Chrystia Freeland

Christina Alexandra Freeland, surnommée Chrystia, politicienne, journaliste, rédactrice en chef et écrivaine, vice-première ministre du Canada depuis 2019 (née le 2 août 1968 à Peace River, en Alberta). Chrystia Freeland, députée libérale de la circonscription University—Rosedale, est l’actuelle vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales. Elle a également été ministre des Affaires étrangères, du Commerce international, un poste dans le cadre duquel elle s’est surtout fait connaître pour avoir piloté la renégociation de l’Accord de libre‑échange nord‑américain (ALENA), et pour avoir géré des situations complexes, mettant en jeu les relations du Canada avec l’Ukraine, la Russie, l’Arabie Saoudite et la Chine. Journaliste primée et rédactrice en chef, elle est l’auteure d’ouvrages tels que Plutocrats: The Rise of the New Global Super Rich and the Fall of Everyone Else.



Chrystia Freeland

Chrystia Freeland à la conférence de Munich sur la sécurité, le 16 février 2018.

(avec la permission de Wikimedia)

Famille et jeunesse

Chrystia Freeland naît à Peace River, en Alberta, de Donald Freeland, avocat et agriculteur, et de Halyna Chomiak, son épouse. Gerald Baldwin, son grand‑oncle du côté paternel, député progressiste‑conservateur, est considéré comme « le père et le grand‑père » de la Loi sur l’accès à l’information.

Sa mère, Halyna, Canadienne d’origine ukrainienne, naît en Allemagne dans un camp de réfugiés géré par l’armée américaine, ses propres parents ayant fui l’Ukraine après la signature du pacte de non‑agression germano‑soviétique de 1939. En 1988, elle se présente au Parlement, sous la bannière du Nouveau Parti Démocratique (NPD), dans la circonscription d’Edmonton Strathcona. Elle dirige également une coopérative féministe socialiste.

Chrystia Freeland accorde une grande importance à son héritage ukrainien. Dans son premier discours à la Chambre des communes le 27 janvier 2014, elle déclare : « Ma mère est née dans un camp de réfugiés. À l’instar de bien d’autres Canadiens d’origine ukrainienne, ses parents, ses trois sœurs et elle‑même étaient ravis de trouver refuge au Canada. Ils éprouvaient tellement de gratitude et d’émerveillement à l’égard du Canada […] »

Formation

Chrystia Freeland est scolarisée à l’école intermédiaire T.A. Norris de Peace River, puis à l’école du second degré classique Old Scona à Edmonton, en Alberta. Elle obtient une bourse pour suivre les cours du United World College of the Adriatic, en Italie, de 1984 à 1986. Elle étudie ensuite l’histoire et la littérature russes à l’université de Harvard, effectuant notamment, dans ce cadre, un échange étudiant à Kiev, juste avant la chute du mur de Berlin. En 1993, en tant que boursière de la Fondation Cecil Rhodes, elle obtient une maîtrise en études slaves du St Antony’s College de l’Université d’Oxford.

Journaliste et auteure

Chrystia Freeland débute dans le journalisme en tant que journaliste indépendante basée en Ukraine pour le Financial Times, The Economist et le Washington Post. Elle devient ensuite correspondante pour l’Europe de l’Est du Financial Times et dirige le bureau du journal à Moscou. De 1999 à 2001, elle occupe le poste de rédactrice en chef adjointe du Globe and Mail, avant de retourner au Financial Times en tant que rédactrice en chef adjointe et directrice de la rédaction du bureau américain. En 2010, elle intègre Thomson Reuters en tant que directrice générale et rédactrice en chef de la section des informations aux consommateurs.

En 2000, Chrystia Freeland sort son premier livre, Sale of the Century: Russia’s Wild Ride From Communism to Capitalism. L’ouvrage analyse, en détail, le conflit entre les oligarques et les jeunes réformateurs dans l’économie postcommuniste. En 2013, elle publie Plutocrats: The Rise of the New Global Super Richand the Fall of Everyone Else, un ouvrage largement salué pour l’analyse incisive qu’il propose du phénomène de la concentration des richesses. Le livre remporte le prix Lionel‑Gelber 2013 et le National Business Book Award. Le Guardian en parle comme d’un « livre absolument nécessaire », tandis que le National Post, un journal plutôt conservateur, indique qu’il s’agit « d’un compte‑rendu clair des implications sociales et politiques de l’existence d’une classe de super‑riches détenant une part croissante de la richesse mondiale ». En 2013, l’auteure donne une conférence TED, très largement suivie, sur les inégalités en matière de revenus à l’échelle planétaire.

Élection au Parlement

Chrystia Freeland rencontre le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, lors d’une séance de dédicaces en 2013. Après la démission de Bob Rae de son siège de député de la circonscription de Toronto‑centre en juin, l’équipe du futur premier ministre réussit à la convaincre de se présenter, sous la bannière libérale, lors de l’élection partielle qui s’ensuit. Bien que réticente au départ, elle se laisse finalement convaincre par l’idée de servir son pays. Elle explique : « Dans toutes nos conversations, l’idée de service public était très importante pour [Justin Trudeau], tout comme pour moi. »

Lors de l’élection partielle fédérale du 25 novembre 2013, Chrystia Freeland bat, avec 17 194 voix, soit 49,4 % des suffrages, la candidate du NPD, la journaliste Linda McQuaig, qui obtient, quant à elle, 12 640 voix, soit 36,3 % des votes.

À la suite d’un redécoupage des circonscriptions à l’occasion des élections fédérales de 2015, la députée se présente à sa propre réélection dans la nouvelle circonscription de University—Rosedale. Chrystia Freeland l’emporte une nouvelle fois, avec 49,8 % des votes et plus de 11 000 voix d’avance, sur une candidate du NPD, Jennifer Hollett.

Chrystia Freeland

Chrystia Freeland et le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, au rassemblement de Chrystia Freeland à Toronto, en Ontario (2 octobre 2013).

Ministre du Commerce international

Immédiatement après les élections de 2015, Chrystia Freeland intègre le Cabinet en tant que ministre du Commerce international. À cette époque, elle est nommée dans la liste des 50 personnalités les plus influentes de Toronto par le magazine Toronto Life.

En 2016, Chrystia Freeland participe aux négociations de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne. Elle déclare, à cette occasion : « Le Canada a l’intention d’être un chef de file en matière de principes guidant les investissements internationaux au 21e siècle, et nous chercherons, à l’avenir, à accroître notre collaboration avec des partenaires ayant des vues similaires. »

L’accord avec l’Europe est toutefois sur le point d’échouer, en raison de l’opposition de la région belge de Wallonie. Après de longues négociations, Chrystia Freeland décide de quitter les négociations. Elle indique alors : « Nous avons décidé de rentrer chez nous! Je suis très triste. Je me suis, émotionnellement, fortement investie dans ce domaine. » En dépit de cette situation difficile, elle réussit, avec le premier ministre Justin Trudeau, à négocier une entente.

En février 2016, Chrystia Freeland signe l’adhésion du Canada au Partenariat transpacifique. Toutefois, cet accord devient caduc lorsque les États‑Unis, sous la présidence de Donald Trump, s’en retirent.

Renégociation de l’ALENA

Début 2017, le cabinetlibéral est remanié, probablement en réponse à l’élection de Donald Trump aux États‑Unis. Chrystia Freeland est promue ministre des Affaires étrangères, tout en conservant le portefeuille des échanges entre le Canada et les États‑Unis, comprenant la renégociation de l’Accord de libre‑échange nord‑américain (ALENA).

Les négociations avec le nouveau gouvernement américain, extrêmement versatile, s’avèrent tendues. Chrystia Freeland s’ouvre, en ces termes, de la situation à un journaliste : « C’est le gouvernement américain le plus protectionniste depuis les années 1930! » En réponse, elle met en place un comité consultatif bipartite comprenant des politiciens conservateurs.

Les États‑Unis présentent un certain nombre d’exigences constituant des « pilules empoisonnées », inacceptables aussi bien pour le Canada que pour le Mexique. Le Canada, quant à lui, cherche à obtenir des exemptions en matière de droits de douane sur certains produits, tels que l’acier. Ces longues négociations permettent à la ministre de mieux se faire connaître à l’étranger, son profil dans le magazine Maclean’s la décrivant comme une personnalité « extrêmement brillante et coriace, qui ne se laisse pas impressionner et n’est pas prête à se laisser marcher sur les pieds ». Les négociations sur les droits de douane dans l’industrie automobile s’avèrent particulièrement difficiles, les États‑Unis et le Canada s’imposant mutuellement, comme mesures de rétorsion, des droits de douane sur des articles tels que les voitures, le whisky et le ketchup.

Le 27 août, le président américain Donald Trump annonce l’exclusion du Canada par les États‑Unis et par le Mexique, provoquant ainsi une certaine panique. En dépit de ce contexte particulièrement délicat, Chrystia Freeland et le négociateur américain, Robert Lighthizer, réussissent à conclure une entente avant la date limite du 30 septembre. La nouvelle entente, baptisée Accord États‑Unis–Mexique–Canada (AEUMC), contient de nouvelles dispositions concernant le droit d’auteur intellectuel et ouvre le marché canadien des produits laitiers aux producteurs américains.

Les négociations conduites par la ministre valent à cette dernière un grand respect de la part du négociateur américain Robert Lighthizer, qui explique en substance : « Elle a accompli un travail extraordinaire pour le Canada. »

En mai 2019, Chrystia Freeland renouvelle les pressions sur les États‑Unis, pour qu’ils suppriment les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens. Le 17 mai, le gouvernement américain accepte de mettre fin à ces droits de douane, le Canada levant à son tour ses propres contremesures.

Chrystia Freeland Chrystia Freeland en Ukraine, le 22 décembre 2017.(avec la permission du Cabinet ukrainien / Wikimedia Creative Commons)

Affaires étrangères : Ukraine et Russie

Chrystia Freeland se montre, avant même de faire partie du Cabinet, très critique vis‑à‑vis du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, considéré, par beaucoup, comme un pion de la Russie. Dans la même veine, elle juge défavorablement les activités militaires russes en Ukraine et en Crimée. En 2014, elle écrit, dans un article paru dans le Globe and Mail : « Le Canada devrait imposer des sanctions personnelles contre M. Ianoukovitch et contre ses partisans, et geler leurs avoirs. » Après que le Canada a imposé des sanctions économiques et des interdictions de voyage à des dirigeants ukrainiens et russes, le gouvernement russe exerce des représailles en décidant de sanctions à l’encontre de 13 personnalités canadiennes, dont Chrystia Freeland.

En 2017, Chrystia Freeland est le fer de lance de la Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants étrangers corrompus, autorisant le gouvernement à imposer, à ceux qui violent les droits de la personne et qui sont impliqués dans des affaires de corruption, un gel de leurs avoirs et une interdiction de voyager. Ce texte législatif est perçu comme une réponse directe à des activités présumées de la Russie, notamment les meurtres d’Alexander Litvinenko et de Boris Nemtsov, datant respectivement de 2006 et de 2015.

En 2017, lors de la publication d’articles révélant que le grand‑père ukrainien de Chrystia Freeland avait été rédacteur en chef d’un journal antisémite pendant la Deuxième Guerre mondiale, la ministre laisse entendre qu’il s’agit là de tentatives du gouvernement russe pour la discréditer. Elle souligne également qu’elle connaissait ces faits depuis plus de deux décennies et qu’elle les avait reconnus dans un article universitaire.

Les tensions avec la Russie se poursuivent en mars 2018, lorsque le Canada, à l’instar d’autres pays, expulse des diplomates russes après l’empoisonnement d’un ancien espion au Royaume‑Uni.

Chrystia Freeland

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, à la réunion annuelle du Forum économique mondial 2018 à Davos, en Suisse (25 janvier 2018).

Affaires étrangères : autres pays

En septembre 2017, Chrystia Freeland est la première dirigeante occidentale à assimiler l’oppression dont sont victimes les Rohingyas musulmans au Myanmar à un génocide, qualifiant la situation de « nettoyage ethnique ». En juillet 2018, elle collabore, avec le Royaume‑Uni et avec l’Allemagne, pour évacuer un certain nombre de casques blancs syriens, membres de la défense civile, qu’elle qualifie de « courageux bénévoles », en vue de leur réinstallation dans d’autres pays. À l’inverse, la ministre et le gouvernement libéral sont sous le feu des critiques pour ne pas avoir soutenu, plus activement, la minorité ouïgoure du Xinjiang, dans le nord‑ouest de la Chine. Le gouvernement chinois est alors accusé de réprimer des militants comme Huseyincan Celil, qu’il maintient sous les verrous.

Fin 2018, les relations entre le Canada et la Chine commencent à se détériorer. Le 1er décembre 2018, les autorités canadiennes arrêtent un citoyen chinois, Meng Wanzhou, dirigeant de Huawei, à la demande du gouvernement américain. Chrystia Freeland défend cette décision, affirmant qu’elle est « conforme à nos obligations internationales ». Cette affaire débouche sur un conflit diplomatique prolongé entre la Chine et le Canada.

À cette époque, les relations avec l’Arabie saoudite se tendent également. Le 2 août 2018, Chrystia Freeland appelle, sur Twitter, à la libération du blogueur saoudien emprisonné Raif Badawi et de sa famille. Ce message conduit le gouvernement saoudien à suspendre les relations diplomatiques avec le Canada et à mettre un terme aux accords commerciaux bilatéraux. Après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, en octobre 2018, la ministre condamne la probable participation, dans cette opération, de membres du gouvernement saoudien. En novembre, elle annonce des sanctions à l’encontre de 17 citoyens saoudiens soupçonnés d’être liés à cet assassinat. En janvier 2019, la ministre fait une apparition à Toronto, pour accueillir l’adolescente saoudienne Rahaf Mohammed Alqunun à laquelle le Canada avait accordé le statut de réfugiée après qu’elle eut fui des violences présumées dans son pays d’origine.

En 2018 et en 2019, Chrystia Freeland prend également une position ferme contre le gouvernement socialiste de Nicolás Maduro au Venezuela, en appuyant son adversaire Juan Guaidó et en imposant des sanctions. Certains observateurs critiquent cette position comme constituant une ingérence géopolitique.

Élections fédérales de 2019

Chrystia Freeland est réélue députée libérale de la circonscription d’University-Rosedale le 21 octobre 2019. Sa victoire est convaincante, puisqu’elle obtient plus de la moitié des votes dans la circonscription de Toronto. Toutefois, le Parti libéral perd une partie de son appui parmi l’électorat dans la plupart des provinces et remporte 157 sièges au total, ce qui lui permet de former un gouvernement minoritaire. En novembre 2019, Chrystia Freeland est nommé vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales.

Vie personnelle

Chrystia Freeland rencontre son partenaire, le journaliste d’investigation au New York Times Graham Bowley, alors qu’elle‑même travaille au Financial Times. Le couple a trois enfants, Natalka, Halyna et Ivan, et vit dans la circonscription de Toronto, dont la ministre est députée.

Prix et distinctions

  • Prix Lionel‑Gelber (2013)
  • National Business Book Award (2013)
  • Prix Erik‑M.‑Warburg (2018)