Chaussure, industrie de la



Chaussure, industrie de la

L'industrie de la chaussure est le secteur de l'industrie manufacturière du Canada (voir FABRICATION INDUSTRIELLE) qui fabrique des chaussures pour tous les besoins : chaussures spécialisées pour l'industrie, chaussures pratiques, chaussures adaptées au climat rigoureux, pantoufles, chaussures de ville, mules et espadrilles de sport pour hommes, femmes et enfants.

Historique

L'industrie de la chaussure est l'une des plus anciennes du Canada. On ignore le nom de la première personne à avoir confectionné une paire de chaussures au Canada, mais on sait que François Byssot de Pointe-Lévy, au Québec, a construit la première tannerie en 1668. Byssot est soutenu par Jean TALON, qui lui avance la somme de 3268 livres pigée à même le trésor royal. La Compagnie des Indes occidentales y ajoute 1500 livres.

Le premier recensement canadien (1666) dénombre 20 fabricants de chaussures pour une population de 3215 habitants. En plus de combler les besoins de la colonie, l'industrie doit aussi équiper un régiment de soldats. Comme tous les cordonniers du monde, ceux du Canada utilisent une alène, un couteau recourbé, une aiguille et une forme de bois. Ils installent leur échoppe chez eux et emploient de quatre à cinq personnes.

Vers le milieu du XIXe siècle, l'introduction de la machine révolutionne la fabrication de la chaussure. On adapte la machine à coudre pour coudre les éléments de la chaussure. D'autres appareils sont mis au point pour couper, coller, clouer et vulcaniser les différentes parties de la chaussure.

Finalement, l'artisanat se transforme en industrie sophistiquées et très mécanisées. Le recensement de 1871 relève 4191 manufactures de chaussures au Canada. La majorité sont de petites échoppes qui font aussi la réparation. Avec l'arrivée d'un équipement mécanisé, bon nombre de ces petits fabricants sont forcés de fermer leurs portes en raison du coût élevé de la machinerie et de la construction d'usines.

L'industrie moderne

La consolidation a marqué l'industrie moderne. En 1950, les 292 usines de chaussure du Canada produisent 33,9 millions de paires de chaussures, évaluées à 111 millions de dollars. L'industrie emploie 20 785 travailleurs. En 1985, on dénombre 169 usines qui emploient 14 164 personnes et produisent 43 millions de paires de chaussures pour une valeur de 870 millions de dollars. L'industrie se concentre à Montréal, à Québec, à Toronto et dans la région de Kitchener-Cambridge, en Ontario. Environ 90 p. 100 des entreprises appartiennent à des Canadiens.

Parmi les plus connues d'entre elles, on retrouve Bastien Brothers Inc. de St-Émile, au Québec, fabricant de bottes d'hiver pour le marché nord-américain; Santana Inc. de Sherbrooke, fabricant de bottes d'hiver et de chaussures de ville pour femmes; Greb Industries, fabricant des patins Bauer; Hush Puppies et Kodiak, fabricants de bottes de travail et de randonnée; Kaufman Footwear de Kitchener, fabricant de chaussures imperméables, de bottes de sécurité et des chaussures d'hiver Sorel; Susan Shoe Industries Ltd., d'Hamilton, fabricant des chaussures de ville Cougar; et Tender Tootsies Ltd., l'un des plus prospères et des plus importants fabricants canadiens de chaussures pour femmes en matériel synthétique et à prix abordable. Bata Ltd. de Don Mills, en Ontario, est le siège social de la Bata Shoe Organization, la plus grande entreprise de fabrication et de commercialisation de chaussures au monde avec ses 192 entreprises réparties dans 61 pays.

En 1968, la fabrication de la chaussure connaît sa meilleure année avec 52,9 millions de paires. Ce chiffre chute à 43 millions en 1986, principalement à cause de l'afflux sur le marché canadien de chaussures importées de pays à revenus modiques. Le salaire moyen là-bas équivaut à un dixième de celui d'un travailleur canadien de la chaussure. Jusqu'au début des années 60, les importations ne comptent pas vraiment sur le marché canadien, mais de 6,8 millions de paires qu'elles étaient en 1972, elles grimpent à 75 millions en 1986, soit 63 p. 100 du marché canadien de la chaussure cette année-là. Les importations de l'Asie dominent dans les gammes bon marché et celles de l'Europe dans la chaussure de luxe.

La détérioration de la part canadienne du marché national pousse les fabricants de chaussures à solliciter la protection du gouvernement fédéral contre l'envahissement des importations. Selon eux, leur part actuelle du marché, soit moins de 50 p. 100, menace non seulement leur survie, mais aussi celle des industries connexes (p. ex. l'industrie du cuir) sans compter celle de nombreux fournisseurs. En réponse aux demandes des fabricants de chaussures, le gouvernement adopte des mesures de protection contre les importations en 1977 en imposant des quotas sur toutes les chaussures entrant au Canada. Ces quotas restent en vigueur jusqu'en décembre 1988.

Durant cette période de répit, l'industrie continue à introduire des techniques électroniques et d'automation et entreprend des programmes de restructuration pour faire face à la concurrence étrangère. L'industrie canadienne développe aussi des marchés d'exportation et accroît sa spécialisation dans la chaussure d'hiver, qui lui vaut déjà une réputation d'excellence.

Bien que les salaires aient plus que doublé au cours de la dernière décennie, ils demeurent inférieurs à ceux des autres industries manufacturières. Pour chaque dollar perçu des ventes de chaussures par les fabricants, la moitié paie les matériaux et un quart, la main d'oeuvre. Le solde (25 p. 100) couvre les frais d'administration et les profits.

Voir aussi APPRENTISSAGE; Thomas J. BATA; CUIR, TRAVAIL DU.