Canada et Australie

Le Canada et l'Australie sont de grands pays, hautement industrialisés et urbanisés mais peu peuplés, dont le niveau de vie est lié à l'exportation de produits provenant des ressources naturelles.

Canada et Australie

Le Canada et l'Australie sont de grands pays, hautement industrialisés et urbanisés mais peu peuplés, dont le niveau de vie est lié à l'exportation de produits provenant des ressources naturelles. Les deux pays accèdent au statut de dominion autonome au sein de l'Empire britannique (le Canada en 1867, l'Australie en 1901) en tant que fédérations d'anciennes colonies britanniques et leurs structures parlementaires de gouvernement fédéral sont comparables. Leur économie repose sur une immigration importante et les deux pays éprouvent une menace à leur culture à la suite de la pénétration de leur économie par des investisseurs étrangers. Leurs inquiétudes à l'endroit de ces derniers sont néanmoins subordonnées au maintien d'alliances militaires avec des pays qui sont aussi leurs partenaires commerciaux.

En 1941, le premier ministre Robert Menzies est le premier chef d'État australien à visiter le Canada. Plus tard, la visite de Pierre Trudeau en Australie, en 1970, qui marque un précédent semblable, permet une meilleure reconnaissance publique d'intérêts mutuels et de préoccupations communes et l'accroissement des contacts entre les deux pays, particulièrement en matière de commerce et de technologie. Au début de 1984, l'ancien gouverneur général Edward SCHREYER devient haut commissaire du Canada en Australie.

Les premières relations entre les colonies sont sporadiques et le plus souvent accidentelles. Le mouvement se fait surtout du Canada vers l'Australie, avec Londres, en Angleterre, comme base commune. James COOK, grâce à l'expérience de la navigation qu'il acquiert dans le golfe Saint-Laurent durant la GUERRE DE SEPT ANS , est nommé commandant du HMS Endeavour, à bord duquel il réalisera le levé de la côte Est de l'Australie, en 1770.

En 1788, la première colonie de Sydney Cove comprend des officiers ayant acquis de l'expérience en Amérique du Nord, surtout à Halifax. Quatre des six premiers gouverneurs de la Nouvelle-Galles du Sud (John Hunter, Philip King, Lachlan Macquarie et sir Thomas Brisbane) servent en Amérique du Nord britannique. Un cinquième, William Bligh, accompagne Cook jusque sur la CÔTE DU NORD-OUEST lors de son troisième voyage. Plus tard, les gouverneurs australiens sir George Gipps, sir Charles FitzRoy et sir William Denison connaissent aussi l'Amérique du Nord. La colonie de Sydney est le seul lien de George VANCOUVER avec les autorités britanniques de 1791 à 1794, lorsqu'il négocie avec les Espagnols dans le DÉTROIT DE NOOTKA et fait le levé de la Côte du Nord-Ouest.

Au Canada et en Australie, l'expansion vers l'ouest est en grande partie le fait de compagnies se consacrant à l'exploitation de la capacité du pays à produire des articles de première nécessité : l'Australian Agricultural Co et la Van Diemen's Land Co vendent de la laine, tandis que la COMPAGNIE DU NORD-OUEST et la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON cherchent des fourrures. La colonisation est menée en partie par des COMPAGNIES DE COLONISATION comme la South Australia Co et la West Australian Co et, au Canada, par la BRITISH AMERICAN LAND COMPANY et la CANADA COMPANY. Des toponymes semblables (voir TOPONYMIE) témoignent de l'héritage commun des colons britanniques et indiquent de proches liens ancestraux ou la perception par les colons de ressemblances entre les paysages du nouveau pays et ceux de l'ancien.

Après les RÉBELLIONS DE 1837 au Canada, un certain nombre de rebelles sont envoyés en exil. Sur l'ordre de George Arthur, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada et, précédemment, de Van Diemen's Land (Tasmanie), 91 partisans de William Lyon MACKENZIE sont déportés vers Van Diemen's Land. À Hobart, un monument commémore leur pardon et leur retour. Cinquante-huit partisans de Louis-Joseph PAPINEAU sont transportés en Nouvelle-Galles du Sud où, à Sydney, les toponymes France Bay, Exile Bay et Canada Bay témoignent de leur séjour avant que le pardon leur soit accordé.

Au nombre des Nord-Américains en vue qui ont déménagé en Australie, citons Henry Samuel Chapman et Francis Forbes. Chapman, qui fonde en 1833 le premier quotidien au Canada, le Daily Advertiser de Montréal, appuie les demandes d'un conseil législatif élu comme premier pas vers un GOUVERNMENT RESPONSABLE. Par la suite, en tant que membre du conseil législatif de Victoria, il contribue à l'évolution vers un gouvernement responsable en Australie (un gain constitutionnel dû à des précédents canadiens). Forbes, juge en chef de Terre-Neuve de 1816 à 1823, devient le premier juge en chef de la Nouvelle-Galles du Sud, où il sert de 1823 à 1837.

Au cours des années 1850, les mines d'or dans ce qui est aujourd'hui l'Australie sont exploitées par des Nord-Américains, notamment des villageois de Barrington, en Nouvelle-Écosse, et de Carbonear, à Terre-Neuve. Les Canadiens Alexander Robertson, John Wagner et William Bradley contribuent à l'expansion et à la réorganisation de la compagnie de services de diligence Cobb & Co, qui révolutionne le transport intérieur de l'Australie. D'autres construisent des cales de construction et apportent en Tasmanie le savoir-faire des Maritimes dans l'industrie du bois d'oeuvre. Les Highlanders du Cap-Breton suivent le révérend Norman MCLEOD à Victoria avant de déménager en Nouvelle-Zélande.

Sir William PARRY et sir John FRANKLIN sont des Britanniques dont l'apport à l'Amérique du Nord britannique et à l'Australie est important : tous deux ont exploré ce qui est aujourd'hui l'Arctique canadien. Parry sera commissaire de l'Australian Agricultural Co de 1830 à 1834, et Franklin, lieutenant-gouverneur de Van Diemen's Land de 1836 à 1843.

Dans la période qui relie la Confédération canadienne et la Deuxième Guerre mondiale, et surtout après la fédération de l'Australie en 1901, les contacts se multiplient entre les gouvernements des deux pays au sujet de l'éducation, de la santé, des transports, des communications, des restrictions sur l'immigration et de l'agriculture. Bien que ces pays rivalisent pour attirer des immigrants de la Grande-Bretagne, des colons d'Australie migrent dans l'Ouest canadien, et vice versa. Des montées de nationalisme se manifestent dans les deux pays, s'exprimant par exemple dans l'art du GROUPE DES SEPT du Canada et de l'École Heidelberg d'Australie, un groupe de peintres de Melbourne de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Un mouvement de professionnels s'amorce entre les deux pays. Alfred SELWYN, directeur du Bureau d'études géologiques de Victoria, devient en 1869 directeur de la COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA, et Thomas Griffith TAYLOR, premier professeur de géographie de l'U. de Sydney, devient professeur de géographie à l'U. de Toronto, en 1935.

Des liens internationaux plus étroits s'établissent durant la Deuxième Guerre mondiale, alors que 9600 aviateurs australiens sont formés au Canada dans le cadre du PROGRAMME D'ENTRAÎNEMENT AÉRIEN DU COMMONWEALTH. Après la guerre, lorsque la promesse de ressources minérales et les préoccupations de défense motivent les deux gouvernements nationaux à cartographier leurs immenses territoires, des liens se développent entre les professionnels des services géodésiques et de cartographie topographique. Bien que les priorités GÉOPOLITIQUES influencent leurs politiques extérieures de différentes façons, les deux pays acquièrent dans les années 80 des avions de chasse américains F-18 et participent avec les États-Unis à la construction et à l'exploitation de Starlab, lancé sur une navette spatiale en 1989.

Les connaissances et l'expérience en matière de haute technologie, de communication par satellite, d'agriculture, de transport, de droits fonciers et d'exploitation des ressources augmentent les contacts mutuels. Au début des années 80, plus de 25 compagnies pétrolières canadiennes établissent des entreprises conjointes en Australie-Occidentale, créant ainsi un lien économique qui, bien que modifié maintenant, se poursuit jusqu'à la fin des années 80. Du côté de la concurrence dans l'exportation de ressources, on compte un projet, amorcé en Colombie-Britannique en 1983, d'exporter au Japon 94 millions de tonnes de charbon à coke au cours d'une période de 15 ans (voir aussi PAYS CÔTIERS DU PACIFIQUE).

Le premier agent du Canada est affecté en Nouvelle-Galles du Sud en 1894. Dès 1909, la compagnie Massey-Harris vendait des machines agricoles aux cultivateurs de l'Ouest de l'Australie. En 1929, l'Australie nomme un délégué commercial à Toronto, renforçant ainsi une association qui continue de progresser depuis. Des missions commerciales de la Nouvelle-Écosse, du Québec, de l'Ontario et de l'Alberta sont conçues spécialement pour renforcer les relations dans les domaines du commerce et de la technologie avec l'Australie. Les échanges commerciaux canado-australiens s'élèvent à plus d'un milliard de dollars par année, et se font dans le cadre de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et d'un accord commercial bilatéral de 1960 (révisé en 1973).

Depuis les années 60, un échange de fonctionnaires a cours régulièrement au niveau fédéral, particulièrement dans les domaines de l'immigration, de la cartographie et de la formation du personnel. Les salaires plus élevés et le statut d'immigrant admis attirent les Australiens vers le Canada dans les années 60. Depuis lors, des échanges d'étudiants des cycles supérieurs et d'enseignants se poursuivent continuellement. Dans les années 70, les systèmes canadiens de services médicaux et de santé servent de prototypes à la Medibank de l'Australie. La représentation diplomatique du Canada en Australie (haut-commissariat à Canberra, la capitale, consulats à Sydney, à Melbourne et à Perth) est égale à celle qu'il maintient en Allemagne de l'Ouest et est la deuxième en importance après la représentation canadienne aux États-Unis.

Le Canada-Australia Literary Award, inauguré en 1976, symbolise l'intérêt considérable pour la littérature de chaque pays. En journalisme, le Canadian Award (créé en 1975) est décerné au mérite pour un reportage dans le domaine des affaires internationales ayant trait à la région du Pacifique. L'élaboration d'études comparatives, en voie depuis 1945, s'achève en 1981 avec le Canada-Australia Colloquium : Public Policies in Two Federal Countries; avec la création d'une bourse canadienne de séjour à l'U. Macquarie; et avec la fondation de l'Australian Association for Canadian Studies. Cette dernière (maintenant l'Association for Canadian Studies in Australia and New Zealand) a tenu des conférences sur, entre autres thèmes, la théorie et la pratique en études comparatives, et le régionalisme et l'identité nationale. La revue Australian-Canadian Studies (fondée en 1983) est publiée annuellement par les facultés de travail social de l'U. Trobe, de Melbourne, et de l'U. de Regina.

Bien que les gouvernements nationaux travaillent en coopération depuis de nombreuses années et que les échanges au niveau universitaire sont de plus en plus courants, il existe relativement peu d'occasions pour les citoyens ordinaires d'un pays d'en apprendre au sujet de l'autre. Il est à espérer que la situation s'améliorera au fur et à mesure que le Canada et l'Australie multiplieront leurs contacts mutuels.


Lecture supplémentaire

  • H. Albinski, Canadian and Australian Politics in Comparative Perspective (1973); Bruce Hodgins, Federalism in Canada and Australia (1978).