommes du Queen’s Own Rifles sont tombés au combat ou ont été blessés, pas très loin de cette maison, dans les premières minutes après leur débarquement sur la plage ».

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Cette inscription éloquente accueille les visiteurs à l’entrée d’une grande maison à ossature de bois qui donne sur la plage Juno située dans le village Bernières-sur-Mer en France. « La Maison des Canadiens » ou Canada House, l'une des premières maisons libérées par les Canadiens le jour J, est un des bâtiments iconiques de l’histoire militaire canadienne.est un des bâtiments iconiques de l’histoire militaire canadienne.

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Ce bâtiment est, et l’était toujours, un immeuble comprenant deux maisons jumelées. Hervé Hoffer est propriétaire de la partie gauche de cette maison qui appartenait aux membres de sa famille qui ont été expulsés par les Allemands.

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Depuis, Hervé Hoffer conserve avec amour la mémoire du sacrifice canadien et l’esprit de sa maison touchée par l’histoire de la guerre. Les visiteurs sont presque toujours les bienvenus. À l’intérieur, on peut voir un sanctuaire vivant de souvenirs, c’est-à-dire la maison d’été décorée avec les drapeaux canadiens, des insignes régimentaires et une grande collection de cartes de guerre, de photos, d’uniformes et d’autres artéfacts.

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Chaque année le 1er juin, Hervé Hoffer allume une lanterne de paraffine et l’accroche au balcon de sa maison. Le 6 juin, après le coucher du soleil, il porte la lanterne à la plage et marche dans l’eau jusqu’à la taille dans la Manche, on entend le joueur de cornemuse jouer une sérénade. Hervé Hoffer appelle cette cérémonie « le geste symbolique à l’honneur des Canadiens qui sont venus de la mer ce jour-là pour nous rendre la liberté ».

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Image : Hervé Hoffer et son épouse, devant leur maison, La Maison des Canadiens. © Richard Foot.

Paix

Au total, on évalue le nombre de victimes allemandes (décédées ou blessées) en Normandie à plus de 200 000. Les Alliés, quant à eux, dénombrent 209 000 victimes sur les 2 millions de soldats débarqués en France depuis le jour J. De ce nombre, 18 700 victimes sont Canadiennes.

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Les sacrifices du Canada en Normandie sont commémorés par plus d’une douzaine de monuments, cénotaphes et cimetières de guerre un peu partout dans la région, sans compter les plus importants cimetières de guerre canadiens à Bény-sur-Mer et Bretteville-sur-Laize.

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Les Normands se souviennent aussi. Chaque année, le 6 juin, ils hissent des drapeaux canadiens, britanniques et américains, tiennent des veillées, et défilent dans leurs villages dans la mémoire du sacrifice des Alliés.

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Image : Le cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer, 2012. © Richard Foot.


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