Ile Ste. Croix: la naissance de l'Acadie

Le 26 juin 1604, une centaine d’hommes qui naviguaient à bord de cinq vaisseaux français sont entrés dans la baie de Passamaquoddy, située à l’embouchure de la rivière Sainte-Croix, qui divise les territoires actuels du Nouveau-Brunswick et du Maine. C’est là qu’a débuté la colonisation permanente de l’Amérique du Nord par les Français, sur une petite île appelée Muttoneguis (ou encore Mutteneguamus, Metanegwis et Metnegwisby) par la population autochtone locale. Le territoire est plus tard renommé île Sainte-Croix par l’explorateur et gentilhomme français Pierre Dugua Sieur de Mons.



Au cours du siècle précédent, Jacques Cartier et d’autres explorateurs tentent d’établir des colonies sur l’île de Sable, le long du fleuve Saint-Laurent, et en Floride. Elles sont toutes éventuellement détruites, et les colons survivants retournent en France. À partir de l’île Sainte-Croix, les pionniers français fondent néanmoins d’autres colonies en Nouvelle-Écosse et au Québec, bâtissant ainsi une présence durable sur le continent.

Le cartographe Samuel de Champlain compte parmi les arrivants de l’expédition menée en 1604. C’est toutefois Pierre Dugua de Mons qui dirige cette jeune colonie, ayant obtenu l’assentiment royal afin d’exploiter le commerce de la fourrure en Amérique du Nord et d’établir la colonie de l’Acadie.

Pierre Du Gua de Monts (Pierre Dugua de Mons)
Monument de Pierre Du Gua de Monts, par Hamilton MacCarthy, érigé en 2007 sur l'avenue Saint-Denis, près de la Citadelle de Québec)
Samuel de Champlain (faux portrait))
Faux portrait de Samuel de Champlain, basé sur une gravure de Michel Particelli d’Émery créée par Balthazar Moncornet en 1654. Bien qu’elle soit fausse, cette image est devenue l’une des plus souvent associées à l’explorateur, dont il n’existe aucune autre image connue.

Tandis que Champlain entreprend l’exploration de la baie de Fundy et du littoral au sud jusqu’au Maine, de Mons et ses hommes défrichent la terre et construisent des habitations sur l’île Sainte-Croix.

La baie de Passamaquoddy est une source d’eau salée qui se montre généreuse à l’égard des Autochtones, qui y pêchent la palourde et la morue et y chassent le phoque et le marsouin le long de la côte à bord d’embarcations recouvertes de peau.

En fait, un petit groupe d’Etechemins, les ancêtres de ceux qui s’appellent aujourd’hui les Passamaquoddy, sert de guides aux nouveaux arrivants français lors de leur voyage dans la baie. D’après les journaux de bord de Champlain, des guides autochtones campent sur la pointe sud de l’île Sainte-Croix et travaillent dans les cuisines de la colonie cet été-là. On ne sait donc pas trop pourquoi les Français ne suivent pas l’exemple des Etechemins, qui évitent de s’isoler sur l’île pendant l’hiver. Cette décision, en effet, entraîne presque leur perte.

Cet hiver-là, la rivière se remplit de glaces flottantes, coupant les Français du continent. Près de la moitié des hommes y trouvent la mort, en raison du scorbut et d’une pénurie de vivres et de bois de chauffage. Au mois de mars suivant, ils sont secourus par les Autochtones de retour sur l’île avec du gibier frais, de l’eau et d’autres biens.

À l’été 1605, de Mons et Champlain démantèlent la colonie de Sainte-Croix pour la réinstaller à Port-Royal (Nouvelle-Écosse), de l’autre côté de la baie de Fundy.

En juin 2004, des centaines de personnes convergent vers le Nouveau-Brunswick. Elles se rassemblent sur un terrain dominant la petite île située au milieu de la rivière Sainte-Croix (et devenue un parc historique administré par les États-Unis), afin de souligner le 400e anniversaire de l’arrivée des Français dans le Nouveau-Monde. Un défilé de bateaux remonte lentement la rivière, en déployant de grands draps blancs semblables à des fantômes afin d’évoquer les voiles des premiers navires. La cérémonie inclut aussi des discours de l’ambassadeur des États-Unis au Canada, le regretté Paul Cellucci, du premier ministre Paul Martin et du chef de la nation Passamaquoddy au Nouveau-Brunswick, Hugh Akagi.