Ounanguissé

Ounanguissé (« lumière chatoyante du soleil », aussi orthographié Onangizes, Onanguisset ou Onanguicé) était wkama (chef) des Potéouatamis vers 1660-1701. Il est une importante figure des alliances entre les Français et les peuples autochtones de la région des Grands Lacs durant la fin du 17e et le début du 18siècle. Il est surtout connu pour le discours qu’il a tenu au sujet de cette alliance, au cours d’une réunion avec le gouverneur général de Nouvelle-France, Louis de Buade de Frontenac, en 1697. Il a aussi apporté une importante contribution à la négociation de la Grande Paix de Montréal en 1701.



Alliance entre la France et les Potéouatamis

Les Potéouatamis sont un peuple algonquin. Ils sont depuis longtemps alliés des Odawas et des Ojibwés. Cette alliance est appelée les « Trois Feux ». L’historien Donald L. Fixico note que les Potéouatamis, les Odawas et les Ojibwés « ont contribué à façonner l’histoire de la région des Grands-Lacs ». À une certaine époque, ils vivent au nord du lac Michigan, mais les attaques répétées des Haudenosaunee, du début au milieu du 17e siècle, poussent les Potéouatamis à s’établir plus au sud, dans la région de La Baie Verte (aujourd’hui Green Bay, au Wisconsin).

En 1665, Nicolas Perrot, un explorateur et diplomate français espérant faire fortune grâce à la traite des fourrures, établit des contacts avec les Potéouatamis. Peu après, les Potéouatamis et les Français forment une alliance commerciale et militaire. Les Potéouatamis sont enclins à s’allier aux Français parce qu’ils croient que cela leur permettra d’acquérir plus de pouvoir et de prestige parmi les peuples autochtones de la région des Grands Lacs. Les Français veulent former une alliance avec les Potéouatamis afin de contrecarrer l’avance des Britanniques. (Voir aussi Relations entre les Autochtones et les Français et Relations entre les Autochtones et les Britanniques avant la Confédération.)

Ounanguissé et l’alliance avec les Français

Ounanguissé est un des plus ardents partisans de l’alliance entre les Potéouatamis et les Français. En 1669, il contribue à mettre en place cette alliance en organisant une rencontre avec Nicolas Perrot à La Baie Verte. Pendant les dix années suivantes, Ounanguissé devient un important médiateur entre les Français et les Potéouatamis. Il devient aussi un chef de file de la traite des fourrures dans le tout nouveau poste de traite de Rock Island. Il semble qu’Ounanguissé se rend à Québec à cette époque pour vendre des fourrures et rencontrer des membres du gouvernement de Nouvelle-France. Quand l’explorateur et marchand de fourrures René-Robert Cavelier de La Salle le rencontre en 1679, il remarque qu’Ounanguissé porte une médaille d’argent qui lui a été offerte par Louis de Buade de Frontenac.

Ounanguissé le chef

Des années 1660 jusqu’à la fin des années 1680, les Potéouatamis gagnent en prestige et en richesse grâce à leur participation à la traite des fourrures et à l’afflux de colons européens dans leur territoire. (Voir aussi Territoire autochtone.) Beaucoup de groupes autochtones se déplacent dans la région de La Baie Verte pour échapper aux raids des Haudenosaunee (Iroquois) et de commercer avec les Français. À la fin des années 1690, cependant, la prospérité et le prestige des Potéouatamis parmi leurs alliés autochtones commencent à être menacés. Un surplus de fourrures, ainsi que l’hostilité des Jésuites à l’égard des marchands de fourrures amènent le roi de France, Louis XIV, à suspendre le commerce des peaux de castor et à ordonner la fermeture de tous les postes de traite de l’Ouest en 1696. Si les Potéouatamis veulent vendre des fourrures, ils devront désormais voyager jusqu’à Montréal. La décision des Français irrite considérablement Ounanguissé. Durant une réunion avec Frontenac en 1697, il dévoile candidement ses sentiments :

Père ! Puisque nous avons besoin de la poudre, du fer et les autres nécessités que vous aviez formellement l’habitude de nous envoyer, que voulez-vous que nous fassions ? La majorité de nos femmes, qui n’ont qu’un ou deux castors à envoyer à Montréal pour se procurer leurs maigres provisions, devront-elles les confier à des ivrognes qui en boiront le produit et reviendront les mains vides ? […] que les Français ne viennent plus nous visiter — vous ne nous verrez plus, je vous le promets, si les Français nous quittent; ceci, Père, est la dernière fois que nous venons parler avec vous.

Commentant l’effet produit par les paroles d’Ounanguissé, le secrétaire de Frontenac note que son discours était si résolu que tout le monde s’est tu. Afin d’apaiser Ounanguissé et leurs autres alliés, les Français décident que la traite se poursuivra dans la vallée de la rivière Saint-Joseph, bien que cela soit techniquement illégal. L’historienne Susan Sleeper-Smith écrit que « la menace publique d’Onangizes [Ounanguissé] révèle qui contrôlait la traite [des fourrures]. C’était les Autochtones d’Amérique, pas les Français. »

Tout en s’efforçant de maintenir une bonne relation de travail avec leurs alliés autochtones, les Français tentent aussi, à cette époque, de faire la paix avec leurs ennemis autochtones, les Haudenosaunee, alliés traditionnels des Britanniques. Pour y parvenir, toutefois, les Français ont besoin de la coopération de leurs propres alliés. Ounanguissé est un des plus importants leaders des Potéouatamis au début du 18e siècle et il est à ce moment un très important allié des Français. Peu disposé au début à faire la paix avec les Haudenosaunee, il finit par accepter de participer aux négociations, qui se tiennent à Montréal à la fin juillet et début août 1701.

À Montréal, Ounanguissé représente les Potéouatamis, les Sauks et la plupart des nations de l’Illinois. Comme tous ceux qui sont présents, il accepte les termes de la proposition de paix des Français. Parlant au nom de son peuple, il déclare :

Soyez assurés […] que ma nation, et celle de l’autre côté du lac Huron n’oublieront pas ce que vous avez heureusement réalisé : la terre est maintenant nivelée. L’Arbre de la Paix est maintenant planté sur la plus haute montagne; les Iroquois et tous vos Alliés auront souvent à le contempler. » Il ajoute ensuite : « Nous mangerons dans la même marmite, lorsque nous nous rencontrerons durant la chasse. »

Postérité

Ounanguissé meurt quelques mois après la Grande Paix de Montréal de 1701. Il est un exemple de leader autochtone qui a su, par des moyens habiles, conduire son peuple avec succès et défendre ses intérêts auprès des Français durant la fin du 17e et le début du 18e siècle. Sa vie et son œuvre montrent qu’à cette époque, le succès des politiques des Français dépendait de la coopération de leurs alliés autochtones. Les chefs autochtones comme Ounanguissé étaient essentiels à la survie de la Nouvelle-France.


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