Création de la Société Radio-Canada (SRC)

Outre le hockey et la feuille d'érable, rien n'est plus symbolique du Canada que la Société Radio-Canada. Cette société est la conséquence normale d'une nation en développement, de son besoin d'exprimer son identité et de trouver sa propre « voix ».

Outre le hockey et la feuille d'érable, rien n'est plus symbolique du Canada que la Société Radio-Canada (SRC) /Canadian Broadcasting Corporation (CBC). Cette société est la conséquence normale d'une nation en développement, de son besoin d'exprimer son identité et de trouver sa propre « voix ». Suite à la Première Guerre mondiale, le pays acquit une certaine autonomie et un sentiment d'indépendance : un pays prêt à prendre la parole et à se faire valoir. Pour pouvoir transmettre « cette voix », la SRC fournit d'abord le son, puis les images.

Davidson Dunton a chapeauté en grande partie la mise en place de la SRC et coprésidé la très influente Commission B.B. (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-157772).

Au fil des ans, la « voix » du Canada engloba plusieurs voix. Foster Hewitt était celle du hockey. La Happy Gang présentait des émissions de détente et offrait un véritable répit aux nouvelles sur la guerre, de nature très sérieuse et provenant d'outremer. Quant à la voix du baryton Lorne Greene, elle transmit si souvent les « mauvaises nouvelles », que le public lui colla l'épithète de « voix du malheur ». Our pet Juliette, ou notre Juliette bien-aimée, séduisit les Canadiens avec sa voix à la fois douce et cristalline; plus tard, son sourire attachant et sa personnalité pétillante égayèrent les téléspectateurs de la SRC. De nos jours, la SRC/CBC offre la « voix » du Canada en français, en anglais et en huit langues autochtones.

Au tout début de la radio au Canada, le premier réseau national de radiodiffusion fut établi par la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada. En 1929, bien qu'il n'offrit que trois heures de programmation par semaine, le réseau présentait sur les ondes une variété d'émissions, de la musique, du théâtre ainsi que des émissions scolaires. Il ne s'agissait pas d'un réseau particulièrement stimulant, mais celui-ci réussit à démontrer au gouvernement tout le mérite d'un réseau public de radiodiffusion. Les stations privées étaient alors envahies par les entreprises américaines, les ondes étaient inondées par la programmation américaine et les stations privées semblaient incapables de contrer le contenu américain du contenu canadien.

C'est ainsi que le premier ministre Mackenzie King établit une commission d'enquête parlementaire pour étudier les avantages de la propriété publique. Le rapport fut soumis le 11 septembre 1929, soit 48 jours seulement avant le krach boursier. Ce rapport recommandait la création d'une corporation de diffusion de propriété publique pouvant « encourager un esprit national et interpréter la citoyenneté nationale ». Il concluait de façon très précise, par l'abolition des stations de radiodiffusion privées.

Le rapport fut mis de côté à cause de la crise économique, ce qui permit aux postes privés d'organiser leur protestation. Tandis que l'Association canadienne des radio-diffuseurs (ACR) s'opposait à la propriété publique, la Canadian Radio League (CRL) l'appuyait, menant une campagne avec brochures et s'adressant directement au gouvernement. Le nouveau premier ministre conservateur, R.B. Bennett, répondit en entérinant la Loi canadienne de la radiodiffusion le 26 mai 1932, ce qui permit de mettre sur pied la Commission canadienne de radiodiffusion (CCRD). Son mandat d'alors était de fournir des programmes radio - des programmes canadiens - aux régions peuplées du Canada.

La CCRD prit en mains les locaux du CNR et se mit à diffuser en anglais et en français. La Commission, n'étant pas assez subventionnée, ne fonctionnait qu'à partir d'un mandat incertain et d'une administration inadéquate. Entre le 24 septembre et le 5 octobre 1935, la Commission souffrit d'un genre de scandale de commandites relié à la série radio Uncle Sage.

Robert Lucas, en tant qu'Uncle Sage, déclara au public que les libéraux étaient de véritables chenapans. Les accusations atteignirent leur cible puisqu'elles venaient tout juste après le scandale énergétique de Beauharnois; dans ce dernier cas, on accusait les libéraux d'avoir accepté d'importantes contributions, contre la permission de divertir le fleuve Saint-Laurent afin de générer de l'électricité à partir de ses cours d'eau. Cependant, aucun lien ne pu être établi entre les dons et le gouvernement libéral de King, qui avait été reporté au pouvoir; toutefois, un sénateur fut obligé de démissionner et un autre fut congédié. Les libéraux, inquiets, exigèrent que le commanditaire de la série Sage soit identifié à chaque émission. Il s'agissait de R. L. Wright, un employé de la firme publicitaire conservatrice.

Grâce au lobbying, la CRL réussit à convaincre King de remplacer la CCRD par une société publique plus importante. Le 23 juin 1936, un amendement à la Loi canadienne de la radiodiffusion permit la création de la CBC/SRC, veillant ainsi à ce que la société publique soit moins vulnérable aux pressions politiques et qu'elle soit dotée d'une meilleure structure organisationnelle et d'un meilleur financement. Le 2 novembre 1936, la CBC/SRC devint une société d'État.

Très souvent, c'est lorsqu'ils voyagent ou vivent à l'étranger que les Canadiens constatent avec surprise à quel point les émissions de la SRC leur manquent. Un sondage Ipsos-Reid dévoilé le 14 mai 2004 rapportait que les Canadiens estiment que la SRC s'acquitte bien de sa tâche de protéger la culture et l'identité canadiennes : de plus, 85 % des électeurs appuieraient des partis politiques qui encourageraient une diffusion parrainée par des propriétaires canadiens. Il est évident que la « voix » de la SRC reflète bien celle des Canadiens et des Canadiennes.