Ted Rogers

Edward Samuel (Ted) Rogers fils, O.C., fondateur et président-directeur général de Rogers Communications, homme d’affaires et philanthrope (né le 27 mai 1933 à Toronto, en Ontario ; décédé le 2 décembre 2008 à Toronto, en Ontario). Ted Rogers est un pionnier de l’industrie canadienne des communications et le fondateur de la société Rogers Communications. Au moment de sa mort en 2008, Ted Rogers était le quatrième Canadien le plus riche au monde, avec un actif net de plus de 7 milliards de dollars, tandis que son entreprise valait 18 milliards de dollars et employait environ 29 000 personnes. Parmi les actifs de Rogers Communications, on compte la plus importante entreprise de télécommunications sans fil et de câblodistribution au Canada, 52 stations de radio, de nombreuses chaînes de télévision (dont CityTV, OMNI, Sportsnet et The Shopping Channel), plus de 70 magazines spécialisés ou adressés aux consommateurs (y compris Maclean’s, Châtelaine et Flare), ainsi que les Blue Jays de Toronto et le Centre Rogers (anc. SkyDome).

Ted Rogers

Jeunesse et éducation

Ted Rogers est le fils unique d’Edward Samuel et Velma Melissa Rogers. À cause d’un désordre intestinal congénital (sans doute la maladie céliaque), le jeune Ted Rogers est très maigre et souffre de problèmes de vision à un œil. Cible des moqueries à cause de sa stature frêle, de ses lunettes et de son cache-œil, il est animé d’une grande ambition : celle de faire ses preuves.

Edward Rogers

Son père révolutionne le monde de la radio en inventant une lampe de radio à courant alternatif, qui permet de brancher les postes de radio domestiques au mur. (Avant cette invention, les radios fonctionnaient à l’aide de grandes piles remplies d’acide.) Puis, en 1927, celui‑ci fonde la station de radio CFRB, dont les deux dernières lettres signifient « Rogers Batteryless » (sans piles). Edward Samuel Rogers père décède toutefois à 38 ans, quelques mois avant le sixième anniversaire de son fils. Ted Rogers, en voyant la majorité des brevets et des entreprises de son feu père être vendus hâtivement, se jure de tous les racheter un jour. En 1941, sa mère refait sa vie et épouse l’avocat John Webb Graham.

Ted Rogers grandit dans le riche quartier de Forest Hill, à Toronto, et étudie au Upper Canada College, un pensionnat qu’il fréquente de sa première année du primaire, à sept ans, jusqu’à la fin de son secondaire. Là, il organise un réseau de paris hippiques et installe en secret une antenne de télévision sur le toit de l’école. Contrevenant aux règlements de l’établissement, il fait payer ses camarades de classe un droit d’entrée pour regarder des émissions provenant de Buffalo, dans l’État de New York, dans sa chambre.

Ted Rogers poursuit ses études au Trinity College de l’Université de Toronto. Pendant ses années au baccalauréat, il fonde plusieurs groupes de jeunes conservateurs partout au pays et collabore avec le Parti progressiste-conservateur pour soutenir le politicien John Diefenbaker. L’été, il travaille également à la station de radio CKLW à Windsor, en Ontario, en plus de tenir Rogers Music Services, une petite entreprise qui remplit le double mandat d’agence d’artistes et de locateur d’équipement musical. Il obtient son diplôme universitaire en 1957, bien qu’il ait été, selon ses propres mots, plus entreprenant que studieux.

Ted Rogers poursuit son éducation à la Osgoode Hall Law School, d’où il obtient un diplôme en 1961 (voir Osgoode Hall). Malgré un stage au cabinet Tory & Associates à Toronto et une admission au Barreau en 1962, il ne pratiquera jamais le droit.

Débuts de carrière en radiodiffusion

Ted Rogers entreprend sa carrière en affaires alors qu’il est encore stagiaire. En 1959, il fonde Aldred Rogers Broadcasting Ltd. avec Joel Aldred, un radiodiffuseur très connu. Il communique ensuite avec John White Hughes Bassett, cadre pour Baton Broadcasting et éditeur du Toronto Telegram, pour lui proposer de participer à la création de la première station de télévision privée à Toronto. Ted Rogers est en partie motivé par l’ambition de faire concurrence à CFRB, la station de radio fondée par son père mais qui avait été vendue à la mort de ce dernier. L’audacieuse proposition est acceptée par John Bassett et, le 22 octobre 1959, la société Baton Aldred Rogers Broadcasting Ltd. (BARB) est mise sur pied. Parmi les autres partenaires de BARB, on compte Paul Nathanson, fondateur des cinémas Odeon, et Foster Hewitt, la voix de l’émission Hockey Night in Canada. Au cours d’un processus d’appel d’offres, la société BARB remporte la licence de la chaîne CFTO, qui diffuse du contenu dès le 31 décembre 1960. Ted Rogers est nommé vice-président de la CFTO.

En 1960, Aldred Rogers fait l’acquisition de la station radiophonique CHFI à l’aide d’un prêt de 85 000 $. Il s’agit d’un pari risqué. En effet, même si CHFI est le seul radiodiffuseur FM à Toronto, seulement 5 % des auditeurs torontois possèdent un des nouveaux et très dispendieux récepteurs de cette fréquence. Malgré tout, Ted Rogers est convaincu que la fréquence FM, avec sa qualité de son supérieure, est la voie de l’avenir : « J’ai peut-être l’oreille musicale de Van Gogh, déclare-t-il, mais il est clair que le FM […] constitue le futur de la radio. » Afin d’accroître le nombre d’auditeurs, Ted Rogers achète une foule de postes de radio FM, qu’il agrémente du logo de CHFI et vend à prix coûtant — la même technique que son père avait utilisée jadis.

Bien que l’auditoire de CHFI grandisse rapidement, la station n’est pas profitable. En effet, en juin 1961, la station CFRB lance à son tour une station FM qui rivalise avec CHFI. Afin de contrebalancer les coûts de sa station FM et d’attirer les auditeurs vers la nouvelle fréquence, Ted Rogers lance CHFI-AM en 1963. (Le poste devient plus tard 680 News.)

Télévision câblée

En 1967, Ted Rogers fonde Rogers Cable TV Ltd., dont il finance les infrastructures en empruntant 250 000 $ au fonds de fiducie de sa femme Loretta. En partenariat avec Baton, Rogers Cable TV commence ses activités auprès de trois marchés ontariens : Toronto, Brampton et Leamington. Alors que l’entreprise est dans une situation précaire à cause des coûts d’infrastructure, les règlements du nouveau Conseil de la radio-télévision canadienne (CRTC) forcent Baton à vendre sa part de 50 % à l’entreprise, ce qui pousse la société au bord de la faillite en 1971.

Au cours de cette période, Ted Rogers fait hypothéquer sa maison à trois reprises pour maintenir son entreprise à flot, mais sa détermination et sa foi indéfectibles dans le potentiel de la câblodistribution finissent éventuellement par payer. Dans ses mots : « Ils se sont moqués de moi quand j’ai affirmé que la télévision par câble prendrait Toronto d’assaut. Ils m’ont répondu “Qui a besoin de ça à Toronto ?” »

Tout au long des années 1970, la société Rogers Cable prend de l’expansion et devient la première entreprise de câblodistribution à offrir plus de 12 canaux à ses abonnés.

En 1979, Ted Rogers entre publiquement à la Bourse de Toronto lorsqu’elle acquiert Canadian Cablesystems, une entreprise deux fois plus grosse que Rogers Cable. L’année suivante, il achète également Premier Cablevision. Ces deux acquisitions font de Ted Rogers le propriétaire de la plus importante entreprise de câblodistribution au Canada.

Chef de file du sans-fil

Ted Rogers est un des premiers à soutenir le marché du téléphone sans fil, malgré la réticence des membres du conseil d’administration de sa société. En 1985, il lance Cantel en partenariat avec Marc Belzberg et Philippe de Gaspé Beaubien (dont il rachètera les parts plus tard). Il pressentait que les téléphones sans fil deviendraient de plus en plus populaires, même s’ils coûtaient très cher à l’époque. C’est pourquoi Cantel, plus tard renommée Rogers Sans-fil, lance le 1er juillet 1985 le tout premier service de téléphonie cellulaire au Canada.

À la même époque, Ted Rogers est victime d’une crise cardiaque légère.

Je devais avoir 20 ans quand je l’ai invité [Ted Rogers] à faire un discours à une convention politique. Cela doit faire 30 ans de cela. Il est venu et nous a affirmé que nous transporterions tous, dans les années à venir, de petits téléphones de poche qui seraient capables de recevoir du contenu vidéo.
À l’époque, les gens dans la salle se sont dit que cette espèce de savant fou avait trop lu de romans de Dick Tracy. Mais, comme il l’avait prédit, nous voilà 30 ans plus tard avec de petits téléphones de poche que l’on peut traîner partout et qui peuvent jouer des vidéos et encore plus.
– Commentaires de John Tory, avocat, animateur radio, homme d’affaires, politicien et maire de Toronto depuis 2014, dans le Toronto Starsuivant le décès de Ted Rogers en 2008.

Défis et croissance

En 1989, Rogers Communications vend ses services de câblodistribution aux États-Unis, générant ainsi un profit d’un milliard de dollars américains. L’entreprise investit cet argent dans CNCP Telecommunications (entreprise de télécommunications formée par l’intégration des divisions de communications du Canadien National et du Canadien Pacifique), achetant 40 % des parts de la société et la renommant Unitel. Au départ, cette société est très profitable, si bien que le CRTC lui donne en 1992 le droit de concurrencer Bell Canada en matière de communications longue distance.

La même année, Ted Rogers est opéré pour un quadruple pontage.

En 1994, Ted Rogers mène l’achat hostile de Maclean Hunter ltée, un conglomérat de médias qui possède plusieurs stations de télévision et de radio, d’importants magazines destinés aux consommateurs, ainsi que les journaux de Sun. À l’époque, cette acquisition de 3,1 milliards de dollars constitue la plus importante prise de contrôle de l’histoire des communications au Canada.

En 1995, l’entreprise de Rogers subit deux revers majeurs. D’abord, il devient clair que le fait d’avoir investi dans Unitel est une erreur. Ted Rogers, connu pour son langage coloré, décrira d’ailleurs son incursion dans l’industrie de la téléphonie longue distance comme un « sacré désastre », qui « [me] restera toujours en travers de la gorge comme la pire décision d’affaires de ma vie. » En 1995, à la suite d’un important désaccord entre ses partenaires, Unitel est restructurée, et Ted Rogers se retire de l’entreprise, mais pas avant d’avoir perdu plus de 500 millions de dollars en investissement.

À la même époque, Rogers Communications fait le très mauvais choix de commercialiser l’« abonnement par défaut », en vertu duquel les câblodistributeurs ne vendent pas leurs nouveaux services, mais les imposent aux clients qui doivent alors communiquer avec eux pour les annuler. La réaction des clients est extrêmement défavorable et a des répercussions dans toute l’industrie de la télévision par câble. Alors qu’elle continue de soutenir ses réseaux cellulaires, Rogers Communications finit la décennie 1990 avec une dette de plusieurs milliards de dollars et des actions qui n’ont jamais été aussi basses.

Ted Rogers répond à cette situation en offrant de nouveaux services, dont l’Internet haute vitesse, des options avancées pour les téléphones mobiles et la télévision numérique. En 1999, l’entreprise devient le premier distributeur au Canada à offrir les téléphones BlackBerry. L’année suivante, Ted Rogers a l’occasion d’oublier ses pertes d’Unitel et fait même du profit lorsque Microsoft, AT&T et British Telecom décident d’investir plus de 2 milliards de dollars dans les services réseau de Rogers.

Fin de carrière et décès

Ted Rogers entre ainsi dans le nouveau millénaire fort d’un pouvoir d’achat renouvelé ; en 2000, il fait l’acquisition des Blue Jays de Toronto. Quatre ans plus tard, il achète le port d’attache de l’équipe, le SkyDome (auj. Centre Rogers). Toujours en 2004, il rachète à AT&T la part de 33 % qu’elle détenait de Rogers Wireless pour 1,8 milliard de dollars puis, une semaine plus tard, fait l’acquisition de la populaire marque Fido, qu’il achète de Microcell Communications pour 1,4 milliard de dollars. Grâce à ces deux transactions, Rogers devient le plus important opérateur sans fil du Canada.

Le 2 décembre 2008, Ted Rogers décède d’une insuffisance cardiaque congestive, après avoir souffert de graves problèmes de cœur depuis le milieu des années 1980. Au moment de la mort de son propriétaire, la société Rogers vaut 18 milliards de dollars et emploie environ 29 000 personnes. Elle engrange également des revenus de plus 11 milliards de dollars et compte plus d’abonnés que n’importe quel autre distributeur au Canada. Bien que deux des enfants de Ted Rogers, Edward Samuel troisième du nom et Melinda, sont cadres dans l’entreprise, le conseil d’administration puise à l’extérieur de la famille pour trouver un nouveau président-directeur général.

Vie personnelle

En 1963, Ted Rogers épouse Loretta Robinson, fille de lord John Roland Robinson, membre du Parlement britannique et gouverneur des Bermudes. Le couple adopte leur premier enfant, Lisa Anne, en 1967, avant d’avoir Edward Samuel III (1969), Melinda Mary (1971) et Martha Loretta (1972). À sa mort, Ted Rogers a quatre petits-enfants. Il a longtemps travaillé avec son fils Edward, président de Rogers Cable, et sa fille Melinda, vice-présidente principale des stratégies et du développement de Rogers Communications.

La vie personnelle de Ted Rogers est intimement liée à sa carrière et son entreprise. Il avoue lui‑même avoir travaillé sans arrêt, qu’il soit à la maison, au chalet ou en vacances, et ce, parfois au détriment de sa vie familiale. Il avait même une chambre à coucher à côté de son bureau au siège social de la société Rogers à Toronto. Ted Rogers était animé d’un désir de rebâtir le patrimoine de son père, et il a travaillé d’arrache‑pied à l’atteinte de ce but (voir Edward Samuel Rogers). Tout au long de sa vie, il a tenté en vain de récupérer la station CFRB, fondée par son père, poursuivant son propriétaire, Astral Media, jusqu’à la fin de ses jours.

Philanthropie

Ted et Loretta Rogers ont donné plusieurs millions de dollars à des causes caritatives, dont l’Hôpital général de Toronto, l’Hôpital Western Toronto, le Sunnybrook Health Sciences Centre, l’Hôpital général de Woodstock, Sheena’s Place et la Mayo Clinic à Rochester, au Minnesota.

En 1997, Ted Rogers fait un don de 2,5 millions de dollars au Trinity College, qui a nommé sa bibliothèque John W. Graham en l’honneur du beau-père de l’homme d’affaires.

En 2000, Ted Rogers verse 25 millions de dollars à l’Université de Toronto, créant le Département de génies électrique et informatique Edward S. Rogers Sr. L’Université Ryerson, à l’aide des dons de la famille Rogers, construit pour sa part le Rogers Communication Centre, en plus de fonder, au sein de la Faculté de communication et de design, l’École supérieure de communications avancées Edward S. Rogers Sr.

En 2007, Ted Rogers offre 15 millions de dollars à la Faculté d’administration de Ryerson, qui est renommée École de gestion Ted Rogers. La majorité de ce don vise à créer 52 bourses et prix d’excellence pour les étudiants au baccalauréat et aux cycles supérieurs, mais aussi à établir une nouvelle chaire de recherche. En 2014, six ans après la mort de Ted Rogers, le Ted Rogers Centre for Heart Research est créé grâce à un don de la famille Rogers de 130 millions de dollars, la plus importante contribution privée au système de santé canadien de l’Histoire.

Accomplissement remarquable d’une vie

Ted Rogers était un homme d’affaires dynamique qui n’avait pas peur de prendre des risques ni de s’endetter pour faire croître son entreprise. Des années 1980 jusqu’à la mort de son président, Rogers Communications a accumulé des dettes d’environ 30 milliards de dollars et a frôlé la faillite à plusieurs reprises. Ted Rogers a su rester à flot en empruntant aux banques d’importantes sommes d’argent pour acquérir de nouvelles entreprises ou pour améliorer les infrastructures de son réseau. Il rachetait ensuite les dettes créées en émettant des obligations à haut rendement, ce qui lui permettait d’emprunter plus d’argent pour acheter d’autres actifs et améliorer encore ses infrastructures.

La vaste gamme d’entreprises que Ted Rogers a achetée au cours de sa vie est un exemple parfait de convergence des médias. Rogers Communications est propriétaire à la fois de producteurs de médias, dont des éditeurs de journaux et de magazines, et des stations de télévision et de radio, et de réseaux qui diffusent ces médias, dont des systèmes de câblodistribution et des réseaux sans fil et d’Internet haute vitesse.

Prix et honneurs

Le 17 avril 1991, Ted Rogers est nommé Officier de l’Ordre du Canada. À la même époque, le premier ministre Brian Mulroney l’invite à siéger au Sénat, une offre que décline toutefois l’homme d’affaires. En 1994, il est intronisé au Temple de la renommée de l’entreprise canadienne. En 2002, il devient le premier Canadien intronisé au Cable Hall of Fame de Denver, au Colorado. La même année, sa femme Loretta et lui sont nommés philanthropes de l’année par l’Association of Fundraising Professionals. En 2006, Ted Rogers et son père sont intronisés au Temple de la renommée des télécommunications du Canada. Au cours de sa carrière, Ted Rogers reçoit huit doctorats honorifiques d’universités nord-américaines.

En 2017, Ted Rogers est intronisé à l’Allée des célébrités canadiennes dans la catégorie Affaires et entrepreneuriat.


Lecture supplémentaire

  • Ted Rogers (avec Robert Brehl), Relentless: The True Story of the Man Behind Rogers Communications (2008).