Jody Wilson-Raybould

Jody Wilson-Raybould (« Puglaas » ou « femme de noble famille » ou « femme intègre » en kwak’wala), politicienne et avocate (née le 23 mars 1971 à Vancouver, en Colombie-Britannique). Jody Wilson-Raybould est la députée indépendante de la circonscription vancouvéroise de Granville. Elle a été ministre fédérale de la Justice, procureure générale et ministre des Anciens combattants au sein du gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau. Avant d’entamer sa carrière politique, elle a été procureure de la Couronne de la Colombie-Britannique, chef régionale de l’Assemblée des Premières Nations et membre de la Commission des traités de la Colombie-Britannique. En tant que première Autochtone à devenir ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould a présenté des projets de lois novatrices, dont le projet de loi C-14 portant sur l’aide médicale à mourir, le projet de loi C-16 sur l’identité de genre et les droits de la personne, et le projet de loi C-45, la Loi sur le cannabis. Elle a aidé à bâtir des ponts entre les communautés des Premières Nations et le gouvernement canadien et s’est engagée à aider les peuples autochtones à obtenir leur autonomie gouvernementale et une égalité de droits en matière d’éducation, de soins de santé et de justice.



Jody Wilson-Raybould

Jody Wilson-Raybould est élue députée libérale dans la circonscription de Granville, à Vancouver, en 2015. Photo prise le 30 janvier 2014.

(photo de Erich Saide/Wikimedia CC)

Enfance et formation

Jody Wilson-Raybould naît le 23 mars 1971 à Vancouver, en Colombie-Britannique. Son père Bill Wilson, un fougueux chef héréditaire kwagiulth (kwakwaka’wakw), et sa mère Sandra Wilson, une enseignante non autochtone, se séparent lorsque Jody est encore enfant. Sa mère l’élève sur l’île de Vancouver, principalement à Comox, une municipalité à proximité des villages du peuple kwakwaka’wakw auquel son père appartient.

Jody Wilson-Raybould est une descendante des peuples Musgamagw Tsawataineuk et Laich-Kwil-Tach, qui font partie des Kwakwaka’wakw. Elle est membre de la nation We Wai Kai.

En 1996, elle obtient son baccalauréat en sciences politiques et en histoire de l’Université de Victoria. Trois ans plus tard, sa sœur Kory Wilson-Goertzen et elle obtiennent leur diplôme en droit de l’Université de Colombie-Britannique.

Vie personnelle

Jody Wislon-Raybould épouse Tim Raybould, un homme non autochtone, en 2008. Ce dernier travaille pendant des décennies à titre de consultant en gestion pour différents groupes des Premières Nations. Il a un doctorat en anthropologie sociale de l’Université de Cambridge et enseigne à l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.

Carrière juridique

De 2000 à 2003, Jody Wilson-Raybould est procureure de la Couronne à l’échelon provincial dans le centre-est de Vancouver, un quartier où elle aspire à réduire le taux d’incarcération des personnes autochtones en abordant leur marginalisation, leur pauvreté et les inégalités dont elles sont victimes.

De 2003 à 2009, elle rejoint la Commission des traités de la Colombie-Britannique, qui supervise les négociations de traités entre les groupes autochtones et la Couronne. Elle y tient brièvement le rôle de conseillère avant d’être élue commissaire par les chefs du Sommet des Premières Nations en 2004.

Chef régionale

En 2009, Jody Wilson-Raybould est élue conseillère de la Première Nation We Wai Kai à Cape Mudge, une communauté sur l’île de Vancouver dont elle est membre et où elle possède une demeure. La même année, elle est élue chef régionale de l’Assemblée des Premières Nations (APN). Dans l’exercice de ses fonctions, elle travaille à l’avancement de la gouvernance des Premières Nations, à l’accès équitable aux ressources et aux territoires, ainsi qu’à l’amélioration de l’éducation et des soins de santé pour les peuples autochtones.

Jody Wilson-Raybould calme les tensions au sein des quelque 200 bandes autochtones en Colombie-Britannique en les aidant à mettre sur pied de nouvelles administrations, à obtenir du financement et en menant des consultations communautaires. Elle devient aussi présidente de l’Administration financière des Premières Nations, une organisation qui offre un accès à des prêts à long terme et à faible taux d’intérêt.

En 2011, Jody Wilson-Raybould et son mari corédigent le BCAFN Governance Toolkit: A Guide to Nation Building, un recensement exhaustif des avenues possibles dans la négociation de l’autonomie gouvernementale. En 2012, elle est réélue à titre de chef régionale de l’APN, un mandat qu’elle occupe jusqu’à sa démission en juin 2015.

Ministre de la Justice

Après son élection comme députée libérale de la circonscription vancouvéroise de Granville en 2015, Jody Wilson-Raybould est assermentée ministre de la Justice et procureure générale du Canada. Elle devient ainsi la première Autochtone à occuper ce poste. Elle fait partie du cabinet politique du premier ministre Justin Trudeau jusqu’en février 2019. En tant que ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould joue un rôle clé dans l’élaboration et l’adoption de nouvelles lois. Après que la Cour suprême du Canada rejette, en 2015, la loi interdisant aux médecins d’aider leurs patients à mourir, elle mène les efforts pour présenter le projet de loi C-14, qui reçoit la sanction royale en juin 2016. La Loi sur l’aide médicale à mourir limite le suicide assisté aux adultes capables souffrant d’une maladie « grave et incurable » et dont le décès est « raisonnablement prévisible ».

En juillet 2017, Jody Wilson-Raybould publie une liste des 10 principes pour guider les efforts de réconciliation du gouvernement fédéral avec les peuples autochtones au Canada. Le premier principe stipule que « toutes les relations avec les peuples autochtones doivent être fondées sur la reconnaissance et la mise en œuvre de leur droit à l’autodétermination, y compris le droit inhérent à l’autonomie gouvernementale. »

Jody Wilson-Raybould présente aussi le projet de loi C-45, la Loi sur le cannabis, qui légalise l’achat, la production et la consommation de quantités limitées de cannabis récréatif pour les Canadiens de 18 ans et plus. La loi entre en vigueur le 17 octobre 2018 (voir Légalisation du cannabis au Canada).

Réformes juridiques et législatives

En avril 2017, Jody Wilson-Raybould présente le projet de loi C-46, qui réforme les lois canadiennes visant la conduite avec facultés affaiblies. Le projet de loi introduit de nouvelles infractions criminelles liées aux facultés affaiblies par les drogues, en plus de donner aux policiers le pouvoir accru de procéder à des contrôles de la concentration d’alcool dans l’haleine sur le bord des routes. Le projet de loi C-46 est d’ailleurs salué par certains comme l’une des réformes les plus complètes des 40 dernières années. Les changements apportés à la loi prennent effet en juin 2018.

Jody Wilson-Raybould introduit aussi le projet de loi C-16, qui ajoute l’identité de genre et l’expression de genre au nombre des motifs de discrimination illicites de la Loi canadienne sur les droits de la personne. Ce projet de loi, qui modifie le Code criminel pour augmenter les protections contre la propagande haineuse, reçoit la sanction royale en juin 2017.

En mai 2018, la ministre de la Justice dépose le projet de loi C-78, la première modification majeure des droits de la famille au Canada en 20 ans. La nouvelle loi aborde des enjeux comme la pauvreté infantile, la violence familiale et l’accès à la justice. Jody Wilson-Raybould introduit aussi le projet de loi C-51, la première mise à jour des lois sur les agressions sexuelles au Canada depuis 25 ans, entré en vigueur en décembre 2018.

En tant que ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould cherche à renforcer la transparence et la responsabilité des réformes juridiques et à changer la façon dont les juges sont nommés au Canada. Elle présente le projet de loi C-75, qui traite des retards du système de justice criminelle.

Affaire Colten Boushie

La ministre de la Justice soulève un tollé général le 9 février 2018 après avoir discuté d’un verdict douteux avec Justin Trudeau sur Twitter. Ce jour-là, un jury composé entièrement de personnes blanches en Saskatchewan déclare l’agriculteur blanc Gerald Stanley non coupable du meurtre par balles de Colten Boushie, un homme cri de 22 ans, qui est survenu en 2016. Sur Twitter, Justin Trudeau écrit qu’il ne peut s’imaginer « la douleur et la tristesse que la famille Boushie doit ressentir ce soir », tandis que Jodie Wilson-Raybould répond que « nous pouvons et devons faire mieux en tant que pays ».

Les politiciens de l’Opposition et de nombreux experts juridiques critiquent sévèrement les deux libéraux pour avoir insinué que le verdict du jury était mauvais et arguent que ce genre de commentaires mine la crédibilité du système de justice. Jody Wilson-Raybould, pour sa part, soutient que son commentaire ne s’applique pas directement au verdict, mais au fait que les tribunaux et les policiers en général doivent mieux traiter les peuples autochtones.

Démission du cabinet

Au cours du remaniement ministériel libéral de janvier 2019, Jody Wilson-Raybould devient ministre des Anciens combattants, un poste que beaucoup considèrent comme une rétrogradation. Le 12 février 2019, la politicienne quitte le cabinet de Justin Trudeau. Même si sa lettre officielle ne donne aucun motif de démission, elle y déclare qu’elle continuera à maintenir « une vision positive et progressiste du changement au nom de tous les Canadiens ».

Scandale SNC-Lavalin

Le départ de Jody Wilson-Raybould est suivi par des reportages journalistiques selon lesquels le Cabinet du premier ministre aurait exercé des pressions de la politicienne pour qu’elle s’ingère dans l’affaire fédérale contre SNC-Lavalin en demandant à des procureurs fédéraux de négocier une entente avec la société. L’entreprise québécoise est accusée d’avoir soudoyé des représentants du gouvernement libyen en 2015 pour obtenir des contrats de construction. Dans un article du Globe and Mail publié le 7 février 2019, des sources anonymes allèguent que Jody Wilson-Raybould a refusé la directive qui aurait donné à SNC-Lavalin une simple amende dans le cadre d’un accord de poursuite différé plutôt qu’un procès criminel.

Le 27 février 2019, lors d’un témoignage public accordé au comité parlementaire chargé d’enquêter sur le scandale, Jody Wilson-Raybould affirme qu’elle a tenté de faire cesser les interférences politiques « constantes et soutenues » du Cabinet et d’autres personnes dans le dossier, nommant l’indépendance de la branche judiciaire comme l’une de ses valeurs fondamentales. Elle dit aussi qu’elle croit que sa position dans cet enjeu a mené à son retrait du ministère de la Justice.

Ce témoignage pousse le parti d’opposition à exiger la démission du premier ministre Justin Trudeau ainsi que la mise sur pied d’une enquête publique ou pénale sur les actions du gouvernement dans le dossier. Justin Trudeau, quant à lui, se dit « complètement en désaccord » avec la version des événements livrée par Jody Wilson-Raybould. Le commissaire à l’éthique, Mario Dion, lance une enquête en février 2019. Il se concentre sur les pressions alléguées de Trudeau et du personnel du CPM.

Le 2 avril 2019, Justin Trudeau expulse Jody Wilson-Raybould et une autre ancienne ministre du Cabinet, Jane Philpott, du caucus libéral. Jane Philpott avait démissionné du Cabinet en raison de la façon dont le gouvernement a géré l’affaire SNC-Lavalin. Le 27 mai 2019, Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott annoncent toutes deux qu’elles chercheront se faire réélire comme candidates indépendantes aux élections fédérales d’octobre 2019.

Mario Dion publie son rapport en août 2019. Il révèle que Justin Trudeau a essayé d’influencer Wilson-Raybould de façon inappropriée afin d’accorder à SNC-Lavalin un accord de suspension des poursuites contrevenant ainsi à la Loi sur les conflits d’intérêts. Selon la Loi, une personne titulaire de charge publique ne peut pas utiliser sa position pour influencer la décision d’une autre personne afin de protéger ses propres intérêts ou ceux d’un tiers. Dans ce cas, cela aurait pu profiter à SNC-Lavalin en lui évitant une éventuelle condamnation au criminel. Si elle est reconnue coupable, la compagnie ne pourrait pas obtenir de contrats du gouvernement pendant une décennie.

Dans sa déclaration, Jody Wilson-Raybould se dit reconnaissante que le rapport a confirmé des faits de son témoignage. Mais elle reconnaît éprouver un sentiment de tristesse à l’égard de ce qu’elle considère comme ayant été une défaillance des valeurs essentielles et des principes du gouvernement.

Le saviez-vous?
Les diplômes en droit et les distinctions juridiques abondent dans la famille de Jody Wilson-Raybould. Son père, Bill Wilson, aide à modifier la Loi constitutionnelle de 1982 afin de consacrer les droits des Autochtones. Il est également le deuxième Autochtone à obtenir un diplôme de la faculté de droit de l’Université de la Colombie-Britannique en 1973, tout juste après son cousin germain, Alfred Scow (1961). Alfred Scow devient d’ailleurs le premier avocat autochtone de Colombie-Britannique et le premier juge autochtone assermenté à la cour provinciale de la province, un mandat qu’il occupe de 1971 à 1992.


Patrimoine

Ken Coates, un historien spécialisé dans les questions touchant les Premières Nations, voit Jody Wilson-Raybould comme « la politicienne fédérale autochtone la plus influente de l’histoire du Canada ». En tant que ministre de la Justice, elle tente d’obtenir une réconciliation véritable avec les peuples autochtones au pays. Selon elle, « l’avenir des peuples autochtones et de tous les Canadiens est intrinsèquement lié ».

Jody Wilson-Raybould a été appelée une des personnes les plus influentes de Vancouver et son nom s’est retrouvé fréquemment dans le palmarès « Power 50 » du Vancouver Magazine.

Bénévolat

Jody Wilson-Raybould a été directrice du Capilano College, de la Minerva Foundation for BC Women, du Nuyumbalees Cultural Centre et du Centre national pour la gouvernance des Premières Nations. Elle a aussi été directrice du Conseil consultatif des terres des Premières Nations et présidente de l’Administration financière des Premières Nations.

Prix et distinctions

  • Prix Minerva Foundation for BC Women (2011)
  • Prix des anciens élèves émérites, Université de Victoria (2012)
  • Décideur politique de l’année, Institut Macdonald-Laurier (2017)
  • Prix de leadership des femmes autochtones, Conseil canadien pour le commerce autochtone (2017)
  • International Women’s Day Honouree, Harvard Women’s Law Association (2018)
  • Prix du Citoyen de mérite, Mères contre l’alcool au volant (2018)

Liens externes