Haliburton: - un homme qui a du bagout

« Il buvait comme un trou ». « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». « Il pleut des cordes ». « En un clin d’œil ». « Blanc bonnet, bonnet blanc ». « Les blagues contiennent souvent un fond de vérité ».

« Il buvait comme un trou ». « L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». « Il pleut des cordes ».

« En un clin d'œil ». « Blanc bonnet, bonnet blanc ». « Les blagues contiennent souvent un fond de vérité ». Les gens d'expression anglaise utilisent des équivalents du genre sans se douter qu'ils sont imprégnés de la petite voix satirique de Thomas Chandler Haliburton, un notable

néo-écossais.

Haliburton voit le jour le 17 décembre 1796 à Windsor (N.-É.). Son père est juge et son grand-père,

avocat. Ce conservateur issu des classes supérieures est également un avocat brillant et un homme

d'affaires. Il est nommé à la Cour suprême de Nouvelle-Écosse. Après avoir quitté la magistrature,

il occupe une charge en Angleterre. Il est opulent, respecté et influent, mais ses réalisations le

laissent néanmoins profondément frustré.

Membre de l'élite conservatrice, Haliburton ne peut pas exprimer librement ses idées progressistes

en Nouvelle-Écosse, où l'anti-républicanisme conservateur et le patriotisme colonial probritannique

sont encore dominants. Ces courants sont nourris par le souvenir de la violence de la Révolution

américaine et les années de guerre contre la république révolutionnaire sanguinaire française qui

aboutit à la tyrannie de Napoléon et ne s'achève qu'en 1815.

Thomas Chandler Haliburton (ANC C-40887).

Haliburton pense que les protestations contre la mauvaise gestion que les Britanniques font des

colonies sont justifiées, mais il craint qu'une campagne pour un « gouvernement responsable »

aboutisse à une demande d'indépendance. À son avis, si elle rompt ses liens avec la

Grande-Bretagne, la Nouvelle-Écosse sera absorbée par les États-Unis. Il soutient que les

Néo-Écossais peuvent servir leur cause s'ils mettent toute leur énergie à exploiter leurs

abondantes ressources naturelles et à éviter d'adopter les vices américains.

Pour calmer sa frustration, Haliburton crée un alter ego, Sam Slick, un horloger yankee à la langue

agile qui colporte ses marchandises dans toute la Nouvelle-Écosse. Slick apparaît pour la première

fois galopant tranquillement sur son cheval, Old Clay, dans un numéro de septembre 1835 du The

Novascotian, un journal d'Halifax publié par Joseph Howe. Haliburton, par le truchement de Slick,

fait des observations savoureuses et critique l'attitude des Néo-Écossais puritains avec un esprit

acerbe, dans des discours simples prononcés dans un dialecte régional coloré.

En tant qu'Américain marginal, Slick peut critiquer la Grande-Bretagne et son administration

coloniale comme un colon ne pourrait jamais le faire. Ses remarques sur la vie en Nouvelle-Écosse

sont pertinentes et sarcastiques. « Nous [les Américains] considérons les heures et les minutes

comme des dollars et des sous. Les gens par ici ne font que manger, boire, fumer, dormir, se

promener, traîner à la taverne, faire des discours aux réunions anti-alcoolique et parler de la

Chambre d'assemblée ».

Slick est présenté à la fois comme un entrepreneur énergique et un escroc sans scrupules dont la

devise en affaire est : « c'est à l'acheteur de se méfier ». Il considère que, si voler une montre

est mal, duper quelqu'un est «moral et légal». C'est un grand intrigant et un observateur avisé de

l'être humain. Slick admet que c'est son « maniement de la flatterie et [sa] connaissance de la

nature humaine » qui font de lui un bon colporteur.

Pour riposter à son personnage marginal à l'esprit critique, Haliburton crée le Squire

(gentilhomme), un Néo-Écossais qui n'est ni ignorant, ni paresseux, ni grossier. Le Squire incarne

les caractéristiques positives du courage et de l'énergie que Slick préconise. De plus, il est doté

d'une ironie typiquement néo-écossaise que Slick n'arrivera jamais à maîtriser.

La Haliburton House est la résidence de Thomas Chandler Haliburton (photo by James Marsh).

Sam Slick est extrêmement populaire des deux côtés de l'Atlantique. Haliburton bâtit sa réputation

d'écrivain sur des publications sérieuses sur l'histoire de la province, incluant An Historical and

Statistical Account of Nova Scotia (1829). Mais c'est The Clockmaker; or the Sayings and Doings of

Sam Slick of Slickville qui lui vaut d'être le premier écrivain canadien internationalement connu.

En 1858, l'université d'Oxford souligne sa contribution à la littérature en faisant de lui le

premier écrivain colonial à recevoir un diplôme honorifique en littérature.

Quand Haliburton meurt, le 27 août 1865, sa carrière littéraire s'étend sur 37 ans. Il aura publié

18 œuvres importantes et se sera imposé comme figure marquante de la littérature anglaise du XIXe

siècle. Or, le travail d'Haliburton n'a pas la même signification politique pour les lecteurs

modernes que pour ses contemporains. Aujourd'hui, on apprécie les dialogues de Slick davantage pour

leur style que pour leur signification profonde. Son langage coloré a beaucoup enrichi la langue

anglaise.