Les gars du Klondike en quête de la coupe Stanley (1905)

À une époque où notre sport national est devenu un sport professionnel de plusieurs milliards de dollars, il peut être agréable de songer à des temps plus simples où le hockey était près de la communauté et où les amateurs jouaient pour l’amour du sport et pour la gloire de vaincre. Au début de la compétition pour la coupe Stanley, n’importe quelle équipe canadienne se débrouillant bien au niveau senior pouvait défier les détenteurs du titre.

Joseph Boyle
Les exploits de Boyle, en Europe de l'Est ont fait de lui l'un des aventuriers les plus discrets du Canada (avec la permission du Woodstock Museum).

En 1905, un des défis les plus étranges provient de la ville de Dawson, au Yukon. À la fin des années 1890, Dawson est le centre de la ruée vers l’or du Klondike et est une ville champignon peuplée de rusés personnages et d’aventuriers, dont le plus connu est l’entrepreneur Joe Boyle. La nouvelle ville s’enorgueillit de pouvoir se mesurer au monde extérieur. Toute la ville se passionne pour le hockey et dispose d’une patinoire couverte construite dans les règles de l’art. À l’occasion de l’un de ses nombreux voyages à Ottawa, Joe Boyle, déjà riche et sur le point de devenir un industriel aurifère important, lance un défi à l’équipe championne en titre, les Silver Seven d’Ottawa, qui accepte de le relever.

Joe Boyle forme une équipe d’étoiles qui rassemble Weldy Young, fonctionnaire, « Sureshot » Kennedy, Hector Smith, le Dr D.R. McLennan (c’était le rover), et J.K. Johnstone, un ancien de la police montée et maintenant un employé de la poste. L’équipe s’enrichira du joueur de première défense, Lorne Hannay de Winnipeg. Albert Forrest, originaire du Québec et âgé de dix-sept ans seulement, sera le gardien. Joe Boyle, qui a amassé une petite fortune en gérant les intérêts aurifères et en vendant du bois, assume une partie des frais du voyage et trouve aussi d’autres investisseurs. Les joueurs sont censés payer leur part, en espérant que les dépenses soient couvertes par les recettes des matchs.

Les « Nuggets » (pépites), comme les nomme Joe Boyle, quittent Dawson le dimanche 18 décembre 1904. Comme l’absence de neige rend inutiles les traîneaux à chiens et les bicyclettes disponibles tombent en panne les unes après les autres, les hommes se résignent à faire à pied le long trajet (quelque 530 km) jusqu’à Whitehorse. De là, ils prévoient emprunter le White Pass & Yukon Railway jusqu’à Skagway, mais le blizzard bloque le col pendant trois jours et les hommes arrivent deux heures après le départ du vapeur pour Vancouver. « Rester coincés à Skagway, écrira plus tard un observateur, n’a pas aidé à mettre l’équipe en forme ». Un autre dira : « ils se sont surtout entraînés à lever le coude ».

Le bateau suivant doit affronter une mer déchaînée et est détourné sur Seattle à cause du brouillard. Ainsi, quand l’équipe parvient enfin à Vancouver, elle a cinq jours de retard sur l’horaire prévu. Épuisés, les Nuggets arriveront à Ottawa le 11 janvier 1905, seulement deux jours avant le premier match. Joe Boyle essaie d’obtenir un délai avant le début des séries, mais on refuse de le lui accorder. L’équipe s’installe dans un hôtel local avant de filer dans un magasin d’articles de sport pour se procurer des uniformes et de l’équipement.

Les gars du Klondike en qu\u00eate de la coupe Stanley

Malgré leur voyage éreintant, les Nuggets se montrent confiants. Enfin, l’équipe d’Ottawa est constituée de plusieurs athlètes exceptionnels. Parmi ceux-ci, le défenseur Harvey Pulford est le champion de boxe poids mi-lourd et poids lourd de l’est du Canada et a fait plus tard de l’aviron à la régate d’Henley en Angleterre. Rover Harry « Rat » Westwick (membre du Temple de la renommée), excelle dans plusieurs sports en grandissant et est un champion de la crosse. Quant à Frank McGee, c’est un cas à part! Même les records aux éliminatoires de Wayne Gretzky paraissent dérisoires en comparaison. En 22 matchs pour la coupe Stanley, il marquera 63 buts!

Le stade de Dey est bondé; 2 200 spectateurs assistent au premier match. Les joueurs de Dawson arrivent sur la glace dans leurs nouveaux maillots noirs à la bordure dorée. Ils sont contents de tirer de l’arrière par seulement 2 points (3 à 1) à la mi-temps (il n’y a que deux périodes à cette époque). Le match est rude et le devient de plus en plus. Lors d’un incident, Norman Watt de Dawson brise son bâton sur la tête d’Art Moore qui perd connaissance. Le score final est de 9 à 2. Après le match, un des Nuggets déclare que Frank McGee, la vedette ottavienne, « n’est pas si bon ».

Le deuxième match dans cette série deux de trois illustre un autre grand principe du hockey. Ayant entendu dire que les Nuggets se sont moqués de l’unique but qu’il a marqué dans le premier match, Frank McGee se déchaîne, marquant 14 buts et portant haut la main le score à 23-2, un record jamais égalé.

Alors que Joe Boyle envoie précédemment à Dawson des rapports exagérément optimistes, il met les échecs sur le compte de l’épuisement de son équipe. La presse de l’est est sans pitié.

Le Toronto Telegram déclare que « jamais une telle consignation de mauvais hockey n’est venue des métaux du Chemin de fer Canadien Pacifique(CFCP) ». « Dawson n’a pas duré plus longtemps qu’un petit pain dans les mains d’un gamin affamé », raille le Citizen d’Ottawa.

Les Silver Seven d’Ottawa célèbrent leur victoire en invitant les perdants à un banquet. Plus tard, un joueur prendra la coupe si convoitée et, d’un solide coup de pied, l’enverra dans le canal Rideau qui, par chance, est gelé... La coupe est récupérée le jour suivant. La tournée ne sera pas, malgré tout, un fiasco total pour les gars de Dawson; en effet, ils feront la tournée des Maritimes, de l’est du Canada et du Manitoba, gagnant certains matchs et récupérant à peu près les dépenses du voyage. Après cet étrange épisode, les régisseurs de la coupe Stanley resserrent les règles pour assurer une meilleure compétition.


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