Relations industrielles

C'est durant la Deuxième Guerre mondiale qu'on commence à parler couramment de relations industrielles.

Relations industrielles

C'est durant la Deuxième Guerre mondiale qu'on commence à parler couramment de relations industrielles. Il y a à cela deux raisons : d'abord la croissance marquée des industries de guerre et, peut-être davantage, l'adoption du CP 1003 (CP : décision du Conseil privé) par le Cabinet fédéral le 17 février 1944. Ce décret introduit le modèle canadien des relations du travail avec ses deux dispositions principales : l'accréditation syndicale par un organisme officiel créé à cette fin et l'obligation pour l'employeur de négocier avec les représentants de ses employés les conditions de travail et de rémunération librement acceptées, qu'on appelle la convention collective. La situation de guerre permet d'établir un tel système par une simple décision du Cabinet, et de l'imposer à presque toutes les industries canadiennes, parce que toute industrie liée de près ou de loin à la guerre tombe sous la juridiction du fédéral. À la fin de la guerre (plus une année supplémentaire de transition) toutes les provinces canadiennes adoptent des lois semblables visant les industries de juridiction provinciale, en pratique presque toutes les industries d'une certaine importance.

Dans leur sens le plus étendu, les relations industrielles s'appliquent à tous les aspects, individuels et collectifs, des rapports entre les employeurs et leurs employés. Les aspects individuels s'étendent à la planification et à la dotation du personnel, comme la sélection et le placement des employés, leur intégration dans l'entreprise, leur formation et leur perfectionnement, l'évaluation de leur travail, leur salaire, leur productivité, leurs réprimandes et leurs sanctions. Là où les employés se sont regroupés en syndicat, les relations du groupe avec l'employeur comprennent tout ce qui regarde l'organisation syndicale, la procédure d'accréditation, le processus de NÉGOCIATION COLLECTIVE, les grèves et la résolution des conflits, la solution des griefs et leur arbitrage. Le contrat d'embauche, les normes fondamentales du travail, les questions de santé et de sécurité, et tout ce qui concerne les lois contre la discrimination et les droits de la personne, avec leurs aspects individuels et collectifs, font partie des relations industrielles (voir EMPLOI, DROIT DE L').

Les lois, parce qu'elles régissent les relations employeurs-employés, et la science économique, parce que le problème fondamental implique toujours la répartition de la production, sont au coeur des relations industrielles. La sociologie, la psychologie, la science politique, l'administration des affaires, le comportement organisationnel, la philosophie et la cybernétique apportent chacune leur point de vue à une meilleure compréhension et à un meilleur fonctionnement des relations individuelles et collectives. Depuis longtemps il existe une importante controverse à savoir si les relations industrielles constituent une discipline en soi (avec sa théorie et sa propre méthodologie) ou si elles sont un champ d'étude que l'on aborde avec l'aide de différentes disciplines. Cette controverse, qui ne sera probablement jamais résolue, explique à la fois les multiples approches de l'étude des relations industrielles ainsi que les différences dans les structures universitaires qui en assurent l'enseignement.

Dans certaines institutions, il existe un département de relations industrielles, qui a ses propres professeurs et ses propres étudiants : c'est une unité à part bien identifiée et reconnue comme telle. En d'autres endroits, on a constitué un Centre de relations industrielles, qui se présente comme un forum où des professeurs de droit, d'économique, de sociologie et d'autres disciplines se réunissent pour discuter de sujets d'intérêt commun concernant les rapports entre employeurs et employés. Les différents cours de relations industrielles peuvent être regroupés dans la même faculté ou le même département, comme la Faculté d'administration des affaires, le Département d'économique ou de sociologie. Ils peuvent aussi être répartis selon le sujet de chaque cours : les salaires et autres aspects monétaires dans le Département d'économique, le mouvement ouvrier et les questions syndicales dans le Département de sociologie, la négociation et la convention collective dans la Faculté de Droit ou l'administration des affaires. L'arrangement peut varier selon le niveau gradué (formule faculté) ou sous-gradué (formule multiple). La plupart des unités, quel que soit leur statut, offrent des cours ou des séminaires pour les représentants patronaux et syndicaux. Ces dernières activités peuvent être la responsabilité exclusive du centre ou du département, ou relever du Service d'éducation des adultes, souvent appelé Extension de l'enseignement.

Les premiers cours universitaires de relations industrielles au Canada se donnent à l'U Queen (Kingston, Ontario), en 1937, dans une section dite de relations industrielles. Ils se poursuivent jusqu'en 1961, quand la section cède la place au Centre de relations industrielles. Vingt ans plus tard, en 1983, l'U. Queen ouvre l'École de relations industrielles, avec un programme d'études à plein temps menant à la maîtrise en relations industrielles (formule d'École graduée). L'École compte environ 10 inscriptions par année. Quelques années plus tôt, en 1965, l'U. de Toronto établissait son propre Centre de relations industrielles. À la fin des années 70, elle fonde son propre programme d'études graduées, menant à la maîtrise en relations industrielles, puis, au début des années 80, au doctorat en relations industrielles. À l'U. de la Colombie-Britannique, on ouvre en 1960 l'Institut de relations industrielles, qui ferme ses portes dans les années 70. A l'U. McGill, le professeur H.D. Woods établit dès 1948 le Centre de relations industrielles au sein du Département d'économique et de science politique. Au début des années 60, il est transféré à la Faculté de gestion (Management), et il ferme vers 1990.

Dans les universités canadiennes de langue française, l'enseignement des relations industrielles commençe tôt (1944) dans les départements créés à cet effet. L'U. Laval, à Québec, ouvre son Département de relations industrielles en 1944. L'U. de Montréal ouvre le sien quelques mois plus tard. Depuis leurs débuts, ce sont les départements qui assurent tout l'enseignement et décernent les diplômes appropriés. Pour situer ces départements dans une perspective nord-américaine, la première section de relations industrielles d'une université nord-américaine est établie à Princeton, au New Jersey, en 1922. La fameuse École de Relations industrielles et du Travail de l'État de New York, établie à l'U. Cornell, où ont étudié un grand nombre de spécialistes du Canada, ouvre en 1945. Depuis 1970, les universités francophones du Canada ont des programmes menant à la maîtrise et au doctorat dans ce domaine. Les nombreux campus de l'U. du Québec offrent différents programmes de relations industrielles, propres à la localisation de chacun.

Les universités qui ont des départements assurant l'enseignement en relations industrielles, particulièrement Laval et Montréal, ont toujours offert des cours à la fois en resources humaines et en relations collectives. Il existe environ une cinquantaine de cours sous-gradués, dont une quinzaine obligatoires, répartis en cinq ou six domaines d'étude : théorie et méthodologie, administration des affaires et du personnel, syndicalisme et négociation collective, droit du travail, économie du travail et main-d'oeuvre. Au niveau gradué les cours sont rattachés aux mêmes domaines. Dans les autres universités, les cours dits de relations industrielles, comme relations du travail, négociation collective, droit du travail et procédure arbitrale insistent généralement sur les aspects institutionnels des problèmes de relations collectives. Les matières qui s'enseignent dans d'autres départements sont plutôt les suivantes : économie du travail et analyse des marchés économiques, sociologie du travail et psychologie industrielle, histoire du travail et des institutions ouvrières. L'administration des ressources humaines se trouve d'habitude dans les secteurs de la gestion et de l'administration, avec l'administration du personnel, le comportement organisationnel, la gestion des ressources humaines et les relations humaines.

Malgré la multiplicité des titres et la difficulté d'organiser et de classifier les cours en relations industrielles, tout autant que de les compter, on peut estimer, à la fin des années 90, qu'une centaine d'universités canadiennes offrent un millier de cours universitaires en relations industrielles et en GESTION DES RESSOURCES HUMAINES. La majorité sont de niveau sous-gradué et offerts par les départements ou facultés d'administration, d'économique ou de sociologie. Ils sont suivis par environ 50 000 étudiants. Au niveau collégial, les cours portent sur les mêmes sujets et sont offerts surtout aux étudiants en commerce ou en administration. Ils comportent habituellement moins de théorie et plus d'application, en vue de préparer des techniciens de rang élevé plutôt que des professionnels.

Les diplômés en relations industrielles se dirigent principalement vers les bureaux de personnel et de ressources humaines des grandes et moyennes entreprises, comme consultants et recherchistes dans les grands syndicats et les associations ouvrières, ainsi que dans les gouvernements et les agences de relations industrielles ou de ressources humaines. Quelques-uns offrent leurs services comme conseillers à leur propre compte. Il y a 30 ou 40 ans, la profession était essentiellement masculine. À la veille de l'an 2000, les femmes et les jeunes filles y sont majoritaires.

Tous les gradués en ressources humaines font concurrence à d'autres professionnels qui travaillent dans le même secteur, comme les avocats, les administrateurs et les psychologues industriels, sans oublier les autodidactes qui se sont formés eux-mêmes dans la pratique. Au Québec, il existe une corporation ou ordre professionnel pour les spécialistes du domaine. Pour avoir le droit de s'identifier comme Conseiller en relations industrielles (CRI) il faut être membre en règle de la corporation.

Les universités Laval et Queen sont les deux principales sources de publications dans le domaine. Depuis 1945, la revue Relations industrielles / Industrial Relations, publiée par l'U. Laval, paraît sans interruption. Bilingue depuis 1964 - fondation de l'Association canadienne de relations industrielles - elle est reconnue de calibre international. L'U. Queen publie chaque année diverses études dont la principale est la Revue de la scène courante en relations industrielles au Canada. En 1978, l'U. de Montréal commence une série de monographies sur différents aspects, surtout légaux, des relations industrielles.

Quelques universités publient le compte rendu de leur congrès annuel, comme le fait, depuis 1974, l'Association canadienne des relations industrielles, une organisation volontaire fondée en 1963 pour promouvoir la recherche en relations industrielles au Canada. La revue de Laval en est la publication officielle. La Gazette du travail, fondée en 1901, a la plus longue durée de toutes. Elle a cessé de paraître en 1980, victime des coupures du gouvernement fédéral. Aucune publication canadienne sur le travail n'a eu une aussi longue durée sans interruption.

Voir aussi SYNDICATS OUVRIERS


Lecture supplémentaire

  • Richard P. Chaykowsky and Anil Verma, Industrial relations in Canadian Industry (1992).