Éducation aux médias

L’éducation aux médias désigne l’habileté d’interpréter et de comprendre la façon dont fonctionnent les différentes formes de média ainsi que l’influence que ces médias peuvent avoir sur l’opinion des gens par rapport à une personne, un événement ou un débat de société. Être éduqué aux médias signifie comprendre que les médias sont des entités construites, que le public produit du sens à partir de ces constructions, que les médias ont tous des intérêts commerciaux, sociaux et politiques et que le contenu des médias dépend en partie de la nature de ceux-ci. L’éducation aux médias implique un esprit critique et une déconstruction active des médias que l’on consomme. Il s’agit aussi de comprendre son propre rôle en tant que consommateur et créateur de contenu, ainsi que la façon dont les gouvernements réglementent les médias.

L’éducation aux médias désigne l’habileté d’interpréter et de comprendre la façon dont fonctionnent les différentes formes de média ainsi que l’influence que ces médias peuvent avoir sur l’opinion des gens par rapport à une personne, un événement ou un débat de société. Être éduqué aux médias signifie comprendre que les médias sont des entités construites, que le public produit du sens à partir de ces constructions, que les médias ont tous des intérêts commerciaux, sociaux et politiques et que le contenu des médias dépend en partie de la nature de ceux-ci. L’éducation aux médias implique un esprit critique et une déconstruction active des médias que l’on consomme. Il s’agit aussi de comprendre son propre rôle en tant que consommateur et créateur de contenu, ainsi que la façon dont les gouvernements réglementent les médias.


Icônes de médias

Société d’information

Le développement rapide et la prolifération des technologies de l’information et des communications (TIC) au tournant du 21e siècle pavent la voie à une société nouvelle. Dans cette société d’information, la production et le partage d’information sont des éléments-clés qui façonnent la vie sociale et l’économie.

Alors que la première moitié du 20e siècle voit la forme dominante de production économique passer de l’agriculture à l’industrie, la deuxième moitié est marquée par un glissement vers la production, la distribution et la manipulation de l’information. Ces changements créent ce que beaucoup appellent la société post-industrielle, caractérisée par une « économie du savoir », ou « économie numérique ».

Dans les années 1950 et 1960, la technologie et les systèmes informatiques sont de plus en plus considérés comme essentiels à la création des richesses et à l’orientation du développement social. Dans la même veine, Marshall McLuhan, théoricien canadien spécialisé dans les communications, s’est penché sur la façon dont les médias numériques ont étendu les perceptions humaines et éliminé les barrières de l’espace-temps pour créer l’expérience du « village mondial » (voir aussiMondialisation).

Il n’y a pas si longtemps, les gens utilisaient des postes de télévision et de radio, achetaient des journaux et des magazines papier, possédaient une machine capable seulement d’émettre et de recevoir des appels téléphoniques, allaient au cinéma et jouaient à des jeux vidéo depuis une console. De nos jours, un pourcentage toujours plus grand de Canadiens, en particulier les plus jeunes, accèdent à tous ces médias par l’intermédiaire de leur téléphone, de leur tablette ou de leur ordinateur. Similairement, le rôle des sociétés de médias dans la création de contenu a changé. Samsung, par exemple, n’a aucune influence sur le choix des émissions que l’on regarde sur leurs téléviseurs. Sur des plateformes comme Facebook, Twitter ou YouTube, par contre, les algorithmes jouent un rôle énorme dans la détermination du contenu qui apparaît dans le flux, même s’il provient de sources traditionnelles.

Il devient donc crucial pour les gens de développer une compréhension de la façon dont les médias fonctionnent et affectent les gens, consciemment et inconsciemment. Comme l’explique Cathy Wing, codirectrice générale de l’organisme d’éducation aux médias MediaSmarts : « Les jeunes Canadiens ne sont plus seulement des consommateurs passifs de médias, ils sont aussi diffuseurs. Il est plus difficile que jamais de faire la différence entre l’information exacte et la publicité, la désinformation et la parodie, et il est facile pour chacun d’entre nous de diffuser par inadvertance de fausses informations » (voir aussiFausses nouvelles [ou désinformation] au Canada).


Concepts-clés dans l’éducation aux médias

Selon l’organisme MediaSmarts, il existe cinq concepts-clés qui aident à mieux comprendre les médias : 1) les médias sont des entités construites ; 2) le public produit du sens ; 3) tous les médias ont des intérêts commerciaux ; 4) tous les médias ont des intérêts sociaux et politiques ; et 5) le contenu des médias dépend en partie de la nature de ceux-ci.

Les médias sont des entités construites

Être éduqué aux médias, c’est comprendre que chaque parcelle des médias est une construction. Chaque émission de télévision, chaque vidéo en ligne et chaque article partagés sur les médias sociaux ont été pensés, créés et distribués par une foule de personnes. Pensez-y comme on penserait à un édifice : lorsqu’il est en construction, les ouvriers, les échafauds, les outils et le matériel utilisés pour le créer sont tous visibles. Lorsque la construction est achevée et que l’édifice ouvre ses portes, toutes ces choses disparaissent. Le processus de création d’un média est similaire, et un consommateur averti sait qu’il doit toujours garder ces faits en tête.

Le public produit du sens

Les gens ont des préjugés conscients et inconscients qui influencent leur prise de décisions. Devant une déclaration faite à propos d’un enjeu controversé, il faut se demander ce que cette déclaration implique et qui elle implique, ce qu’elle omet ou qui elle omet, et quelles hypothèses les créateurs ont pu émettre. L’éducation aux médias implique une déconstruction active du média que l’on consomme. Demandez-vous : qui l’a produit ? Pourquoi l’ont-ils produit ? Quelles croyances les créateurs y véhiculent-ils ?

Comme il faut deux mains pour applaudir, dans le cas des médias, le créateur et le public font la paire. Il est essentiel d’évaluer de façon critique les idées préconçues et les préjugés qui pourraient guider une opinion, ainsi que les façons dont l’âge, le sexe, l’ethnie, la nationalité ou les croyances personnelles peuvent mener à certaines conclusions. Est-ce qu’une personne dans une situation différente verrait la situation de la même manière ?

Intérêts commerciaux des médias

Les médias sont étroitement liés aux entreprises et aux gens qui cherchent à faire de l’argent. Lorsque des publicités sont diffusées pendant une émission de télévision ou avant des vidéos en ligne, nous sommes conscients qu’on tente de nous vendre des choses. Mais qu’en est-il de la plateforme et de la distribution elle-même ? Les réseaux sociaux comme Snapchat, YouTube et Facebook sont tous gérés par des entreprises qui peuvent manipuler ce que l’on voit afin de maximiser les profits.

Demandez-vous toujours comment une entreprise peut faire de l’argent avec votre consommation de médias. S’il n’a pas de but commercial clair, le créateur veut-il vous faire adhérer à un point de vue politique ou religieux ? Comment ces facteurs influencent-ils ce que vous consommez ?

Intérêts sociaux et politiques des médias

Lorsque vient le temps de prendre de grandes décisions comme choisir pour qui voter aux élections, le fait est que la plupart des gens ne rencontreront probablement jamais les candidats. Cela signifie que tout ce qu’ils savent d’eux est « modéré » par la télévision, la radio, l’internet, etc. Demandez-vous : qui est présenté de façon positive ? Qui est présenté sous une lumière négative ? Pourquoi a-t-on créé le média que vous consommez de cette manière ? À quelles conclusions veut-on que vous arriviez ?

Lorsque vous avez répondu à ces questions, essayez de trouver les techniques que les médias utilisent pour arriver à leurs fins. Un jeu vidéo peut le faire en choisissant qui sont les méchants, alors qu’un film peut utiliser les angles de caméra ou l’éclairage pour rendre certaines personnes plus attirantes que d’autres.

La nature des médias détermine leur contenu

Marshall McLuhan parle souvent des différences entre les médias « chauds » ou « froids ». Les médias chauds incluent la radio ou les médias papier, caractérisés par une faible implication sensorielle pour le consommateur. Les médias froids comprennent la télévision et les téléphones, où les sens du consommateur sont plus directement stimulés. C’est à Marshall McLuhan, décédé en 1980, que l’on doit la phrase célèbre : « le médium est le message ». C’est qu’il veut dire, c’est que la plateforme sur laquelle on consomme du contenu façonne ce contenu si profondément qu’elle crée une nouvelle forme de conscience.

Les médias en ligne basculent constamment entre ces modes chaud et froid. Faire défiler le fil de ses réseaux sociaux, par exemple, peut impliquer de communiquer avec les autres, de regarder des vidéos, d’écouter des baladodiffusions ou de lire des articles d’actualité. Certains contenus sont fabriqués par vos amis et votre famille et d’autres par des entreprises ou des partis politiques, mais tout se déroule et est mis à niveau sur la même plateforme et le même dispositif. Le réseau social, désormais, est le message.

Convergence des médias et intégration verticale

À mesure que nos communications sont filtrées par les médias, il est important de réfléchir à la propriété des médias. Même les sociétés médiatiques contrôlées par le gouvernement, comme CBC/Radio-Canada, dépendent fortement des sociétés privées comme Google et Instagram pour distribuer leur contenu aux consommateurs.

Les sociétés médiatiques privées peuvent acquérir d’autres entreprises qui offrent des services semblables (voirPropriété des médias). Elles peuvent aussi se consolider en entités gigantesques en devenant propriétaires d’entreprises qui accomplissent d’autres parties du travail médiatique. C’est ce qu’on appelle la convergence des médias. Une société unique peut ainsi posséder une entreprise créatrice de contenu, une autre entreprise qui distribue ce contenu, une autre entreprise qui en fait la critique ou la promotion, une autre entreprise qui fabrique des produits dérivés à partir de ce même contenu, que d’autres entreprises distribuent et vendent, et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelle l’intégration verticale. Elle permet aux sociétés de simplifier et de contrôler les processus de production et de vente de contenus, tout en camouflant leur rôle dans ces processus aux yeux des consommateurs.

La société Walt Disney, par exemple, possède des parcs d’attractions et des films sous la bannière Disney. Elle possède aussi, en tout ou en partie, les sociétés de production 21st Century Fox et Pixar, les marques Marvel et Star Wars, et plusieurs réseaux de télévision comme ESPN, A&E, Lifetime, The History Channel et Viceland. Du côté des médias sociaux, Facebook déclare que des milliards de personnes utilisent son site régulièrement, et la société est aussi propriétaire d’Instagram, de Whatsapp et d’Oculus VR, ce qui lui donne une portée immense.

Supervision gouvernementale

Il est important de comprendre le rôle que joue le gouvernement dans la réglementation des médias et de la propriété des médias. Au Canada, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) est un tribunal administratif qui réglemente et supervise les systèmes de radiodiffusion et de télécommunications au Canada. Son mandat est de veiller à ce que la radiodiffusion et les télécommunications servent le public canadien. Il rend compte au Parlement par l’entremise du ministère du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme. Cela étant dit, à l’heure actuelle, il ne réglemente pas les sites web, les journaux et les magazines, ni la qualité ou le contenu des émissions de radio et de télévision. Le CRTC délivre des permis qui permettent aux entreprises de diffuser au Canada et d’exploiter le réseau téléphonique. Il prend également des décisions en matière de fusions, d’acquisitions et de changements de propriétés dans le secteur de la radiodiffusion, en plus d’encourager la concurrence.

Le CRTC cherche à s’assurer que les Canadiens peuvent créer du contenu sur les plateformes qu’il supervise, et que ce contenu reflète les langues et cultures canadiennes ainsi que les préoccupations des peuples autochtones. Un des outils utilisé en ce sens est le quota relatif au contenu, qui oblige les radios à diffuser un certain pourcentage de musique canadienne et les réseaux de télévision à présenter les nouvelles locales et des émissions produites au pays. C’est que l’on appelle le contenu canadien (surnommé « CanCon » en anglais).

Esprit critique et évaluation des sources d’information

L’esprit critique (ou la pensée critique) signifie analyser l’information de façon objective afin d’en juger la pertinence. Selon le Critical Thinking Consortium, « l’esprit critique est une façon d’accomplir ces tâches de réflexion, tout comme la prudence est une façon de descendre les escaliers. »

Faire preuve d’esprit critique signifie aussi établir des critères clairs pour la prise d’une décision. Poser une question comme « Quelle est la meilleure équipe de hockey ? » ne donnera jamais de réponses objectives. Il faut y inclure des critères clairs, comme le nombre de victoires de la coupe Stanley, pour obtenir une réponse mesurée (dans ce cas-ci, la réponse serait les Canadiens de Montréal). Ces critères peuvent varier — par exemple, en ajoutant le nombre de parties gagnées, le nombre de buts marqués ou le nombre de partisans par équipe — afin de raffiner les résultats et d’obtenir une réponse plus convaincante et plus objective.

Une autre façon d’utiliser son esprit critique dans le cadre des médias est d’utiliser le test « CRAP ». En anglais, l’acronyme correspond aux mots currency (actualité), reliability (fiabilité), authority (autorité) et purpose/point of view (objectif/point de vue). Dans l’analyse d’un média, donc, le « CRAP » consiste à poser les questions suivantes :

  1. À quel point l’information est-elle actuelle ? A-t-elle été mise à jour récemment ? Tient-elle compte des nouvelles avancées ou des derniers événements importants ? Est-elle assez récente pour les besoins de votre recherche ?
  2. À quel point l’information est-elle fiable, ou crédible ? Qui est la source première de cette information ? A-t-elle été évaluée par les pairs ? Y a-t-il une bibliographie ou une liste de références permettant de vérifier les sources ?
  3. L’auteur de cette information est-il crédible ? Est-il une personne ou une organisation bien établie dans le domaine dont il est question ? Est-il possible de contacter l’auteur pour vérifier ses affirmations ? L’auteur est-il associé à une maison d’édition ou à un commanditaire, et, si oui, quelles sont leur réputation et leur expérience dans le domaine dont il est question ?
  4. L’objectif ou le point de vue de l’auteur est-il objectif ou subjectif ? L’information est-elle présentée de façon à convaincre ou à promouvoir certains intérêts ? L’information peut-elle être vérifiée en faisant des renvois à d’autres sources ?

Il faut toujours faire preuve d’esprit critique lorsqu’on cherche la réponse à une question. Quels résultats sont en fait des publicités et quelles sources sont indépendantes ? Ces sources adhèrent-elles ou sont-elles associées à un programme politique ? Toujours évaluer la source, c’est se permettre de tirer ses propres conclusions.


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