Projet Mémoire

Raoul Germain Berlinguette (source primaire)

Ce témoignage fait partie de l’archive du Projet mémoire

  • Le Projet Mémoire

Raoul Germain Berlinguette a servi dans l'armée pendant la guerre de Corée.

Prenez note que les sources primaires du Projet Mémoire abordent des témoignages personnels qui reflètent les interprétations de l'orateur. Les témoignages ne reflètent pas nécessairement les opinions du Projet Mémoire ou de Historica Canada.

Raoul Berlinguette
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Raoul Berlinguette (au centre) posant avec ses proches à son retour de la Corée. Chute-à-Blondeau (Ontario), 1953.
Raoul Berlinguette
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Article du journal Le Droit montrant Raoul Berlinguette (debout, 2e à droite) en train de divertir l'assistance au club de la Feuille d'Érable à Tokyo (Japon) en 1952.
Raoul Berlinguette
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Raoul Berlinguette (à gauche) en compagnie du soldat Audette, de la section des signaleurs-éclaireurs du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment. Corée, 1952.
Raoul Berlinguette
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Certificat de libération de Raoul Berlinguette daté du 25 novembre 1953. Comme il l'indique: "Je suis très fier de ce certificat qui porte la mention de HONORABLY RELEASED et d'avoir servi avec le fameux 1er Bataillon du Royal 22e Régiment."
Raoul Berlinguette
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Raoul Berlinguette (à droite), du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment, posant avec le lance-caporal Collins avant leur départ pour la Corée. Québec, 1951.
Raoul Berlinguette
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Des soldats du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment posent à l'occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste à Saint-Boniface (Manitoba), le 24 juin 1951. Raoul Berlinguette se trouve sur la 3e rangée, le 4e à partir de la gauche.
Raoul Berlinguette
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Certificat d'appréciation délivré par le Département américain de la Défense au nom de Raoul Berlinguette en reconnaissance de ses services en Corée. Comme M. Berlinguette le précise: "Je suis très reconnaissant que les Américains se souviennent du rôle important que nous avons joué durant la Guerre de Corée."
Raoul Berlinguette

Transcription

On a traversé sur le bateau, le [USNS] « General W.M. Black ». Ça, c’est le bateau. On a pris un bataillon, on a traversé par la Corée. Ça a assez bien été, notre traversée. On a été dix-huit jours, à partir de Seattle, Washington, à aller à Yokohama, au Japon. Puis là, de Yokohama, on a arrêté là trois jours. Il y a des troupes qui débarquaient là, puis il y en a d’autres qui embarquaient. Plutôt des Américains. Puis, après ça, on a fait trois autres jours sur la mer pour se rendre à Incheon, en Corée. Là, à Incheon, on a débarqué dans des « landing barges », qu’ils appellent. Mais il n’y avait pas de batailles là. Quand on a débarqué, le front était assez loin. Alors, ça a tout bien été, le débarquement. Puis, on a pris le train. Le train, toutes les vitres étaient cassées. De plus, on n’avait pas le droit de fumer, pas de lumières, en tout cas! On a fait le départ la nuit sur le train. Ensuite, on a débarqué, puis on a pris les camions. Les camions, je ne me rappelle pas combien de temps? On devait être proche d’une demi-journée. Après ça, on est arrivés dans un gros campement. Puis, c’est là qu’on a arrêté pour une journée ou deux. De là, on partait à pied pour aller remplacer le 2e Bataillon. Puis, le 2e Bataillon, les « snipers », le sergent des « snipers », ils l’appelaient ‘Peephole’. Ils nous l’ont présenté. Puis, tout a bien été. Puis, justement, la première patrouille qui a été faite, c’est moi et le caporal Richard qui étions scouts pour la 1re patrouille. Mais nous autres, on était sur une montagne, puis juste en bas de nous autres, c’était les… Comment est-ce qu’ils appellent ça? Ils mettent les bombes dans les tuyaux. Mortier! La section du mortier était juste en bas. Alors, ils ont fait une démonstration le premier soir sur le fonctionnement du mortier là-bas. Puis, il y a eu un accident. Il y a eu une bombe. Le « gars », il a mis une bombe dedans, puis il en a mis une autre, puis l’autre n’était pas sortie. Puis, il y avait deux « gars » du mortier du 2e Bataillon qui se sont fait tuer. Dans cet accident-là, c’est le « gars » qui partait le lendemain pour s’en revenir. Alors, ça, c’était terrible! On trouvait ça bien regrettable. Les « gars » faisaient une démonstration pour nous montrer le procédé là-bas. Mais quand on est arrivés, ils nous ont guidés, naturellement, jusque sur une montagne. Puis, c’est là qu’étaient les scouts et les « snipers ». Puis là, je regardais alentour. Il y avait des montagnes tout le tour. J’ai demandé à un des « gars » : « Le front, où est-ce qu’il est? » Il dit : « La montagne, là-bas. Ça, c’est l’ennemi qui est là. — Bien oui, mais qu’est-ce que tu fais ici debout? Tu n’as pas peur de te faire tirer? — Non, non, non. C’est tranquille ici. » Ha! Ha! Ha! Moi, je ne sais pas, mais en tout cas!

La première position qu’on a eue, je pense, le premier trois mois, je pense qu’il est tombé trois ou quatre bombes sur nos positions. On ne se faisait pas « achaler » (importuner) trop, trop, disons. Il y avait une fameuse vallée qui avait peut-être un mille de large. Puis, ça se passait plutôt dans la vallée. C’était les patrouilles, les Ambush, les patrouilles de reconnaissance, les « fighting patrols ». En tout cas, c’était plutôt ça… Le gros de l’action, c’était la 355. Ça se trouvait à notre droite, ça. Puis la 355, il y avait de l’action. On entendait ça, puis on voyait souvent qu’il y avait du brassement. On a finalement été là. Mais ça a pris peut-être six mois. Six mois après notre arrivée en Corée, on s’est ramassés… Ils appelaient ça « petit Gibraltar ». C’est là que les scouts et « snipers » étaient avec l’intelligence. Mais la première position qu’on avait, ça consistait à faire des patrouilles. Puis, naturellement, on rencontrait l’ennemi de temps en temps. Mais à aller entre jour et nuit, on est allés juste une fois. Moi, j’y ai été à peu près six mois. Après, j’ai été blessé. Je suis allé juste une fois pour voir si une montagne était occupée par l’ennemi ou non. Moi et mon « chum » (ami), on était une quinzaine qui avait été là. On est allés faire le tour de la montagne, puis on est montés dessus, puis on est revenus, puis on a « checké » (inspecté) les tranchées. Il n’y avait pas de traces, il n’y avait rien. Puis, on a fait notre rapport. Si je me rappelle bien, c’était le lieutenant Herman, qui était le lieutenant de la patrouille. Puis, on a fait le rapport que… Mais quand le lieutenant a fait son rapport, moi, je me semblais observé. C’est drôle! On était là, puis il me semblait que quelqu’un me surveillait. Puis, peut-être une semaine ou deux après, ils ont décidé d’envoyer, je pense, soixante hommes. Puis, ils étaient censés s’installer là, puis rester là. Puis, il y avait une petite rivière de l’autre bord de la vallée. Quand ils ont commencé à traverser la rivière, l’ennemi, il n’y en avait pas autour de nous autres. On y est allés, mais là, l’ennemi était là.

Puis, vous devez avoir entendu parler du « sniper » Willy Fong? C’est là que Willy Fong s’est fait tuer. Puis, Willy Fong, c’était une drôle de chose. Willy Fong, à peu près trois semaines avant cet incident-là, il était dû pour faire une patrouille. Puis, il est venu me voir, puis il m’a demandé : « Raoul, j’ai une patrouille à faire demain. Je ne « feel » pas. Je ne me sens pas bien du tout. Prendrais-tu ma place? » J’ai dit : « Certainement. Je vais la faire, ta patrouille. » Alors, j’ai fait sa patrouille. Puis, sa patrouille, c’était celle avec laquelle on est allés voir pour vérifier s’il y avait l’ennemi là ou s’il n’y en avait pas. Puis, nous autres, on y est allés. Puis, justement, il n’y avait rien là. On est revenus. Après ça, on a même tiré un coup de feu. Alors, on est revenus, puis tout était beau. Mais eux autres, quand ils sont allés là, l’ennemi était là. C’est moi qui étais censé être sur cette patrouille-là. Mais, il est venu me voir, puis il m’a dit : « Raoul, je t’en dois une. » J’ai dit : « Oui. » Il a dit : « C’est correct, je vais la prendre ta patrouille, ta prochaine. » Ça ne veut pas dire que la même chose me serait arrivée à moi. Mais, il y avait eu plusieurs blessés. Lui, je ne sais pas s’il y avait eu juste lui qui s’est fait tuer. Mais en tout cas. Je pense qu’il y en avait plus qu’un qui s’est fait tuer. Parce que nous autres, on est allés là, puis il n’y avait pas d’ennemis. Il n’y avait personne. Puis, moi, disons, j’étais couché, puis ils sont venus me réveiller. Moi, je n’étais pas, naturellement, en avant. Ils sont venus me réveiller, puis ils ont dit : « Raoul, viens voir ça! » Alors, on était sur la montagne, puis la vallée avait été tout inondée de fumée. Ils avaient lancé des bombes de fumée pour inonder la vallée, pour essayer d’aller chercher les « gars ». Alors, ça avait été un désastre cette affaire-là. Ils étaient censés s’en aller là, puis rester là. Ils étaient censés prendre possession de cette montagne-là. Mais moi, j’ai toujours présumé que c’était presque impossible de rester là. Mais dans ce temps-là, ils avançaient d’une section, ils reculaient, ils avançaient, ils reculaient. Je ne sais pas ce qui était le… Parce que cette montagne-là, c’était comme une pointe. Mais c’était le territoire ennemi tout le tour. L’ennemi n’aurait pas toléré, je pense, qu’on soit là bien, bien longtemps.