Gilbert Monture

Gilbert Clarence Monture (Big Feather), O.C., O.B.E. (Ordre de l’Empire britannique), ingénieur minier mohawk, fonctionnaire et officier militaire (né le 27 août 1895 dans la réserve des Six Nations, en Ontario ; décédé le 19 juin 1973 à Ottawa). Gilbert Monture fréquente l’université lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, le poussant à interrompre ses études pour s’enrôler dans l’armée canadienne. Après la guerre, il complète son diplôme et devient un ingénieur minier de renommée mondiale.



Enfance et éducation

Monture est l’arrière-petit-fils du célèbre chef mohawkJoseph Brant (Thayendanegea), qui lutte pendant des décennies pour les droits fonciers et l’indépendance de la Confédération des Six Nations (voirHaudenosaunee). Brant est aussi un guerrier qui combat du côté britannique pendant la guerre de Sept Ans et la guerre de l’Indépendance américaine (voirRévolution américaine : invasion au Canada). Gilbert Monture vient donc d’une famille ayant une riche tradition militaire.

Gilbert Monture fait partie d’une fratrie de huit frères et sœurs élevés dans une cabane en bois rond de deux pièces dans le canton de Tuscarora, dans le comté de Brant, en Ontario. À l’âge de 12 ans, il s’inscrit à l’école secondaire du district de Hagersville et commence à marcher huit kilomètres pour se rendre à l’école et en revenir. Il obtient son diplôme quatre ans plus tard et enseigne pendant deux ans dans la réserve des Six Nations. Son objectif est d’économiser suffisamment d’argent pour fréquenter l’ Université Queen’s de Kingston, en Ontario. Gilbert Monture s’inscrit à l’Université Queen’s pour étudier l’exploitation minière et la métallurgie en 1914, l’année même où la Première Guerre mondiale éclate.

Service miliaire : Première Guerre mondiale

En décembre 1917, Gilbert Monture quitte l’université pour se joindre au Corps expéditionnaire canadien comme artilleur de la 72e Batterie de l’Artillerie de campagne canadienne. Il compte déjà cinq mois de service au sein de l’unité, cumulé alors que la batterie est formée en vue de son service outre-mer. La batterie est organisée en mai 1916 pour fournir des recrues aux unités d’artillerie d’outre-mer, puisées parmi les étudiants et les diplômés de l’Université Queen’s. Gilbert Monture reste au service de la batterie jusqu’à ce qu’il soit déchargé le 30 avril 1918 pour se joindre au Corps royal du génie canadien.

Gilbert Monture reçoit son brevet de lieutenant le 1er mai 1918 au Dépôt d’instruction du génie à Saint-Jean, au Québec (maintenant Saint-Jean-sur-Richelieu). En juillet, il part pour la Grande-Bretagne. Il est stationné au camp Seaford, un grand camp sur la côte sud-est de l’Angleterre où vivent des milliers de soldats canadiens. En Grande-Bretagne, il sert au sein du Dépôt d’instruction du génie canadien et des 2e et 3e Bataillons de réserve du génie canadien, mais il n’est jamais transféré au combat sur le front occidental.

Après la fin de la guerre et alors qu’il se trouve encore en Grande-Bretagne, Gilbert Monture souffre de diverses conditions médicales qui l’empêchent de revenir plus tôt au Canada. En juillet 1919, il retourne enfin au Canada et est libéré du service militaire.

Gilbert Monture

Carrière de mineur

À son retour au Canada, Gilbert Monture reprend ses études à l’Université Queen’s. En 1921, il obtient un baccalauréat ès sciences en génie minier, devenant par le fait même l’un des premiers diplômés autochtones de l’université. En 1923, il est embauché par le ministère fédéral des Mines à Ottawa (appelé le ministère des Mines et des Ressources après 1936), où il travaille pendant 33 ans. Son premier poste est celui de rédacteur en chef d’une publication du département. En 1929, il a monté les échelons pour devenir chef de la Division de l’économie minérale de la branche des Mines du ministère.

Gilbert Monture retourne à ses racines militaires à temps partiel en 1935, se joignant à la milice à l’âge de 40 ans, à titre de fonctionnaire. Il sert pendant cinq ans comme lieutenant dans une unité de génie. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, en 1939, Gilbert Monture espère passer à la force active ; malheureusement, une blessure à la main causée par un accident minier antérieur l’empêche de s’enrôler.

Effort de guerre : Deuxième Guerre mondiale

Bien que Gilbert Monture n’ait pas le droit de porter l’uniforme, il fait en fin de compte d’énormes contributions à l’effort de guerre. Son ministère l’envoie temporairement au ministère des Munitions et de l’Approvisionnement, où il est adjoint exécutif du contrôleur des métaux. Au début de 1944, il est nommé cadre supérieur canadien de la Commission mixte de la production et des Ressources, formée du Canada, de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Travaillant à partir de la capitale américaine, Washington, D.C., il aide à allouer des minéraux stratégiques indispensables à l’effort de guerre. Pour son travail en temps de guerre, Gilbert Monture est nommé officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1946. Il apporte des contributions similaires à la planification stratégique des minéraux pendant la guerre de Corée et à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Gilbert Monture

Carrière dans la fonction publique d’après-guerre

Après la Deuxième Guerre mondiale, Gilbert Monture est nommé chef de la Division des ressources minérales de la branche des mines et de la géologie du ministère des Mines et des Ressources (nommé ministère des Mines et des Relevés techniques à partir de 1949). Il occupe ce poste pendant 10 ans (voirministère des Ressources naturelles). Au fur et à mesure que sa réputation grandit, Gilbert Monture est choisi comme représentant du gouvernement canadien au sein de plusieurs comités internationaux s’occupant de questions minières et économiques, y compris des comités du Commonwealth et des Nations Unies. Lorsqu’il prend sa retraite du gouvernement en 1956, il devient vice-président de Stratmat, une société privée canadienne d’exploration et de mise en valeur minières.

En 1960, Gilbert Monture devient l’un des membres fondateurs de l’Association des Indiens et des Esquimaux du Canada, une organisation autochtone nationale créée pour promouvoir la sensibilisation et la compréhension entre les peuples autochtones au Canada et les Canadiens non autochtones. En 1973, l’organisme est rebaptisé l’Association canadienne de soutien aux peuples autochtones. Il n’existe plus aujourd’hui.

À son alma mater, l’Université Queen’s, Gilbert Monture participe à l’organisation du premier service d’emploi universitaire pour étudiants au pays. Il est également membre du conseil de l’Université Queen’s et du conseil d’administration de la Queen’s Alumni Association (l’association des diplômés). En 1967, il est nommé officier de l’Ordre du Canada (OC) pour ses contributions à la fonction publique. De 1966 à 1973, il est également membre du conseil des gouverneurs de l’Université Trent.

Patrimoine

Gilbert Monture laisse un héritage durable à son peuple et à tous les Canadiens. En 1971, il participe à la fondation du programme d’études autochtones de l’Université Trent qui est devenue la Chanie Wenjack School for Indigenous Studies et offre des programmes de premier cycle, de maîtrise et de doctorat. À l’Université Trent, le salon Monture du Collège Otonabee et la maison Monture, près du Rubidge Hall, portent son nom. En outre, le laboratoire d’histoire orale Gilbert Monture est également créé en son honneur en 2015. Sa fille Barbara Monture Malloch, diplômée de l’Université Queen’s en 1947, crée quant à elle la bourse Gilbert Monture en génie autochtone à l’Université Queen’s en mémoire de son père.

Prix et honneurs

  • Ordre de l’Empire britannique (1946)
  • Prix d’excellence indienne, Indian Council Fire (premier récipiendaire au Canada) (1957)
  • Chef honoraire des Six Nations (Ohstoserakówa, signifiant « Grande Plume ») (1958)
  • Docteur honorifique en sciences, Université Western (1966)
  • Médaille Vanier, Institut d’administration publique du Canada (1966)
  • Officier, Ordre du Canada (1967)
  • Intronisé, Temple de la renommée des Indiens du Canada, Exposition nationale canadienne (1967)