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Grand lac des Esclaves

Le Grand lac des Esclaves est situé dans les Territoires du Nord-Ouest. Il s’agit du deuxième plus grand lac entièrement situé à l’intérieur des frontières canadiennes, le cinquième plus grand lac d’Amérique du Nord, et le dixième plus grand lac au monde. Avec une profondeur maximale de 614 mètres, il est également le lac le plus profond d’Amérique du Nord. Le lac comprend deux prolongements, appelés bras nord et bras est. Le nom « Esclave » est tiré du nom anglais du lac (Great Slave Lake) et il est dérivé de « Slavey », un nom parfois utilisé pour désigner les Dénés, un peuple autochtone de la région.


Géographie

Le Grand lac des Esclaves prend forme à la fin de la glaciation wisconsinienne, il y a environ 10 000 ans (voir Histoire géologique du Canada). Avec le retrait des glaces, des sédiments remplissent un ancien bras du lac, le long de l’actuelle rivière des Esclaves. La rivière demeure le principal affluent du lac, bien que de nombreuses rivières et cours d’eau plus petits s’y déversent également. Son principal effluent, le fleuve Mackenzie, est situé à l’ouest, près de Fort Providence (Zhati Koe).

Tout comme d’autres grands lacs du nord du Canada, le Grand lac des Esclaves est situé à cheval entre les anciennes roches du Bouclier canadien et les plateformes de l’intérieur, une région géologique plus récente (voir aussi Régions géologiques). Cette situation géologique se répercute sur la nature du lac. Le bras est, qui se trouve dans le bouclier, se distingue par de nombreuses îles, des rivages complexes et de grandes profondeurs. Avec une profondeur de 614 mètres dans la baie Christie, le Grand lac des Esclaves est plus profond que tout autre lac glaciaire en Amérique du Nord ou en Europe. En raison de son caractère unique, certains ont proposé d’établir un parc national englobant le bras est.

Des eaux bleues et des côtes rocheuses.

Écologie

Au départ, des chercheurs divisent le Grand lac des Esclaves en trois zones, en fonction de leurs populations distinctes de poissons : une zone centrale ouverte, le long bras nord, et le bras est. Les espèces de poissons dominantes, telles que le grand corégone, la truite grise et le cisco, se trouvent généralement partout dans le lac, bien que leur abondance varie selon les caractéristiques du milieu. Par exemple, le grand corégone évite les baies les plus profondes, mais il prospère dans les eaux peu profondes et relativement fraîches. La truite grise et l’ombre sont surtout abondantes dans les bras nord et est. Les eaux peu profondes, chaudes et boueuses de la rive sud et de l’extrémité du bras nord près de Behchokö constituent un habitat riche pour la laquaiche, le catostome et le doré jaune.

Le Grand lac des Esclaves se trouve au sud de la limite de la zone arborée, dans la forêt boréale du nord, et à l’intérieur de l’espace de transition entre les régions boisées et la toundra. Le pin gris et l’épinette sont les espèces dominantes, et les zones les plus densément boisées sont situées près de la rive. Le lac a une influence modératrice sur le climat local, ce qui permet une saison de croissance plus longue que dans les régions qui sont plus éloignées de ses eaux. En général, le Grand lac des Esclaves commence à geler vers la fin novembre et la glace reste en place jusqu’au milieu ou à la fin du mois de mai. À la mi-juin, la surface de l’eau est complètement libre, et le milieu de l’été est la période la plus calme sur le lac. À l’automne, les tempêtes surviennent plus fréquemment et souvent sans avertissement.

Une épaisse couche de glace bleu foncé.

Histoire

La présence humaine sur les rives du Grand lac des Esclaves remonte jusqu’à l’an 5000 avant notre ère. Les sites archéologiques les plus riches sont liés aux ancêtres des Dénés, connus comme le peuple Taltheilei (de 500 avant notre ère à 1840). Ces sites sont regroupés les uns près des autres sur la rive est du lac. Le nom anglais du Grand lac des Esclaves (Great Slave Lake) fait référence à « Slavey ». Ce nom désignait autrefois les Dénés (nom qu’ils utilisaient parfois eux-mêmes) qui vivaient à l’ouest du Grand lac des Esclaves et près du fleuve Mackenzie vers Tulita.

La tradition orale des Tlicho (également connus sous le nom de Dogrib) est riche en récits sur les conflits avec les T’atsaot’ine (également connus sous le nom de Dénés Yellowknives) sur les terres situées tout juste au nord du Grand lac des Esclaves, au cours des 18e siècle et 19e siècle. Vers 1825, Edzo, chef des Tlicho, et Akaitcho, chef des T’atsaot’ine, font la paix. À cette époque, de nouveaux arrivants non autochtones visitent le Grand lac des Esclaves depuis plusieurs décennies. Akaitcho rencontre sir John Franklin à Fort Providence en 1820, acceptant initialement de guider ses hommes et lui aux « rives de la mer polaire ». Les Dénés font du commerce aux postes de traite de la Compagnie du Nord-Ouest, le premier de ces postes ayant été établi dans le delta de la rivière des Esclaves en 1786. D’autres postes sont ensuite établis à la source du fleuve Mackenzie et à l’embouchure de la rivière Yellowknife. Après la fusion de la Compagnie du Nord-Ouest et de la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1821, Fort Resolution (Deninu Kue) devient le poste de traite principal du lac.

Les changements sociaux pour les peuples autochtones qui vivent autour du Grand lac des Esclaves s’intensifient avec l’arrivée des missionnaires chrétiens durant la deuxième moitié du 19e siècle. Les Sœurs de la Charité (Sœurs grises) ouvrent le premier pensionnat indien du Nord à Fort Providence (1867-1960), tandis que les missionnaires anglicans ouvrent un pensionnat indien à Hay River, qui fonctionne de 1895 à 1937. Un troisième pensionnat indien est en fonction à Fort Resolution de 1903 à 1957. Les enfants du Grand lac des Esclaves et des régions plus éloignées fréquentent ces pensionnats. À partir des années 1950, le gouvernement fédéral se charge de l’éducation dans les territoires et établit des résidences et des externats pour les élèves dans toutes les communautés situées sur les rives du Grand lac des Esclaves. Le gouvernement territorial fait de même à partir de 1969.

La rive sud du Grand lac des Esclaves est incluse dans le Traité n° 8 lorsque, en 1900 à Fort Resolution, Old Man (Emil) Drygeese signe en tant que chef des T’atsaot’ine de la rive nord-est du Grand lac des Esclaves. Le chef Sunrise et le conseiller Lamalice signent au nom des Dénés de Hay River. Le reste du Grand lac des Esclaves est inclus dans le Traité n° 11, qui est signé en 1921 à Fort Providence par les Tlicho et les autres groupes dénés de la région. Au cours des négociations menant au Traité n° 11, les groupes des Premières Nations reçoivent l’assurance qu’elles ne perdront pas le droit de chasser, de pêcher et de piéger sur leurs terres traditionnelles, mais il est maintenant largement reconnu que cette promesse n’est pas honorée par le gouvernement canadien. Les Métis de Fort Resolution et de Fort Providence ne sont pas inclus dans les traités, mais ils reçoivent un « certificat », soit un paiement unique destiné à régler leurs revendications juridiques avec le gouvernement.

Depuis la fin du 19e siècle, les prospecteurs recherchent des minéraux dans les roches exposées le long des rives du lac. En 1934, à la suite de la découverte d’or, on assiste à une ruée sur la rive nord du lac. La compagnie Consolidated Mining & Smelting (qui devient plus tard Cominco) domine la production d’or au Grand lac des Esclaves avec l’ouverture de la mine Con en 1938. En 1948, après la Deuxième Guerre mondiale, la mine Giant est ouverte. Les mines Con et Giant ferment à un an d’intervalle, respectivement en 2003 et 2004. Pine Point, une mine de plomb et de zinc à ciel ouvert sur la rive sud du lac, entre Hay River et Fort Resolution, entre en production en 1963. Une ville est ensuite construite pour les travailleurs de la mine. La mine ferme en 1988, et la ville est abandonnée peu après.

En plus des opérations minières près des rives, la période immédiate d’après-guerre voit l’essor de la pêche commerciale sur le Grand lac des Esclaves. En 1944-1945, des biologistes travaillant pour le gouvernement fédéral étudient le lac et déterminent que ses stocks de poissons peuvent soutenir une augmentation de la pêche, en plus des pêches sportive et locale, qui sont pratiquées de longue date. En conséquence, le gouvernement met sur pied des opérations de pêche commerciale à Hay River et vise à maintenir une saine gestion des stocks en utilisant des méthodes scientifiques de conservation. Durant les premières années, la plupart des pêcheurs commerciaux sont des colons non autochtones ou des visiteurs qui ne se rendent au lac que pendant les courtes saisons de pêche d’été et d’hiver. Les pêcheurs dénés et métis locaux représentent une plus grande proportion de pêcheurs commerciaux au cours des décennies suivantes. Le corégone et la truite sont les espèces commerciales les plus importantes. Bien que les poissons soient vendus localement et régionalement dans l’ouest du Canada, les marchés les plus importants se trouvent aux États-Unis.

Grand lac des Esclaves

Préoccupations environnementales

Malgré la surveillance scientifique du gouvernement fédéral, les premières années de production commerciale épuisent gravement les stocks de poissons dans le Grand lac des Esclaves. Certaines espèces, comme le grand corégone et la truite grise, se rétablissent. D’autres ont des histoires plus compliquées. Les remontées saisonnières du poisson appelé « inconnu » diminuent considérablement dans la région de Yellowknife dans les années 1940 et sur la rive sud du lac près de Buffalo River dans les années 1970, mais il est de retour autour de Yellowknife depuis 2000.

La pollution qui provient des activités minières locales et des contaminants à long rayon d’action est détectée dans les sédiments du fond du lac, dans les poissons et d’autres espèces aquatiques. La plus grande source de pollution est le trioxyde d’arsenic qui est produit par la mine Giant, dont 237 000 tonnes sont actuellement stockées dans des chambres souterraines. Alors que la mine est en exploitation, des résidus d’arsenic sont déversés dans Back Bay, contaminant l’approvisionnement en eau de la mine et de la ville de Yellowknife, ainsi que des communautés avoisinantes. La source d’approvisionnement en eau de la ville est relocalisée, mais la contamination à Back Bay et dans la baie de Yellowknife continue, touchant principalement les communautés dénées de N’dilo et Dettah. Actuellement, la concentration d’arsenic est plus élevée dans les poissons qui se trouvent près de l’ancien site de la mine que partout ailleurs dans le lac.

Les changements climatiques contribuent à modifier le niveau d’eau du Grand lac des Esclaves, mais ce n’est pas le seul facteur en cause. La construction du barrage W.A.C. Bennett sur la rivière Peace à la fin des années 1960 a un impact sur le niveau de l’eau du Grand lac des Esclaves, puisque le réseau hydrographique Peace-Athabasca alimente la rivière des Esclaves, qui à son tour alimente le lac. Alors que le barrage Bennett a tendance à faire baisser le niveau de l’eau, l’augmentation des précipitations dans le bassin versant (un résultat des changements climatiques) fait monter le niveau de l’eau. Les changements dans le calendrier des crues des eaux peuvent provoquer des inondations imprévisibles le long des rives du lac, tandis que les niveaux plus bas influencent la qualité de l’eau, l’habitat des poissons et des animaux, et le transport. Les changements climatiques ont également un effet sur la couverture de glace sur le lac, ce qui raccourcit la période de chasse printanière en raison de la fragilité de la glace mince.