Vancouver en vedette : Un milliardaire reclus réquisitionne un hôtel

Tôt dans la matinée du mardi 14 mars 1972, un vieil homme barbu aux cheveux longs se fraie un chemin dans le hall d’entrée du Bayshore Inn. Affublé d’un vieux peignoir et de sandales, il se présente encadré par plusieurs colosses. « C’est très joli », déclare-t-il. Il s’agit du milliardaire Howard Hughes et du début de l’une des visites les plus étranges que Vancouver ait jamais connues.

Howard Hughes

Howard Hughes, débarqué de son hydravion sans s’annoncer, demande les quatre étages supérieurs de l’hôtel. Lorsque le directeur lui annonce qu’il n’y a aucune chambre libre, Howard Hughes lui explique que la situation est très simple : « Si je n’obtiens pas les chambres, j’achète l’hôtel. » Sa menace n’est pas à prendre à la légère; en effet, il a déjà dans le passé acheté l’hôtel Desert Inn, à Las Vegas, lorsque le personnel de l’hôtel avait tenté de l’expulser. Le Bayshore Inn trouve finalement le moyen de libérer les quatre étages et le milliardaire ermite s’installe pour un long séjour.

En fait, Howard Hughes vit essentiellement dans la chambre d’un penthouse trois pièces, tandis que son personnel occupe les trois étages inférieurs. Les fenêtres de sa chambre sont obstruées pour le protéger des journalistes curieux, mais ces derniers tentent l’impossible pour obtenir des images de l’étrange M. Hughes. Un reporter ira jusqu’à tenter une approche à bord d’un deltaplane.

Howard Hughes est l’un des hommes les plus connus de son époque. Il fait fortune dans l’aviation et le cinéma. Il connaît des aventures avec quelques-unes des plus belles femmes du monde, notamment la Vancouvéroise Yvonne DeCarlo, starlette (et plus tard la Lily Munster de la série télévisée des années 1960) qu’il épouse dans cette même ville en 1945. Le réalisateur Martin Scorsese raconte la montée en puissance et les amours du milliardaire dans son film The Aviator, porté à l’écran en 2004.

En 1972, la renommée d’Howard Hughes tient cependant plus à son caractère mystérieux et à son excentricité. Aucun membre du personnel de l’hôtel ne l’apercevra de tout son séjour. Les accès aux ascenseurs sont condamnés aux étages qu’il occupe et seuls sa servante personnelle, son cuisinier et son personnel de sécurité peuvent le voir.

Le Bayshore en Vancouver
Le Bayshore dans les années 1960s.
Le Westin Bayshore en Vancouver
Le Westin Bayshore en 2010.

Howard Hughes reste à l’hôtel six mois, puis disparaît. Personne à l’hôtel ne le voit partir. Il s’envole pour Acapulco, où il s’installe dans un autre hôtel, sa dernière résidence. Il meurt en 1976, comme il se doit, dans les airs, en route pour Houston, sa ville natale. La « Hughes Suite », à l’hôtel Westin Bayshore, peut actuellement être louée au coût de 2 500 $ la nuitée. C’est toujours la meilleure suite de l’hôtel.