Croates

Les premiers Croates à venir au Canada pourraient être deux marins dalmates qui auraient fait partie de l'équipage de Jacques CARTIER lors de son troisième voyage (1541-1542), et un mineur venu avec Samuel DE CHAMPLAIN (1604-1606).

Croates

Les premiers Croates à venir au Canada pourraient être deux marins dalmates qui auraient fait partie de l'équipage de Jacques CARTIER lors de son troisième voyage (1541-1542), et un mineur venu avec Samuel DE CHAMPLAIN (1604-1606). Plus tard, des Croates ont servi dans des régiments autrichiens envoyés par le gouvernement français pour défendre la NOUVELLE-FRANCE (1758-1759). Les Croates ont participé dès le début aux pêcheries de saumon en Colombie-Britannique, à la ruée vers l'or de la région de Cariboo dans les années 1860 et à la ruée vers l'or du Klondike à la fin des années 1890. Pendant la principale période de migration, qui s'étend sur tout le XXe siècle, environ 80 000 Croates ont immigré au Canada.

Origines

Le dénombrement des immigrants croates est difficile car, depuis le Xe siècle et le XIe siècle, la Croatie a fait partie tour à tour de la dynastie hongroise, du Saint Empire romain germanique, de l'Empire austro-hongrois (jusqu'à la Première Guerre mondiale), du royaume de Serbie, de Croatie et de Slovénie (1918 à 1929), du royaume de Yougoslavie (1929 à 1941) et de l'État indépendant de Croatie (1941 à 1945). Par la suite, la Croatie est devenue une des républiques de la République socialiste fédérative de Yougoslavie. Avant 1918, les immigrants croates figuraient dans la même catégorie que les Autrichiens et les Hongrois et, après l'instauration officielle de la Yougoslavie en 1929, ils ont été classifiés avec les Yougoslaves. On estime qu'environ les deux tiers des émigrants qui ont quitté l'ex-Yougoslavie (dissoute en 1992) était Croates. Lors du recensement de 1996, 66 940 personnes ont déclaré être d'origine yougoslave, ce qui permet de supposer, par extrapolation, qu'environ 60 000 seraient nées en Croatie. Toutefois, seulement 55 275 personnes ont indiqué la Croatie comme origine unique et 29 220 l'ont incluse dans leurs origines multiples, ce qui pourrait comprendre des Yougoslaves, des Slaves des Balkans et d'autres groupes. Par ailleurs, lors du recensement de 1991, 35 660 personnes ont déclaré le croate comme langue maternelle. Cependant, il est probable que de nombreuses autres d'origine croate de la deuxième ou de la troisième génération se sont incluses dans la catégorie des Canadiens anglais ou ont déclaré être Yougoslaves. Et il demeure difficile de déterminer avec certitude le nombre de Croates immigrés à titre de réfugiés lors du conflit de 1991-1993.

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, les Croates sont en majeure partie des paysans catholiques, surtout ceux des régions intérieures de la Slavonie, de Zumberak et de Zagorje. La population du littoral adriatique (l'Istrie, Primorje et la Dalmatie) est plus variée, car elle inclut des musulmans et un mélange social de commerçants, de marins, de pêcheurs, de bûcherons et de bergers. La plupart des immigrants croates proviennent de la région comprise entre cette côte et la capitale, Zagreb.

Migration et peuplement

Avant la Première Guerre mondiale, environ 4000 Croates ont immigré au Canada. Entre 1928 et 1939, il en est venu près de 12 000. Après la Deuxième Guerre mondiale, plus de 100 000 immigrants en provenance de la Yougoslavie, dont la majorité était Croate, ont constitué le troisième plus grand groupe d'immigrants au Canada. La principale raison de leur venue était la recherche de meilleures conditions de vie, mais dans les années 20 et après la Deuxième Guerre mondiale, de nombreux Croates ont émigré pour protester contre la situation politique de leur pays. Beaucoup de nouveaux arrivants sont issus de la classe urbaine et professionnelle des plus grandes villes de la Croatie : Zagreb, Rijeka, Karlovac, Split et Zadar.

Parmi les 29 établissements croates fondés au Canada avant la Première Guerre mondiale, 14 se trouvent en Colombie-Britannique. D'autres Croates se sont fixés en Saskatchewan, en Alberta et dans le Nord et le Sud de l'Ontario. Dans les années 20, quelque 171 établissements ont vu le jour dans les villes minières et industrielles, dans les régions pionnières forestières et agricoles du Canada, ainsi qu'à Windsor, à Toronto et à Montréal. Les immigrants de l'après-guerre se sont établis en majorité dans les grandes villes, surtout à Toronto et à Montréal. La majeure partie des immigrants croates de l'après-guerre nés à l'étranger font partie de la main-d'oeuvre industrielle, tandis que ceux qui sont nés au Canada sont actifs dans les secteurs des professions libérales, du travail de bureau et des services.

Vie sociale et collective

Pour les immigrants des première et deuxième vagues, la vie collective tournait autour de cercles fondés sur la parenté, héritage de la structure familiale et communale des zadrugas paysannes. Ils ont créé des sociétés d'aide mutuelle et des organismes d'entraide, par exemple la Croatian Fraternal Union of America, qui a ouvert son premier local canadien à Ladysmith en 1903 et qui comptait 10 000 membres en 1971. D'autres réseaux ont été parrainés par des partis politiques comme le Croatian Peasant Party des années 20, qui a fondé la Croatian Peasant Society en 1930. Dans les années 30, le Parti communiste et les organisations monarchistes yougoslaves ont appuyé d'autres activités sociales, culturelles et politiques. Depuis la Deuxième Guerre, les organismes ont proliféré : les United Croats of Canada, la Federation of Croatian Societies in Canada et les sociétés culturelles croates. Plus récemment, le folklore et les groupes de danse croates ont bénéficié d'une certaine visibilité lors des festivals folkloriques multiculturels des communautés ethniques urbaines.

Religion, vie culturelle et éducation

Bien qu'incapable de desservir les communautés isolées des régions pionnières dans les années 20 et dans les années 30, l'Église catholique a joué un rôle important dans la vie des immigrants croates au Canada depuis 1950, année de la fondation de la première paroisse catholique croate à Windsor. Actuellement, toutes les villes canadiennes comprennent des paroisses croates, sans oublier les centres culturels et les salles communautaires parrainés par des partis politiques et des sociétés d'aide mutuelle. Les communautés croates se sont aussi dotées d'importants journaux à caractère ethnique qui représentent un large spectre de factions politiques allant de l'extrême gauche à la droite. Hrvatski Glas (La Voix croate), fondé en 1929 et parrainé par la Croatian Peasant Society, et Borba (Le Combat), organe du Parti communiste fondé en 1930, sont encore publiés de nos jours. Ce dernier a ensuite été publié sous le nom de Jedinstvo (Unité), puis de Nase Novine (Nos nouvelles). Les autres journaux nationalistes sont : Nas Put (Notre façon), Hrvatski Put (La façon croate) et Nezavisna Drzava Hrvatska (L'État indépendant de Croatie). La communauté des immigrants croates a aussi produit plusieurs écrivains notoires, notamment le poète Alan Horiç, honoré pour ses oeuvres L'Aube assassinée et Blessure au flanc du ciel. D'autres se sont également illustrés dans les domaines du ballet, de la musique classique et des beaux-arts. Les échecs et le soccer sont des activités très populaires parmi les immigrants croates de l'après-guerre. Des clubs d'échecs croates ont remporté au moins deux championnats provinciaux, et l'équipe de soccer des Metros-Croatia (devenue le Blizzard de Toronto) a remporté, en 1976, le championnat de la Ligue nord-américaine de soccer.

Les familles ont assuré la préservation de la langue croate jusque dans les années 50, époque où des écoles privées extrascolaires ont été mises sur pied par les dirigeants communautaires et les organismes. Dans les années 70, un réseau d'écoles de langue croate établi aux États-Unis s'est étendu au Canada, et quelques universités ont instauré des cours de culture et de langue croates. Les compétences linguistiques et les traditions culturelles se sont quelque peu perdues dans le processus d'assimilation, particulièrement dans les petites communautés isolées établies dans les années 20 et dans les années 30. Cependant, l'augmentation récente du nombre d'immigrants croates dans les grandes villes a encouragé les responsables communautaires à accorder plus d'importance au maintien de la culture croate.

À la suite de la dissolution de l'ex-Yougoslavie en 1992 et de la reconnaissance officielle de la Croatie en tant qu'État indépendant, les communautés croates dispersées dans le monde entier ont célébré l'indépendance nationale tant recherchée durant les derniers siècles. Au Canada, un grand nombre de Croates ont contribué à la fois moralement et matériellement à la réalisation de ce rêve et ont célébré avec beaucoup de fierté cette indépendance si longtemps attendue.


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