Philosophie, histoire de la

La philosophie se distingue des autres sciences humaines et sociales en ce qu'elle s'intéresse aux textes de son lointain passé et à ce passé lui-même.

Philosophie, histoire de la

La philosophie se distingue des autres sciences humaines et sociales en ce qu'elle s'intéresse aux textes de son lointain passé et à ce passé lui-même. L'histoire de la philosophie représente un volet important de la philosophie et comprend la découverte et l'édition commentée de textes de philosophes anciens, leur interprétation et leur discussion en vue d'en faire l'évaluation et la critique, voire de susciter la polémique. Alors qu'un étudiant de premier cycle dans une autre discipline telle que la sociologie ou la psychologie peut suivre pendant un ou deux semestres un cours sur l'histoire de cette discipline dans le cadre d'une spécialisation, et que les étudiants en lettres sont sensés s'initier à une longue tradition de critique littéraire, les étudiants en philosophie doivent lire des auteurs de l'antiquité grecque ou chinoise, du Moyen Âge musulman, juif ou chrétien, ou de l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles comme faisant partie de leur étude systématique de cette discipline. Ajoutons que le spécialiste de ce domaine suit au préalable une série de cours de premier cycle couvrant plusieurs époques de l'histoire de la philosophie.

L'importance donnée à l'histoire de la philosophie comme partie de celle-ci se traduit par le soin particulier que les spécialistes du domaine apportent à l'interprétation correcte des textes historiques et à l'évaluation de leur contenu. À partir de la fin du XIXe siècle, les philosophes canadiens jouent à cet égard un rôle important. On verra dans les paragraphes qui suivent pourquoi l'histoire de la philosophie occupe tant de place dans les programmes de cette discipline, pourquoi les philosophes canadiens privilégient cette branche et quelle contribution ils lui ont apportée.

Pourquoi étudier l'histoire de la philosophie?

Selon certains philosophes, l'histoire de cette discipline n'est pas indispensable au métier de philosophe. Ils fournissent de la sorte un indice de ce qui fait au moins la grande importance de cette histoire, même si elle n'est pas indispensable à l'étude de la philosophie. Les philosophes aiment à prendre en considération un certain nombre d'opinions ayant cours sur un thème dont ils veulent discuter. La thèse de certains penseurs qui réduisent à peu ou à rien le rôle joué dans le passé par la philosophie et apportent des raisons à son appui fait maintenant partie de l'histoire de la philosophie et retient couramment l'attention des spécialistes.

Les philosophes qui soutiennent que la pratique actuelle de la philosophie a tout à gagner de l'examen des travaux des penseurs d'autrefois, y compris ceux des temps les plus reculés, invoquent plusieurs raisons. Certains voient la philosophie comme une recherche perpétuelle de vérités qui transcendent le temps et de réponses à des questions qui, depuis qu'elles se posent, n'ont changé que dans la précision de leur énoncé. Selon eux, l'examen des textes classiques aide à mieux comprendre ces questions éternelles en dévoilant les réflexions qui leur ont apporté des éléments de réponse valables, bien que provisoires, et qui ont jeté les bases permettant aux philosophes actuels de se confronter à des questions plus élaborées du temps présent.

D'autres voient dans l'étude des sources historiques le moyen d'aborder les questions courantes dans une perspective nouvelle en échappant à des modes de pensée passablement éculés. Par cette nouvelle perspective, ils considèrent la manière dont une question, généralement abordée à partir d'hypothèses contemporaines, a été traitée autrefois par ceux qui ont analysé en détail une problématique semblable.

Certains philosophes poussent même plus loin leur ambition de faire de la philosophie une démarche fondamentalement historique. Ils la considèrent en effet comme une forme de réflexion sur une culture qui évolue elle-même avec le temps. Cette réflexion se nourrit d'un ensemble de facteurs parmi lesquels se trouvent certes des facteurs économiques et environnementaux, mais aussi la manière dont cette culture réagit aux influences de cultures voisines et antérieures et à ses propres tensions internes.

Parmi les sujets importants qui doivent accrocher la réflexion du philosophe, il y a les réflexions faites précédemment sur la culture par les philosophes contemporains et celles qui sont adoptées (et adaptées) d'autres cultures auxquelles réagit la culture propre du philosophe. Sous cet angle, la philosophie est essentiellement historique, à savoir le produit d'une situation historique qui englobe la représentation d'autres produits culturels antérieurs et qui agit sur eux.

Pour de tels philosophes, la tâche de comprendre en philosophe notre manière libérale et démocratique d'aborder les questions sociales exige de comprendre un personnage tel que Locke, la culture dans laquelle il a baigné et son propre impact sur la culture subséquente. Un des principaux tenants, important du point de vue historique, de cette approche de la philosophie, est le philosophe allemand du XIXe siècle, G.W.F. Hegel, qui a retenu l'attention de beaucoup de philosophes canadiens, surtout au Canada anglais à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

L'intérêt marqué que les philosophes portent au passé de leur discipline s'explique en partie par des raisons d'ordre pédagogique; en effet, ils peuvent y découvrir des erreurs instructives ou une source d'utiles exercices d'interprétation et d'analyse. Certaines de ces erreurs peuvent porter sur la façon, évidente ou non, de raisonner. Elles peuvent résulter de suppositions erronées ou qui, connues comme telles aujourd'hui, ont égaré les penseurs de l'époque sur des pistes dangereuses. Dans ce cas, l'exercice consiste à détecter l'erreur qui se cache derrière son camouflage de truismes, de déductions logiques et de manoeuvres sophistiquées. L'exercice d'analyse consiste à disséquer des arguments pour les rendre intelligibles au point d'en rendre les structures pleinement compréhensibles.

En plus, il y a la valeur pédagogique des expériences passées. S'il existe une démarche scientifique propre à la philosophie ou encore une attitude ou des préoccupations qui caractérisent le philosophe de façon importante, la meilleure façon de les découvrir à l'oeuvre est d'examiner la vie et les oeuvres des philosophes d'autrefois. Comment mieux enseigner cette démarche historique de la philosophie qu'en en exposant souvent les résultats?

Parmi les penseurs ayant exercé une grande influence sur les étudiants en histoire de la philosophie au Canada, il y en a au moins un qui croyait dans cette façon d'enseigner. Il s'agit du grand médiéviste français Étienne Gilson, figure dominante de l'Institut pontifical d'études médiévales à Toronto, où il enseigna à temps partiel pendant de nombreuses années. Selon lui, on peut scruter le passé pour y trouver des exemples à la fois des vertus philosophiques et des paradigmes de succès dans la démarche philosophique. Il estime qu'un grand nombre de réalisations d'envergure se trouvent dans les oeuvres d'Aristote et de ses disciples du Moyen Âge, en particulier saint Thomas d'Aquin, mais ces penseurs ne sont pas les seuls à avoir connu du succès et certainement pas les seuls à s'être consacrés à la quête raisonnée des vérités fondamentales.

Comment faire l'histoire de la philosophie?

La manière dont la plupart des philosophes étudient l'histoire de la philosophie tranche sur celle qu'adopterait l'historien des idées ou l'historien intellectuel pour étudier les oeuvres des mêmes penseurs. Les philosophes ne sont généralement guère enclins à suivre à la trace les modèles de pensée au cours des différentes périodes pour découvrir des continuités ou des ruptures sur lesquelles spéculer. Ils ne désirent pas non plus passer beaucoup de temps à étudier les contextes économique, social ou intellectuel qui servent de toile de fond à l'élaboration des différentes théories ni à s'interroger sur les usages faits de ces théories. Leurs préoccupations sont de deux autres ordres, soit appropriatives ou reconstitutives. Ces deux approches ne s'excluent pas nécessairement l'une l'autre, mais elles répondent à des objectifs différents dans l'étude du passé de la philosophie.

Les tenants de l'appropriation veulent avant tout relier les travaux passés aux préoccupations du moment. C'est la manière de travailler de ceux qui sont en quête d'exemples instructifs ou de considérations défiant le temps. Pour ce faire, ils cherchent à moderniser le vocabulaire de leur sujet, à établir des parallèles entre les données recueillies dans leurs différentes lectures et les positions défendues récemment et à découvrir des précédents chez les auteurs anciens. À l'aide de précédents tirés de l'histoire de la philosophie, ils trouvent que les anciennes façons de faire et les résultats obtenus autrefois peuvent s'appliquer aux démarches propres à de nouveaux contextes et répondre à des questions dont les détails sont neufs, mais la structure, familière.

Un partisan de l'appropriation lira un auteur, disons Spinoza, pour savoir ce que celui-ci a à nous dire. C'est de cette façon que beaucoup de philosophes catholiques du Québec comme du Canada anglais ont cherché à utiliser Aristote et Thomas d'Aquin. Il en va de même de certains historiens formés dans la philosophie de l'après-guerre, et notamment de Jonathan Bennett, de l'U. de la Colombie-Britannique.

Ceux qui choisissent l'approche de reconstitution historique préfèrent donner aux textes historiques une interprétation se rapprochant de celle que leur auraient donnée les gens de l'époque. Ils éditent des textes expurgés de toute modification ou addition ultérieure. Voilà une tâche particulièrement ardue lorsque les textes originaux n'existent que sous forme de manuscrits et que les plus récentes copies dont nous disposons sont ultérieures de nombreuses années aux originaux. Ces copies étaient souvent faites elles-mêmes à partir de copies produites longtemps après les originaux, sans compter que la précision n'était pas souvent le principal souci des copistes.

Les adeptes de la reconstitution comparent aussi les textes qui les intéressent à d'autres textes du même auteur et à ceux de ses contemporains. Cette dernière comparaison peut s'avérer très utile lorsque l'autre auteur est l'étudiant ou le professeur de l'auteur en question ou lorsque s'engage une correspondance ou une controverse entre les deux.

Au Canada, c'est à l'U. de Toronto que s'établit très tôt un premier centre important d'étude historique s'inspirant de l'approche reconstitutive. Cette approche est privilégiée à la fois au principal département de cette université du temps de ses directeurs G.S. BRETT et Fulton Anderson (1920-1963) et à l'Institut pontifical d'études médiévales, situé au St. Michael's College. Cette approche finit par s'imposer dans les recherches d'autres départements des sciences humaines de l'U. de Toronto jusqu'à accréditer l'idée de la naissance d'une école torontoise d'histoire intellectuelle. Cette allégation ne comportait pas toujours une connotation positive. Depuis le début des années 60 cependant, le département de l'U. de Toronto affiche moins clairement son approche, alors que les méthodes d'enseignement liées à cette approche se généralisent ailleurs.

Pourquoi l'étude de l'histoire de la philosophie est-elle si développée au Canada?

Il y a à cela deux raisons. La première est institutionnelle et relève de l'emprise économique, sociale et culturelle de Toronto, de Montréal et de la ville de Québec sur la vie intellectuelle et universitaire des communautés anglophone et francophone. Les courants de pensée prévalant aux U. de Toronto, McGill, Laval et finalement de Montréal se diffusent à partir de ces centres métropolitains jusqu'aux régions éloignées du pays, où se créent parfois de nouvelles universités comme filiales des anciennes et qui ont comme professeurs des diplômés de ces dernières. Les nouvelles universités n'ont d'autre choix que de toujours se situer par rapport au programme intellectuel des anciennes, ne serait-ce que pour y réagir.

Cette explication d'ordre institutionnel ne rend cependant pas compte du rôle dévolu aux études d'histoire dans les anciennes universités ni du choix que font les départements concernés d'accorder une telle valeur à ces études. On avance plusieurs explications d'ordre culturel à cet effet. Certes, la prédominance qu'exerce au Québec l'Église catholique dans tous les secteurs de l'activité culturelle jusqu'au début des années 60 explique en bonne partie l'intérêt manifesté jusque-là et pendant quelques années encore pour la pensée de saint Thomas d'Aquin et de certains autres philosophes médiévaux. Certains spécialistes détectent un fort courant communautaire et traditionaliste, dans la culture canadienne anglaise surtout, et l'associent avec une forme d'idéalisme à laquelle adhèrent des penseurs tels que John WATSON, de l'U. Queen. Ces penseurs considèrent l'étude de l'histoire comme une partie centrale de leur travail de philosophe, tout comme le font leurs lecteurs et leurs étudiants.

Bien que le contexte ait changé depuis 1960 et que ni les anciennes institutions ni les vieilles bases culturelles n'aient gardé leur hégémonie d'antan, ces approches traditionnelles laissent des empreintes non négligeables dans la vie intellectuelle et universitaire actuelles des communautés anglophone et francophone. L'accent s'est déplacé; les études portent sur de nouveaux personnages pour de nouveaux motifs et avec de nouvelles méthodes. On continue néanmoins de reconnaître des deux côtés le bien-fondé des études historiques en philosophie et du temps important qu'y consacrent les programmes de formation. Les philosophes des deux communautés ont puisé dans les sources de l'histoire l'inspiration qui guidera l'exercice actuel de leur profession et bénéficient à cet effet de l'appui de leurs collègues des universités et des CÉGEPS ainsi que de subventions de plusieurs organismes.

Au Québec, les travaux consacrés à la philosophie catholique traditionnelle fleurissent entre les deux guerres à l'instigation de penseurs tels que Louis LACHANCE, Charles DE KONINCK, Benoît Lacroix et Vianney Décarie; ils sont à l'origine de l'intérêt que suscite la pensée française du début et du milieu du XXe siècle. L'accent mis sur des penseurs appartenant à la tradition catholique ou récupérés par elle (Henri Bergson, Maurice Blondel, Gabriel Marcel, Jacques Maritain et Emmanuel Mounier) déclenche un intérêt croissant pour Marx, Nietzsche, Freud ainsi que pour les courants de l'existentialisme et de la phénoménologie de l'entre-deux-guerres et de l'immédiat après-guerre. Ces changements se produisent au Québec à partir des années 50 dans la foulée de son expansion économique, de sa laïcisation et de la prise de conscience de son identité nationale sur des bases autres que religieuses. Ils atteignent leur apogée avec l'élection d'un premier gouvernement du PARTI QUÉBÉCOIS en 1976. Leurs racines proviennent de revues non scientifiques telles que PARTI PRIS et LIBERTÉ, qui servent de porte-parole aux radicaux des années 50 et 60.

Après 1960, l'expansion du réseau universitaire québécois et la laïcisation de celui-ci intègrent ces intérêts séculiers dans le milieu universitaire et leur donnent une stature professionnelle. Ces dernières années, Yvon Lafrance, Luc Brisson et Léonce Paquet ont produit d'excellents travaux sur la philosophie grecque classique. La philosophie moderne fait également l'objet d'études de haut niveau, comme en témoignent celles d'Olivier Reboul sur Kant, de François Duchesneau sur Leibnitz et de Guy Lafrance sur Rousseau, Durkheim et Bergson. La grande qualité des philosophes du Québec se reflète dans les pages des Philosophiques, qui est depuis 1974 la revue officielle de la Société de philosophie du Québec.

Au Canada anglais, l'essor universitaire des années 60 et du début des années 70 entraîne un déclin relatif de l'influence exercée par l'U. de Toronto dans le domaine, alors même que son département de philosophie connaît une croissance très rapide en réponse aux inscriptions d'étudiants qui ne cessent d'augmenter (cette hausse est très marquée sous la direction de Thomas A. GOUDGE, entre 1963 et 1968). En outre, le centre d'intérêt se déplace même à l'U. de Toronto : les professeurs engagés pendant la période d'expansion s'intéressent aux approches systématiques des problèmes philosophiques et aussi à l'étude des principaux penseurs du passé. Aujourd'hui, la philosophie comme discipline d'étude est très largement répandue et diversifie ses travaux tant sur le plan des sujets traités que des approches choisies et de l'implantation institutionnelle. Il est maintenant possible d'étudier Aristote à l'U. de l'Alberta, la philosophie indienne à l'U. Brock de St. Catharines en Ontario, Hegel à McGill, la philosophie du début de l'ère moderne à l'U. de Western Ontario, ou encore la pensée continentale contemporaine à l'U. Trent de Peterborough. Chose tout aussi importante, tous ces centres et beaucoup d'autres disposent de savants de réputation internationale pour guider les étudiants.

L'essentiel des travaux systématiques de beaucoup de philosophes canadiens actuels se concentre nettement sur les sources historiques. À titre d'exemples, les recherches du Torontois Ian Hacking sur les sciences humaines et sur l'emploi des techniques statistiques ainsi que la philosophie politique en plein développement chez Charles TAYLOR s'inspirent de réflexions sur les contributions de nombreux penseurs modernes, les uns illustres, les autres, non. Les institutions et les publications consacrées à l'étude de Hume, Leibnitz, Kant et John Stuart Mill comptent de nombreux Canadiens anglais parmi leurs membres et les auteurs de leurs publications. Les Canadiens sont également très bien représentés au sein des réseaux de spécialistes des philosophies grecque et médiévale.

Pour les érudits de la fin du XXe siècle, la participation aux activités des réseaux internationaux est chose importante, et les experts canadiens de l'histoire de la philosophie y prennent leur place. Les congrès et colloques organisés au Canada sur des sujets d'histoire peuvent réunir des universitaires des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne, d'Italie et d'autres pays. Dans l'Indiana, on produit actuellement une édition critique des travaux du philosophe américain du XIXe siècle C.S. Peirce, à laquelle collaborent des spécialistes de Peirce rattachés aux U. de Waterloo et de Toronto. Des recherches en équipe sur Leibnitz et Descartes réunissent non seulement des contributions de plusieurs centres canadiens, mais aussi de savants allemands et français. Un certain nombre de philosophes du Canada anglais apportent une contribution substantielle à de nouveaux ouvrages de référence sur différents aspects de l'histoire de la philosophie. Cette collaboration repose notamment sur des communications stimulantes par courrier électronique et sur la diffusion au moyen d'INTERNET de versions provisoires des travaux en cours.

Ce recours à la technologie de l'information dans les communications entre spécialistes constitue un des aspects de la seconde grande tendance qui caractérise la vie universitaire, à savoir l'utilisation de l'ordinateur pour l'avancement des recherches. Ce recours à la technologie date de la fin des années 70 et permet de faciliter l'écriture et l'organisation des données. C'est ainsi qu'Alastair McKinnon dirige alors à l'U. McGill la mise en concordance des travaux de Kierkegaard et de Wittgenstein. Une équipe de chercheurs des U. Brock et de Toronto ainsi que d'Allemagne produit une concordance pour l'édition Gerhard des ouvrages de Leibnitz. À Toronto, on publie en 1990 une édition lisible par machine de la collection Adam et Tannery des oeuvres philosophiques de Descartes. Aujourd'hui, la technologie facilite à la fois la publication de documents écrits et la circulation de nouveaux travaux dans des médias non imprimés.

Au cours des années 70 et 80, un certain nombre d'universitaires canadiens issus des communautés philosophiques tant anglophone que francophone font le point sur l'état d'avancement de leur discipline dans leur milieu respectif. Cette initiative reflète le développement d'une prise de conscience nationale dans chacune des deux communautés. C'est particulièrement digne de mention au Québec, où le travail de pionnier réalisé par Roland Houde ouvre la porte aux très sérieuses études historiques d'Yvan Lamonde sur l'enseignement et sur l'institutionalisation de la philosophie dans les universités du XIXe et du début du XXe siècle. L'étude de l'évolution de l'idéologie au Québec, faite par Denis Monière à l'aide d'une approche marxiste, est suivie de celle de Maurice Lagueux, qui lui vaudra un prix, et qui traite de l'impact de la pensée marxiste sur l'idéologie québécoise des années 60. Parmi les recherches plus récentes, mentionnons celle d'Yvan Cloutier, qui fait un examen microhistorique des modes d'influence de la pensée de Jean-Paul Sartre sur l'opinion des dirigeants québécois au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

L'intérêt qui émerge au Canada anglais pour l'histoire des idées fait que les anciens travaux du philosophe toronto John IRVING sont remplacés par les recherches d'envergure des historiens Carl Berger et Brian McKillop et par les études plus strictement philosophiques de Leslie ARMOUR et d'Elizabeth Trott. John Slater travaille actuellement à la publication d'une histoire détaillée de l'enseignement de la philosophie à l'U. de Toronto. Pour ce faire, il utilise en abondance les archives de cette université et de la province ainsi que les enregistrements de ses longues entrevues avec les philosophes de Toronto, destinées à situer les travaux de ce département dans son contexte social. Il faut aussi mentionner l'étude biographique que consacre William Christie au philosophe canadien anglais le mieux connu du public, George GRANT.


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