Bois, articles de

Les premiers artisans du Canada jouent à la fois le rôle de charpentiers, de menuisiers, de sculpteurs et de tourneurs. Ils fabriquent à domicile des petits articles de bois. Habituellement, chaque pièce provient d'un seul morceau de bois (bloc ou madrier brut ou ouvré) découpé, évidé ou tourné.

Bois, articles de

Les premiers artisans du Canada jouent à la fois le rôle de charpentiers, de menuisiers, de sculpteurs et de tourneurs. Ils fabriquent à domicile des petits articles de bois. Habituellement, chaque pièce provient d'un seul morceau de bois (bloc ou madrier brut ou ouvré) découpé, évidé ou tourné. Il est rare que l'on assemble des morceaux. Les articles sont toujours fonctionnels et utilitaires, de bonne forme, exécutés par des techniques simples et faciles à utiliser. Les ustensiles en bois, surtout ceux qui servent à la préparation, au service et à la conservation des aliments, sont considérées comme de la boissellerie, mais non les objets décoratifs (p. ex., figures sculptées, boiseries).

Aux premiers temps de la colonie, les articles de bois remplacent les articles ménagers en verre, en faïence, en grès, en porcelaine, en argent ou en étain normalement fabriqués en Europe, qui sont coûteux et souvent difficiles à obtenir. Avec du bois dur, on peut même fabriquer des fourches : les dents sont formées par deux entailles parallèles, puis recourbées à la vapeur. Le bois est recherché pour ses nombreuses qualités pratiques : il est durable, facile à travailler, recyclable et surtout, il s'obtient toujours facilement. Fabriqués un à un, au cours des longues soirées qu'on connaissait à l'époque des pionniers, les objets gardent les mêmes formes utilitaires des centaines d'années durant. Ces formes familières imitent les modèles européens qui demeurent inchangés d'une génération à l'autre. On choisit alors avec grand soin le type de bois qui donnera à l'objet la forme, la couleur, le grain, la résistance ou l'aspect décoratif recherchés, ainsi d'ailleurs que la technique de travail du bois appropriée.

Les forêts canadiennes offrent une bonne variété de bois durs (p. ex. frêne, bouleau, cerisier, noyer, érable) et de bois tendres (p. ex. cèdre, tilleul d'Amérique, épinette, pin, peuplier). Le bois nouvellement abattu, découpé en madriers, est habituellement mis à sécher pendant un an au moins avant d'être utilisé.

Les bois durs servent à fabriquer des objets que l'on veut durables et d'un certain poids. Ainsi, le grain dur et dense de l'érable, qui peut être travaillé sur un tour à bois, est un excellent matériau pour fabriquer des louches, des fouets, des planches à pain, des moules à beurre, des cuillères, des pilons et des rouleaux à pâtisserie. On utilise aussi l'érable pour faire des maillets, car il résiste bien aux chocs répétés. Avec le frêne et l'hickory, des bois durs d'une exceptionnelle élasticité que l'on peut courber sans les briser, on fabrique, en les cintrant à la vapeur, des cerceaux, des boîtes et des couronnes de roues, et même des tire-bottes. L'élasticité du frêne se révèle très utile pour les manches de pilons, de maillets, de marteaux et de haches car il peut absorber le choc de chaque coup. Réunies en petits fagots, les brindilles du bouleau et les rameaux lisses de l'hickory peuvent même servir de batteur à oeufs.

Les bols sont fabriqués en ayant recours à diverses techniques et méthodes. Le bois est évidé à l'herminette ou au ciseau. Certains bols ont une poignée sculptée à même la pièce de bois. D'autres sont faits au tour, avec du bois bien séché. L'érable et le frêne sont souvent utilisés pour les bols tournés, mais on prise surtout les « broussins » (des excroissances anormales qu'on rencontre sur de nombreuses essences) pour la fabrication des bols sculptés ou tournés. Ces excroissances au fil serré, erratique, et attrayant sont difficiles à travailler, mais elles se fendent rarement et leur étanchéité s'avère des plus utiles. La rareté des bols sculptés dans les broussins explique pourquoi ils ont survécu jusqu'à aujourd'hui et sont encore recherchés.

Les bois tendres servent à fabriquer des ustensiles peu utilisés. Le pin, qui est léger, inodore et insipide, sert souvent comme matériau pour les ustensiles de cuisine. Les moules à sucre d'érable, qui font leur apparition au Québec au XVIIIe siècle, sont parfois faits en pin, parce que ce bois est facile à sculpter. Une cuillère ou un fouet se taillent aisément dans un bois mou, et on peut les remplacer facilement.

Comme la vaisselle sert à des fins utilitaires plutôt que décoratives, les pièces ornementées sont rares, mais on choisit parfois un bois particulier en raison de son grain inhabituel et de son aspect décoratif. Les moules à beurre et les moules à sucre d'érable font exception, car le décor sculpté aide à identifier le produit, ce qui le rend plus attirant pour l'utilisateur. Les pains de beurre porteurs du motif de leur moule sont très recherchés.

Il est facile de reconnaître la touche de l'auteur sur de la vaisselle en bois. Ainsi, la diversité des rouleaux à pâtisserie prouve qu'il n'existe pas de style unique. Il en existe autant de variantes que de fabricants. Le rouleau à pâtisserie grossièrement équarri est parfois aussi fonctionnel que le rouleau tourné finement poncé. Chaque pièce se distingue à ses petits détails particuliers : un manche peut avoir une rainure sur le côté, ou les poignées présenter des formes diverses. Ces détails ont sans doute été ajoutés machinalement et rapidement avec le premier outil sous la main, juste avant que le rouleau à pâtisserie ne soit enlevé du tour.

Comme celui qui fabrique les pièces de vaisselle en est aussi l'utilisateur, cette identité transparaît dans les objets façonnés. L'artisan peut créer un objet selon ses besoins sans chercher à simplifier la technique ni à économiser sur le matériau. La beauté de la forme et l'amour du travail bien fait sont donc toujours inséparables de l'aspect utilitaire des objets. L'oeuvre exprime la fierté de l'artisan et révèle la culture à laquelle il appartient. L'objet sera utilisé tant qu'il ne sera pas usé, puis on le remplacera par un autre. Les seuls articles de bois qui subsistent aujourd'hui sont donc parmi les plus récents et remontent à la fin du XIXe siècle. Leur rareté n'est pas uniquement attribuable au peu de respect qu'on leur portait. Le bois est un matériau fragile qui pourrit, se déforme, brûle facilement et s'use à force d'utilisation. L'avènement de l'industrialisation au XIXe siècle est aussi responsable de la disparition des objets en bois. Quand d'autres matériaux moins chers et plus durables sont si facilement accessibles, ce serait manquer de sens pratique que de fabriquer en bois des objets d'usage courant.