Les peuples autochtones et les guerres mondiales

Des milliers d’Autochtones ont servi dans les Forces armées canadiennes pendant la Première Guerre mondiale, la Deuxième Guerre mondiale, la plupart du temps en tant que volontaires. Sur le front intérieur, la plupart des communautés autochtones ont participé à l’effort national de guerre selon différentes modalités.

Des milliers d’Autochtones ont servi dans les Forces armées canadiennes pendant la Première Guerre mondiale, la Deuxième Guerre mondiale, la plupart du temps en tant que volontaires. Sur le front intérieur, la plupart des communautés autochtones ont participé à l’effort national de guerre selon différentes modalités.


Les guerres mondiales ont représenté pour les peuples autochtones du Canada des événements historiques d’une portée considérable. (Voir Les peuples autochtones et la Première Guerre mondiale et  Les peuples autochtones et la Deuxième Guerre mondiale.) Ces conflits ont offert à des populations marginalisées des occasions de redonner vie à des cultures guerrières traditionnelles, de réaffirmer le caractère sacré des traités conclus avec le Canada, de prouver leur valeur à une population canadienne qui les considérait avec indifférence, de briser les barrières sociales et de trouver de bons emplois.

Monument national des anciens combattants autochtones, Ottawa

Monument dédié aux soldats autochtones, comme Frank Narcisse Jérome, qui ont combattu pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.

Volontariat pour la guerre

Lors de chacun de ces deux conflits, des milliers d’Autochtones servent dans les différentes armes, la plupart du temps en tant que volontaires. Officiellement, environ 4000 soldats des Premières Nations (Indiens inscrits) servent à l’étranger pendant la Première Guerre mondiale, tandis que 4250 soldats des Premières Nations ont servi pendant la Deuxième Guerre mondiale. Des recherches récentes révèlent que des milliers d’autres soldats des Premières Nations, métis et inuits (comme John Shiwak du Labrador, qui combat pendant la Première Guerre mondiale) se sont portés volontaires pour servir sans s’identifier comme Autochtones.

L’historien Timothy Winegard a démontré que pendant la Première Guerre mondiale, le recrutement et le volontariat des soldats autochtones se déroulent en trois phases. Au cours de la première phase, d’août 1914 à décembre 1915, l’armée accepte « officieusement » des soldats autochtones. En d’autres termes, elle les autorise à s’enrôler, mais ne les recrute pas activement. Au cours de la deuxième phase, de décembre 1915 à décembre 1916, le gouvernement canadien et le ministère des Affaires indiennes assouplissent les restrictions imposées aux volontaires autochtones à mesure que les pertes du Corps expéditionnaire canadien augmentent après des batailles meurtrières comme la deuxième bataille d’Ypres (1915) et la bataille de la Somme (1916). La troisième phase a lieu de 1917 à la fin de la guerre. Au cours de cette troisième phase, les volontaires autochtones sont officiellement encouragés alors que l’enrôlement volontaire s’est tari dans tout le Canada et que le premier ministre Robert Borden décide d’instituer la conscription (service militaire obligatoire). La Loi du Service Militaire (LSM) d’août 1917, qui déclare la conscription des hommes âgés de 20 à 45 ans, inclut initialement tous les hommes autochtones (à l’exception des Inuits), quel que soit leur statut légal d’Indien. Bien que les hommes des Premières Nations et les autres hommes autochtones soient exemptés de la LSM en janvier 1918, beaucoup d’autres continuent à se porter volontaires jusqu’à la fin de la guerre.

Au total, plus de 500 soldats autochtones sont tués et beaucoup d’autres blessés ou capturés pendant les deux guerres mondiales. Sur le front intérieur, la plupart des communautés autochtones participent à l’effort national de guerre selon différentes modalités, notamment en donnant de l’argent et en travaillant pour l’industrie de guerre sur le front intérieur. Toutefois, en dépit de leurs contributions et de leurs sacrifices, les peuples autochtones sont demeurés marginalisés et privés de droits civiques fondamentaux comme le droit de vote. (Voir Droit des votes des peuples autochtones.)

Héritage et mémoire

Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), peu de reconnaissance est accordée aux peuples autochtones pour leur contribution à l’effort de guerre. Contrairement à ce qui s’était passé à l’occasion de la Première Guerre mondiale, le Canada rend hommage, à la sortie de la guerre, à la participation autochtone durant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945). Dans un contexte où le gouvernement cherche à mettre en place un nouvel ordre social, de nombreuses Canadiennes et de nombreux Canadiens se penchent en outre, durant cette période, sur le traitement réservé par leur pays aux populations autochtones et ne sont pas particulièrement satisfaits de ce qu’ils découvrent. Des groupes d’anciens combattants, des dirigeants autochtones et de nombreux autres sympathisants profitent de ce climat favorable et de cette courte période de reconnaissance pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il réforme les droits civiques des Autochtones, ces actions conjointes conduisant, en 1946, à un examen parlementaire et, en 1951, à d’importants amendements à la Loi sur les Indiens. Il faut toutefois noter que les peuples autochtones n’obtiendront le droit de vote à l’échelon fédéral qu’à compter de 1960. (Voir Droit de vote des peuples autochtones.)

Par la suite, les anciens combattants autochtones vont être largement oubliés jusqu’à ce que, des années 1970 aux années 2000, ils commencent à s’organiser, à faire campagne pour que leurs sacrifices soient reconnus et à réclamer la restitution des avantages offerts aux anciens combattants jamais perçus. Leur persévérance va payer : un rapport, établi sur la base d’un consensus, est accepté par les groupes d’anciens combattants des Premières Nations et par le gouvernement en 2001 ; il est suivi d’une offre d’excuses publiques et d’une offre d’indemnisation en 2003. Les revendications des anciens combattants métis et  inuits ne feront toutefois pas l’objet de la même écoute. Au cours des dernières années, les anciens combattants autochtones sont devenus bien plus visibles à l’occasion des manifestations locales et nationales du Souvenir, notamment lors de la Journée des anciens combattants autochtones le 8 novembre (inauguré par le conseil municipal de Winnipeg en 1994) et sur les lieux de mémoire comme le Monument à la mémoire des anciens combattants autochtones du Canada à Ottawa. Désormais, ce ne sont plus des guerriers oubliés.

Francis “Peggy” Pegahmagabow
Le saviez-vous?
Yann Castelnot, un historien amateur français vivant au Québec, a passé les deux dernières décennies à rechercher les noms de plus de 154 000 soldats autochtones qui ont servi au sein des armées canadienne et américaine en temps de guerre depuis les années 1890. Castelnot a découvert les noms de 14 800 Autochtones ayant servi dans les Forces armées canadiennes durant les Première et Deuxième Guerres mondiales, soit des milliers de plus que ce qui avait auparavant été estimé. Pour ses efforts dans l’identification et la célébration des soldats autochtones qui ont contribué à l’effort de guerre canadien durant les Guerres mondiales, Castelnot a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II de 2012 et la Médaille du souverain pour les bénévoles de 2017 (toutes deux remises par le gouverneur général du Canada), ainsi qu’une Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants en 2017. Luc O’Bomsawin, un vétéran Abenaki d’Odanak, au Québec, et président fondateur de l’Association des vétérans autochtones du Québec, affirme que le travail de Castelnot est « essentiel… les chiffres qu’il suggère sont beaucoup plus élevés que tout ce que j’ai vu auparavant ».


Lecture supplémentaire

  • R. Scott Sheffield, “Fighting a White Man’s War? First Nations Participation in the Canadian War Effort, 1939–45,” dans Canada and the Second World War: Essays in Honour of Terry Copp, éd. par Geoffrey Hayes, Mike Bechthold et Matt Symes (Waterloo: Wilfrid Laurier University Press, 2012) et A Search for Equity: A Study of the Treatment Accorded to First Nations Veterans and Dependents of the Second World War and the Korean Conflict. The Final Report of the National Round Table on First Nations Veterans' Issues (Ottawa: Assembly of First Nations, mai 2001).

Liens externes

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