Sylvia Stark

Sylvia Estes Stark, pionnière (née en 1839, à Clay County, dans le Missouri, aux États‑Unis; décédée le 7 novembre 1944, à Fruitvale, à l’île Saltspring, en Colombie‑Britannique). Née esclave, Sylvia Stark a fait partie des plus de 600 Américains noirs ayant émigré en Colombie‑Britannique, en 1858, à l’invitation du gouverneur James Douglas. Elle a été l’une des premières à s’installer dans la nouvelle colonie, sur l’île Saltspring.

Sylvia Estes Stark, pionnière (née en 1839, à Clay County, dans le Missouri, aux États‑Unis; décédée le 7 novembre 1944, à Fruitvale, à l’île Saltspring, en Colombie‑Britannique). Née esclave, Sylvia Stark a fait partie des plus de 600 Américains noirs ayant émigré en Colombie‑Britannique, en 1858, à l’invitation du gouverneur James Douglas. Elle a été l’une des premières à s’installer dans la nouvelle colonie, sur l’île Saltspring.




Jeunesse

Sylvia Estes naît esclave , à Clay County, au Missouri. Sa mère, Hannah, est cuisinière dans une boulangerie appartenant à Charles Leopold, et son père, Howard, exerce le métier de cow‑boy pour Thomas Estes. Les premiers souvenirs de Sylvia se rapportent au travail forcé. En dépit d’une ordonnance de 1847 interdisant aux enfants noirs d’apprendre à lire ou à écrire dans l’État du Missouri, Sylvia apprend secrètement à lire, en écoutant les leçons reçues par les enfants de Charles Leopold.

En 1849, le père de Sylvia accompagne les deux fils de Thomas Estes en Californie, où ils prévoient de vendre leur troupeau de bétail. Avant de partir, il reçoit l’autorisation de prospecter , sur place, à la recherche d’or. Cette activité lui procure assez d’argent pour acheter la liberté de sa famille : il verse 1 000 $ pour sa propre liberté, la même somme pour celle de sa femme, Hannah, et pour celle de leur fils, Jackson, et 900 $ pour celle de Sylvia, le montant total de 3 900 $ représentant une somme considérable à l’époque. À titre de comparaison, l’allocation annuelle d’un membre du Congrès américain, dans les années 1850, se monte à 3 000 $.

Voyage vers l’Ouest

Howard et Hannah Estes s’installent, tout d’abord, avec leurs deux enfants, sur une ferme de 40 acres, à Clay County, dans le Missouri. Mais, comme l’écrira plus tard la fille de Sylvia, Marie Albertina : « Sitôt leur liberté retrouvée, ils ont dû subir les agressions des Klu‑Kluks [Klan], des hommes à cheval qui, de nuit, battaient, enlevaient et terrorisaient les “gens de couleur”. » La famille Estes décide alors de déménager en Californie. En 1851, Howard et Hannah trouvent un emploi, respectivement comme cow‑boy et comme cuisinière, à bord d’un train se rendant dans l’Ouest. Sylvia, 12 ans, trouve le voyage fascinant et racontera plus tard, à ses enfants, ses souvenirs de rodéos à dos de bison , de coyotes et de chiens de prairie .

En Californie, la famille Estes s’installe dans une petite ferme de fruits et légumes, à Placerville, près de Sacramento. Howard travaille comme cow‑boy et comme mineur, tandis que Hannah est blanchisseuse.

Mariage et enfants

En septembre 1855, à l’âge de 16 ans, Sylvia épouse Louis Stark (1816‑1895), propriétaire d’une ferme laitière , près de Placerville, dont le père était propriétaire d’une plantation et dont la mère était une esclave ayant fui en Californie. Sylvia et Louis Stark ont sept enfants : Emily Arabella, dite Emma (1857‑1890), qui deviendra la première enseignante canadienne noire sur l’île de Vancouver ; Willis Otis (1858‑1943); John Edmond (1860‑1930); Abraham Lincoln (1863‑1908); Hannah Serena (1866‑1888); Marie Albertina (1867‑1966), qui écrira une histoire de la famille; et Louisa (1878‑1971).

Émigration en Colombie‑Britannique

Au cours des années 1850, l’État de Californie adopte une série de lois discriminatoires. La Cour suprême des États‑Unis statue, dans la décision Dred Scott de 1857, que les Noirs américains, qu’ils soient libres ou réduits en esclavage, ne sont pas citoyens, au sens de la Constitution américaine.

James Douglas , alors gouverneur de l’île de Vancouver (plus tard gouverneur de la Colombie‑Britannique ), invite les Noirs américains à s’y installer, adressant des messages de bienvenue aux responsables communautaires noirs américains. Sa mère, Martha Ann Ritchie, était née « femme libre de couleur » à la Barbade. Il s’engage à ce que les immigrants noirs américains à l’île de Vancouver reçoivent la citoyenneté britannique et la possibilité d’acheter des terres. Il s’alarme de l’afflux de mineurs américains (voir Ruée vers l’or du fleuve Fraser ) et de la menace d’annexion aux États‑Unis. Il pense que les Noirs américains seront plus favorables au régime britannique. Les familles Estes et Stark figurent parmi les plus de 600 Américains noirs qui émigrent de Californie en Colombie‑Britannique, en 1858‑1859.

Île de Saltspring

Les parents de Sylvia Stark acquièrent des terres agricoles, à Saanich , près de Victoria . Cependant, Sylvia et Louis Stark, ainsi que leurs enfants, estiment que les prix des terrains sur l’île de Vancouver sont trop élevés et décident de se joindre au premier groupe de colons, composé de 20 familles, dont 9 sont des familles noires américaines, partant fonder une nouvelle colonie sur l’île de Saltspring , en 1860.

La famille Stark s’installe dans la baie Vesuvius. Leur première maison est une cabane en rondins, une simple courtepointe faisant office de porte, sachant que des ours et des couguars vivent sur l’île. Les Haïdas et les Cowichan , des peuples autochtones qui se rendent souvent sur l’île, ne manquent pas de subir la présence des colons. Dans ces conditions difficiles, Sylvia Stark trouve du réconfort dans sa foi méthodiste . Elle déclarera, plus tard, à sa fille Marie Albertina : « Maintenant, je peux voir la main de Dieu me guider pour surmonter toutes ces épreuves. »

En 1861, la ferme des Stark prospère. Un pasteur méthodiste en visite sur l’île, Ebenezer Robson, rend ainsi compte de leur activité : « M. Stark possède environ 30 têtes de bétail. Il a semé 1 pinte de blé près de chez lui, l’hiver dernier, et en a récolté 180, en été. Sa femme […] a rempli mes bagages de bonnes choses, notamment 4 livres de beurre frais fin et 2 litres de lait nouveau. » En 1868, les Stark déménagent leur ferme à Fruitvale, toujours sur l’île de Saltspring.


Sylvia Stark est l’une des plus de 600 Noirs américains ayant émigré en Colombie‑Britannique, en 1858. Elle a été l’une des premières à s’installer sur la nouvelle colonie de l’île Saltspring. Photo prise au domicile de Naidine Sims, dans les années 1940.
(avec la permission des
Archives de l’île Saltspring / Collection Estes‑Stark / 989024037)


Vie ultérieure

En 1874, les Stark et leurs quatre enfants les plus jeunes déménagent à Cedar, dans le district de Cranberry, à Nanaimo , sur l’île de Vancouver . Ils laissent leur fils aîné, Willis, gérer la ferme de l’île Saltspring . Cette décision permet à Louis Stark de passer une partie de l’année à prospecter, à la recherche d’or et d’autres minéraux. Cependant, Sylvia est malheureuse à Cedar. En 1885, elle se sépare de son mari et retourne à l’île Saltspring avec ses enfants (sauf Louisa, qui reste avec son père).

Louis Stark décède dans des circonstances mystérieuses, en 1895. Sa famille soupçonne un assassinat lors d’une dispute à propos de droits miniers sur un filon de charbon sur sa ferme de Nanaimo. Sylvia Stark passe le restant de sa vie à l’île Saltspring, dirigeant la ferme de Fruitvale, avec son fils Willis, jusqu’à la mort de ce dernier, en 1943. Elle décède, en 1944, à l’âge de 105 ans.


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