Depuis l’arrivée de 50 artisans chinois sur la côte ouest à la fin du XVIIIe siècle, la population sino-canadienne a augmenté jusqu’à dépasser, en 2011, 1,3 million d’habitants. Les Canadiens d’origine chinoise représentent l’un des groupes ethniques les plus importants du pays. Malgré le rôle important des Sino-Canadiens dans l’économie canadienne, notamment dans la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique, beaucoup de Canadiens d’origine européenne sont hostiles à l’immigration chinoise. De 1885 à 1923, celle-ci est limitée par une taxe d’entrée prohibitive et, entre 1923 et 1947, elle est tout à fait interdite. Le 1er juillet, célébré comme la fête du Canada, est considéré par certains Sino-Canadiens comme la « fête nationale de l’humiliation », car ils représentent le seul groupe ethnique dont l’émigration au Canada a été interdite dans toute l’histoire du pays.

Depuis 1900, les Sino-Canadiens se sont essentiellement installés dans les zones urbaines, en particulier à Vancouver et Toronto, et ont apporté une contribution à chacun des domaines de la société canadienne, de la littérature à la religion, en passant par les sports, la politique, les droits civiques, la musique, le cinéma, l’économie, la philanthropie et l’éducation.

Vagues d'immigration

En 1788, les premiers Chinois à s’installer au Canada sont 50 artisans qui accompagnent le capitaine John Meares. Ils ont pour tâche de construire un poste de traite, de favoriser l’expansion du commerce des peaux de loutres de mer entre Guangzhou, en Chine, et Nootka Sound Les Espagnols, qui tentent d’établir un monopole sur la côte ouest, expulsent le capitaine Meares, laissant beaucoup de ces Chinois s’installer dans la région. Certains épousent des Autochtones.

En 1858, des Chinois de San Francisco viennent s’installer dans la vallée du fleuve Fraser pour prospecter l’or. Barkerville, en Colombie-Britannique, devient la première communauté chinoise du Canada. En 1860, la population chinoise de l’île de Vancouver et de la Colombie-Britannique est estimée à près de 7 000. Elle est en grande partie composée d’immigrants chinois provenant de zones rurales du sud de la Chine et qui participent, dans d’effroyables conditions, à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique (CP). De 1880 à 1885, 15 000 travailleurs d’origine chinoise construisent le tronçon du chemin de fer en Colombie-Britannique; plus de 600 d’entre eux périssent en raison des conditions de travail particulièrement difficiles. Grâce au chemin de fer transcanadien, les communautés chinoises bourgeonnent à travers le pays.

Au tournant du XXe siècle, 17 312 Chinois sont établis au Canada. De 1988 à 1993, 166 487 immigrants arrivent de Hong Kong et s’installent essentiellement en Ontario (50,57 %) et en Colombie-Britannique (26,7 %). D’ailleurs, en 2001, 82 % des personnes d’origine chinoise vivent dans une de ces deux provinces. Comme l’indique le recensement de 2011, 1 324 700 personnes de descendance chinoise vivent au Canada.

Émigration et ses origines

Au XIXe siècle, la guerre et la rébellion en Chine forcent de nombreux paysans et travailleurs à chercher leur moyen de subsistance ailleurs. La pauvreté des campagnes et les crises politiques chinoises occasionnées par la première guerre de l’opium (1839-1842) et la rébellion de Taiping menée par les Hakkas (1850‑1864) stimulent l’émigration chinoise. Les immigrants chinois viennent en majorité des quatre districts ou comtés du delta de la rivière des Perles (Tai Shan, Xin Hui, Kai Ping, En Ping) dans la province du Guangdong, entre Guangzhou et Hong Kong. Dans ces régions, il est alors courant de voir les paysans partir chercher du travail outre-mer, envoyer de l’argent à la parenté restée en Chine et, finalement, retourner au pays si possible.

Les principales périodes d’immigration chinoise, de 1858 à 1923 et depuis 1947, correspondent aux fluctuations de la politique d'immigration canadienne. À partir de 1885, les immigrants chinois doivent verser une taxe d’entrée, ou taxe individuelle, pour être admis au Canada. Les Chinois sont le seul groupe ethnique à payer une taxe d’immigration au Canada. En 1900, en réaction à l’agitation qui règne en Colombie-Britannique, le gouvernement libéral resserre les conditions d’immigration pour les Asiatiques en augmentant la taxe individuelle de 50 $ à 100 $. Les politiciens de la province accueillent cette décision avec colère et dérision, car ils souhaitent élever la taxe à 500 $. En 1902, le gouvernement fédéral nomme la Commission royale sur l’immigration chinoise et japonaise. Celle-ci conclut que les Asiatiques ne sont pas dignes de la citoyenneté entière, qu’ils sont nuisibles à une collectivité libre et dangereux pour l’État.

En 1903, le Parlement adopte une loi qui porte la taxe individuelle à 500 $. Durant l’année financière qui suit, le nombre de Chinois qui s’acquittent de cette taxe passe de 4 719 à 8. Peu après, l’immigration chinoise augmente et, le 1er juillet 1923, depuis lors connu comme la « Fête de l’humiliation » pour les Sino-Canadiens, la Loi de l’immigration chinoise est remplacée par une autre loi portant le même nom, qui interrompt pratiquement l’immigration chinoise. La nouvelle loi interdit aux immigrants chinois, y compris aux citoyens britanniques d’origine chinoise, d’entrer au Canada, à l’exception des gens d’affaires, des diplomates et des étudiants.

Étant donné que la taxe individuelle, trop élevée, ne permet pas la venue d’épouses et de parents âgés, les hommes viennent généralement seuls et vivent en célibataires au Canada. En 1931, parmi les 46 519 Chinois, on ne compte que 3 648 femmes. À la fin des années 1920, on estime qu’il n’y a que cinq Chinoises mariées à Calgary et six à Edmonton.

Depuis l’abrogation de cette loi discriminatoire en 1947, les immigrants sont généralement accompagnés de leurs familles, la majorité venant de Hong Kong, de Taiwan et de la République populaire de Chine. D’autres immigrants chinois arrivent d’Asie du Sud, d’Asie du Sud-Est, d’Afrique du Sud, des Antilles et d’Amérique du Sud. Les membres de ces différentes communautés parlent anglais et mandarin, fou-kien ou cantonais. Ils sont instruits et possèdent souvent des ressources financières et des compétences professionnelles. Le recensement de 2011 recense les locuteurs de langue chinoise à un peu plus de 800 000, ce qui fait du chinois la troisième langue maternelle la plus parlée au Canada après l’anglais et le français.

Modes de peuplement

Depuis 1900, les Sino-Canadiens tendent à s’établir en milieu urbain et sont maintenant concentrés dans les grandes villes. Contrairement au stéréotype des quartiers chinois, « ghettos surpeuplés », ces communautés constituées aux XIXe et XXe siècles accordent une place importante à la famille et aux affaires. Elles constituent le cœur du Canada chinois et un bastion pour se protéger du climat raciste et hostile environnant. Plus particulièrement, durant la période d’exclusion (1923-1947), le quartier chinois de Vancouver devient une destination économique et sociale prospère et le foyer de nombreux Chinois sur la côte ouest.

À Vancouver, jusque vers 1930, des clauses restrictives empêchent les Chinois d’acquérir des propriétés hors du quartier chinois. Durant les années 1880, une grande majorité des Sino-Canadiens vivent en Colombie-Britannique, et près de la moitié d’entre eux habitent encore la côte ouest dans les années 1940. Même si les communautés chinoises se développent rapidement dans d’autres centres urbains, 70 % des Sino-Canadiens vivent encore à Toronto et à Vancouver en 2006.

Vie économique et financière

À leur arrivée en Colombie-Britannique, les immigrants chinois occupent divers emplois. Certains sont glaneurs dans les champs aurifères et exploitent des concessions abandonnées. D’autres sont manœuvres, cuisiniers, blanchisseurs, routiers, domestiques, marchands ou offrent leurs services aux communautés minières. De 1880 à 1885, les ouvriers sino-canadiens travaillent surtout à la construction du chemin de fer. Durant les 40 années suivantes, des Chinois participent au travail exténuant qui accompagne l’industrialisation de l’économie. Spécialisés ou semi-spécialisés, ils travaillent dans des scieries et des conserveries de la Colombie-Britannique, tandis que d’autres deviennent maraîchers, épiciers, colporteurs, commerçants ou restaurateurs.

Un système de « billet de crédit » apparaît selon lequel des prêteurs chinois d’Amérique du Nord ou de Chine paient les frais de voyage d’un émigrant qui leur reste lié jusqu’au remboursement de sa dette, même si ces contrats n’ont aucune valeur légale au Canada. Le travail des manœuvres industriels chinois relève souvent de contrat et entraîne parfois du travail en équipe. Au début du XXe siècle, les patrons de conserveries chinois sont souvent embauchés à forfait, puis recrutent à leur tour des équipes de travail et assument les risques financiers d’une faible productivité. À partir de 1880, cet usage s’étend à la construction des chemins de fer.

Les immigrants chinois sont considérés comme une source de main-d’œuvre bon marché facile à exploiter en raison de leurs conditions économiques misérables et du fait qu’ils acceptent ainsi facilement d’être peu payés par leurs employeurs canadiens. Ces derniers défendent très peu leurs employés, désignés par les travailleurs européens et leurs défenseurs comme responsables du manque d’emploi et de la baisse des salaires. La main-d’œuvre chinoise est bon marché (à travail égal, un Chinois reçoit moins de la moitié de la paye d’un travailleur blanc) et son statut est précaire. (Voir aussi Main-d'oeuvre immigrante)

Les premiers Chinois de profession libérale tendent à servir principalement leur communauté et, en Colombie-Britannique, ils sont longtemps exclus de nombreuses professions, entre autres dans le domaine du droit, de la pharmacie et de la comptabilité. Il faut attendre les années 1940 pour voir des avocats sino‑canadiens reçus au barreau. Par la suite, les lois discriminatoires sont abrogées et l’immigration évolue. Néanmoins, dans les années 1980, les Chinois occupent toujours principalement des emplois dans le secteur des services. Au début du XXIe siècle, les Sino-Canadiens sont représentés dans diverses professions. Ils sont parfois journalistes de télévision, musiciens de jazz, danseurs classiques, romanciers, policiers et politiciens. On les retrouve aussi dans les professions classiques d’enseignant, de scientifique et d’entrepreneur.

Vie sociale et communautaire

Bien qu’il existe toujours certaines tensions entre les nouveaux et les anciens immigrants, les liens demeurent solides. Au cours du XIXe siècle et de presque tout le XXe siècle, les Sino-Canadiens conservent leurs traditions culturelles, telles que le système de parenté (fondé sur les origines ancestrales), la « pagode » (ou temple) et le théâtre chinois. Ils acquièrent aussi certaines caractéristiques nord-américaines. La communauté sino-canadienne des associations « bénévoles » inspirées des modèles chinois offrant des services d’aide sociale individuels et communautaires, et favorisant les contacts sociaux et les activités politiques. Comme beaucoup de paysans chinois doivent s’habituer à la vie urbaine canadienne, ces associations les aident à s’adapter à une nouvelle culture et à faire face aux préjugés et à la discrimination liés à la race (voir Préjugés et discrimination et Racisme).

Pendant les premières décennies du XXe siècle, des associations politico-fraternelles comme le Guomindang et les francs-maçons interviennent sur les plans communautaire et politique au sein de la communauté chinoise. À la tête de leurs organisations, les groupes sino-canadiens les plus importants ont des associations de bienfaisance qui règlent les problèmes internes et se font porte-parole auprès du monde extérieur. Toutefois, aucune de ces organisations n’atteint une envergure nationale. Des organisations typiquement canadiennes comme les Lions, l’Ordre des élans, les francs-maçons et la Légion royale canadienne apparaissent aussi dans la communauté chinoise.

En raison de l’afflux important d’immigrants chinois de la diaspora mondiale, des organisations communautaires représentant les Chinois de Cuba, de l’Inde, de la Jamaïque, de l’île Maurice, du Pérou, etc. créent une présence dynamique au Canada. Les immigrants de la République populaire de Chine s’organisent en de nombreuses associations, dont la plus connue est la Chinese Professionals Association of Canada, qui compte plus de 10 000 membres. Presque chaque région a une association et les plus connues sont celles de Beijing et de Shanghai. Petit à petit, les organismes professionnels remplacent le vieux Guomindang, les francs-maçons et les associations de bienfaisance.

Les premières communautés chinoises sont isolées de la civilisation blanche pour plusieurs raisons. Les Chinois sont souvent perçus comme des « résidents provisoires » séjournant temporairement au Canada en vue d’assurer la sécurité financière à leurs parents restés en Chine. Au XIXe siècle, la communauté européenne de la Colombie-Britannique considère les Chinois comme un peuple non assimilable, certains aspects de leur mode de vie et de leur culture renforçant l’idée xénophobe selon laquelle ils représenteraient une menace pour la société blanche.

Les conditions de vie misérables des travailleurs chinois sont dénoncées comme favorisant les maladies pouvant être transmises aux populations avoisinantes. Ainsi, le Dr Roderick Fraser, médecin hygiéniste de Victoria, dans le Rapport de la Commission royale sur l’immigration des Chinois et des Japonais de 1902, affirme que « les Chinois d’une classe sociale donnée sont en moins bonne santé que les personnes blanches de la même classe ».

Contredisant ces déclarations négatives, le consul général de la dynastie des Qing à San Francisco, Huang Cunxian, a déclaré devant une commission royale sur l’immigration chinoise :

[…] on accuse les Chinois d’émigrer vers d’autres pays non pour y rester, mais uniquement pour y gagner une somme d’argent puis rentrer chez eux en Chine. Il y a seulement trente ans que notre peuple a commencé à émigrer vers d’autres pays. Un grand nombre de nos compatriotes se sont installés de façon permanente avec leurs familles aux Établissements des Détroits, à Manille, en Cochinchine et aux Antilles. À Cuba, au moins 75 % d’entre eux se sont mariés avec des Cubaines et ont fait de ces îles leur terre d’élection, comme l’ont fait également un grand nombre de ceux qui vivent aux îles Sandwich. […]

Il y a beaucoup d’étrangers en Chine, mais peu d’entre eux ont emmené leur famille avec eux et très peu ont en ont fait leur pays d’adoption.

Vous devez vous rappeler que les Chinois qui arrivent dans ce pays se voient refuser tous les droits et privilèges accordés aux autres immigrants et inhérents à la citoyenneté; les lois les obligent à demeurer des étrangers. Je connais un grand nombre de Chinois qui seraient heureux de rester ici de façon permanente avec leurs familles, si on leur permettait d’être naturalisés et de bénéficier de privilèges et de droits.

La crainte de maladies comme la lèpre et le choléra, le surpeuplement du quartier chinois, l’arrivée de la drogue et l’impression que les Chinois se passionnent pour les jeux d'argent contribuent à entretenir un préjugé racial exprimé par un sénateur au nom des résidents blancs de la Colombie-Britannique selon lequel « les Chinois ne sont pas de notre race et ne peuvent pas s’intégrer ». De surcroît, les lois et attitudes racistes de l’époque empêchent de nombreux Chinois de considérer le Canada comme leur terre d’adoption permanente. Par conséquent, la mentalité de « séjour », consolidée par les lois canadiennes, empêche l’immigration fluide des familles chinoises et fait obstacle à leur participation professionnelle, sociale ou politique dans la société dominante. Il faut attendre 1947 pour que des Sino-Canadiens reçoivent la citoyenneté.

Religion et philosophie

Les Sino-Canadiens pratiquent généralement leur religion en privé, et la pratique a tendance à reculer. Au recensement de 2001, la communauté chinoise se distingue beaucoup du reste de la population canadienne sur ce plan, 58 % des Sino-Canadiens n’ayant aucune appartenance religieuse contre 15 % si l’on prend l’ensemble de la population du Canada. De 1921 à 1961, la proportion de chrétiens d’origine chinoise passe de 10 à 60 % pour redescendre ensuite jusqu’à 26 % en 2001. D’autres Sino-Canadiens sont de religion bouddhiste, islamique ou autre. Parmi les Canadiens d’origine chinoise conservant une appartenance religieuse, 34 % sont bouddhistes, 28 % catholiques et 22 % de confession protestante. Bien que le nombre de membres de beaucoup d’églises chrétiennes ait diminué, celui des membres chinois de l’Église baptiste continue d’augmenter. Beaucoup de Sino-Canadiens adhèrent aussi à la philosophie taoïste, au bouddhisme zen et au Qi gong.

Au Nouvel An chinois, principale fête chinoise (célébrée fin janvier ou début février), de nombreuses communautés chinoises multiplient feux d’artifice et danses du dragon ou du lion. D’autres périodes de l’année donnent lieu à des festivités, notamment « éclat et clarté », fête printanière où l’on balaie les tombes des ancêtres, et la « Fête du milieu de l’automne », aussi appelée Fête de la lune, qui célèbre les récoltes et l’unité de la famille.

Vie culturelle

Depuis le milieu des années 1980, on observe un épanouissement de la culture Sino-Canadienne, et cette culture commence à se développer non pas seulement comme le reflet de celle de la Chine, de Hong Kong ou de Taiwan, mais aussi comme l’expression des différents modes de vie des Chinois au Canada. Parmi les principaux écrivains qui influencent l’évolution d’une tradition littéraire nouvelle et dynamique, on retrouve Evelyn Lau, Wayson Choy, Larissa Lai, Denise Chong, Paul Yee, Jim Wong-Chu et Vincent Lam. Des cinéastes comme Laiwan, Christina Wong, Colleen Leung, Dora Nipp, Tony Chan, Yung Chang, William Dere, Richard Fung, Julia Kwan, Karin Lee, Mina Shum, Michelle Wong, Paul Wong et Keith Lock sont au premier plan d’une nouvelle tradition cinématographique conditionnée et inspirée par la vie des communautés sino-canadiennes. En 2009, le doyen des cinéastes canadiens, Keith Lock, réalise The Ache, un long métrage louangé qui explore la dynamique de la fantaisie, de la perception et des esprits. Irene Chu est productrice exécutive d’une série en vingt épisodes pour OMNI Television qui explore la vie des immigrants chinois au Canada. Sous le titre Once Upon a Time in Toronto (2009), elle est la première production sino-canadienne importante d’une série télévisée dramatique.

Parmi les actrices et acteurs canadiens du cinéma et de la télévision de descendance chinoise, on trouve Tommy Chong (Faut trouver le joint), Kristin Kreuk (Smallville), Byron Lawson (Serpents à bord), Linlyn Lue (Degrassi : La nouvelle génération), Jennifer Tilly (Jennifer E. Chan, Coups de feu sur Broadway); Meg Tilly (Agnès de Dieu), Valerie Sing Turner (Le maire Da Vinci; La Femme Nikita), Norman Lup-Man Yeung (Pu-Erh) et Françoise Fong-Wa Yip (Zizanie dans le Bronx).

Asianadian: An Asian Canadian Magazine (1978-1985), dont l’un des fondateurs est Tony Chan, de Toronto, est un des premiers magazines politiques et littéraires influents qui offrent une tribune à beaucoup d’écrivains, activistes et cinéastes d’origine chinoise et asiatique. Il publie les premiers écrits d’auteurs connus tels que Sky Lee et Paul Yee. Le magazine en ligne de Toronto Ginger Post (2009) fondé par Wei Djao et Lian Chan est une version en ligne d’Asianadian.

Ayant débuté avec un groupe de swing, Celestial Gents (1937-1941), la tradition du jazz sino-canadien trouve certains héritiers tels que les musiciens Sean Gunn (Running Dog Lackey) et Trevor et Matt Chan (no luck club) et le compositeur Darren Fung (Stinky Rice Studios). Deux des compositeurs contemporains les plus en vue du Canada sont Hope Lee et Ka Nin Chan.

Éducation

Les écoles chinoises au Canada remontent aux années 1890. À leur point culminant, dans les années 1930, on en compte 26 au Canada. En Colombie-Britannique, elles prennent une grande importance lorsqu’on cherche à tenir à l’écart les enfants sino-canadiens. Même si on leur refuse l’accès aux professions libérales, après l’obtention de leur diplôme, les Sino-Canadiens ne sont jamais légalement exclus de l’université. L’enrichissement et la professionnalisation grandissante de certaines communautés chinoises dans les années 1960 amènent de plus en plus de Chinois à entreprendre des études supérieures. En 2001, plus du quart des Sino-Canadiens détiennent un diplôme universitaire.

L’éducation en anglais joue un rôle majeur dans les familles sino-canadiennes, en particulier chez les immigrants récents, de sorte que les Sino-Canadiens sont de plus en plus présents dans de nombreuses professions, dont l’ingénierie, la science, la recherche, la médecine, la pharmacie, le droit et l’enseignement supérieur. La tradition confucéenne d’étude et d’apprentissage fait en sorte que l’éducation a toujours eu une place importante dans la vie chinoise. Et la langue chinoise en constitue encore une partie importante, en particulier avec l’importance économique croissante de la Chine.

La Chinese Canadian Historical Society of British Columbia est crée en 2004 pour renseigner la population sur les Chinois au Canada. La bibliothèque Richard Charles Lee Canada-Hong Kong de l’Université de Toronto est un centre de ressources dédié aux études sino-canadiennes. Installée à Toronto, la Chinese Culture and Education Society of Canada offre des cours de chinois et recherche à développer les échanges éducatifs et culturels entre la Chine et le Canada.

Politique et droits civiques

Les Sino-Canadiens ont toujours été actifs sur le plan politique. Au XIXe siècle, ils combattent la discrimination et l’exclusion. La Victoria Workingmen’s Protection Association, établie en 1876, est l’une des premières organisations militant pour les droits civils. Elle a pour principal objectif de mobiliser l’opinion publique contre des conditions de travail et des contraintes économiques affreuses. En 1878, les marchands chinois de Victoria protestent contre la taxe individuelle de 60 $ et envoient une pétition à Ottawa pour demander son abolition. Juste avant l’adoption de la Loi de l’immigration chinoise en 1923, la Chinese Association of Canada fait des représentations contre le projet de loi à Ottawa.

Les Sino-Canadiens gagnent le vote au fédéral et au provincial en 1947. Jusqu’en 1950, dans ce domaine, les membres de la communauté sino-canadienne dépendent de leurs chefs et d’autres intermédiaires qui entretiennent des relations amicales avec les politiciens canadiens pour intervenir en leur nom sur les questions canadiennes. Depuis, ils prennent part activement à la vie politique du pays, préférant s’allier au Parti libéral, probablement parce qu’il s’est fait l’artisan du relâchement des lois sur l’immigration. Dans plusieurs municipalités, des maires et des conseillers municipaux d’origine chinoise sont élus. Parmi les personnalités politiques, nommons : Douglas Jung, le premier député sino-canadien (1957‑1962); Raymond Chan, ministre fédéral élu en 1993; Ida Chong, ministre provinciale de la Colombie‑Britannique élue en 2001; Alan Lowe, maire de Victoria (1999-2008). Philip Lee devient le premier lieutenant-gouverneur asiatique du Manitoba et Norman Kwong, premier joueur de football sino-canadien, devient le premier lieutenant-gouverneur d’ascendance chinoise de l’Alberta.

L’événement déclencheur qui politise la communauté sino-canadienne, puis donne naissance au Conseil national des Canadiens chinois (CCNC), est l’émission W5 diffusée le 30 septembre 1979. Au cours de cette émission infamante et controversée, CTV diffuse un segment intitulé « Campus Giveaway » où on allègue que les étudiants étrangers prennent la place des Canadiens de souche dans des programmes universitaires axés sur des carrières comme la pharmacie, l’ingénierie et la médecine. Dans le reportage de W5, les étrangers étant représentés par des Chinois, le message sous-entend que tous les étudiants d’origine chinoise sont des étrangers et que les contribuables canadiens subventionnent des étudiants chinois qui ne pourraient jamais devenir vraiment canadiens, alors que presque toutes les personnes citées ont déjà la citoyenneté canadienne. Seize comités anti-W5, de Victoria à Halifax, mobilisent la population chinoise et obtiennent de vagues excuses de la part de CTV. Dès lors, des sections du Conseil national des Canadiens-chinois sont créées afin de protéger les droits de l'homme et les droits civils des Sino-Canadiens.

La taxe d’entrée a toujours été un motif de grief dans les communautés sino-canadiennes. Des protestations et des manifestations demandant des excuses officielles et des réparations ont eu lieu dans tout le pays. Les pressions de la communauté ont amené le premier ministre Stephen Harper à offrir le 22 juin 2006 des excuses en cantonais. Une directive officielle du Parlement a ordonné le paiement d’une compensation d’environ 20 000 $ aux survivants ou à leurs conjoints.

Sauvegarde de la culture

La version hongkongaise de la culture chinoise moderne se reflète abondamment dans la société sino‑canadienne, quoique certaines valeurs traditionnelles subsistent. Par exemple, la majorité des jeunes sino-canadiens continuent à consacrer des ressources au soutien de leurs parents, et de nombreux grands-parents vivent avec leurs enfants. Des établissements de soins tels que le Yee Hong et le Mon Sheong à Toronto sont créés dans des villes partout au Canada. Dans les grandes communautés sino-canadiennes, des membres des professions libérales organisent des échanges culturels avec la Chine, Hong Kong et Taiwan entre autres pour favoriser le maintien de la culture chinoise et promouvoir une juste représentation des Sino-Canadiens dans les médias. Il existe des groupes canadiens d’opéra de Beijing et de Canton et les organisations d’arts martiaux sont nombreuses.

Avant 1947, la préservation de la langue est vitale, car à cette époque les jeunes Sino-Canadiens ne peuvent trouver d’emploi que dans le quartier chinois, ce qui exige une connaissance de la langue. Bien que l’usage du chinois écrit diminue, les journaux demeurent une importante source d’expression communautaire. Des journaux en langue chinoise sont publiés depuis longtemps à Vancouver et à Toronto, et des éditions nord-américaines de journaux d’appartenance chinoise, comme le World Journal Daily, le Sing Tao et le Ming Pao, restent populaires malgré le ralentissement qui touche la presse imprimée, attribuable à la baisse d’affichage d’annonces publicitaires. Étant donné que les journaux en chinois ne publient que des annonces destinées à un lectorat chinois, cette source de revenue lucrative ne profite qu’aux seuls journaux possédés par les Chinois. Sont également reconnus des journaux comme le CC Times, le Global Chinese Press et le Today Daily News. Les chaînes de télévision chinoises telles que Fairchild, LS Times et OMNI se développent aussi dans les grands centres et diffusent à un large public, en cantonais et en mandarin, des comédies de situation, des nouvelles, des documentaires et des films.

Le Canada chinois compte plus de 1,3 million de personnes, c’est-à-dire 4 % de la population, et c’est une communauté ethnique dynamique qui a des liens avec la diaspora chinoise du monde entier et en particulier avec la croissance économique rapide de la République populaire de Chine. Membres à part entière de la nation canadienne, les Sino-Canadiens se caractérisent par le dynamisme de leurs organisations culturelles, leur poids financier, leur sens politique, une population en croissance, des liens avec le reste du monde et une stabilité sociale.

Le Canada continue à attirer des immigrants du monde entier. Malgré la couverture médiatique en 1999 des réfugiés économiques de la province du Fujian, dans le sud de la Chine, qui reçoivent un accueil mitigé et sont gardés en détention à leur arrivée en Colombie-Britannique, les immigrants chinois forment le troisième groupe d’immigrants en importance au Canada après ceux de Grande-Bretagne et d’Europe. Les Sino-Canadiens continuent à évoluer au sein de la communauté canadienne, fortifiés par un esprit entrepreneurial dynamique, la priorité qu’ils donnent à l’éducation comme moteur de la mobilité professionnelle, le développement d’une tradition littéraire et culturelle, une gastronomie appréciée, de solides valeurs familiales et un attachement à de grandes valeurs canadiennes comme la démocratie sociale, l’égalité et la liberté.

Évolution récente de la diaspora chinoise

Selon les statistiques de Citoyenneté et immigration Canada, la majorité des immigrants, entre 1999 et 2009, sont originaires de la République populaire de Chine (RPC). Le plus grand nombre est enregistré en 2005 : on compte alors 42 295 nouveaux arrivants chinois. En 2010, les immigrants en provenance des Philippines, au nombre de 36 580, sont plus nombreux que ceux venant de RPC, au nombre de 30 195. Les Philippins, au nombre de 34 991, restent en 2011 le premier groupe d’immigrants en importance au Canada. La RPC se positionne loin derrière, fournissant un total de 28 696 immigrants. Dans un article du The Globe and Mail daté du 18 mars 2011, Joe Friesen prédit que « les immigrants philippins représenteront l’un des premiers, sinon le premier, groupe d’immigrants pendant plusieurs années encore ».

Les importants changements démographiques ayant relégué l’immigration chinoise au second plan résultent du boom économique qui a lieu en Chine. Les immigrants potentiels restent en effet en Chine pour des raisons professionnelles, familiales et culturelles. En outre, de nombreux Sino-Canadiens ayant des attaches en RPC et à Honk-Kong quittent le Canada pour de multiples raisons. Dans un article du Vancouver Sun, paru le 18 mai 2013, un chercheur de l’Université Simon Fraser (USF), Nuowen Dang, constate que de nombreux immigrants retournent en Chine à la recherche « d’emplois mieux rémunérés, d’une plus grande sécurité de l’emploi, de possibilités d’avancement de carrière et pour retrouver leur famille ». Edward Shen, docteur en psychologie diplômé de l’USF, est l’un de ces Chinois rentrés en Chine. Même les Canadiens d’origine chinoise émigrent en RPC et à Hong Kong, en raison du grand nombre d’occasions d’emploi qu’ils y trouvent. Dans un rapport du Conseil international du Canada publié en mai 2010, Kenny Zhang affirme que « la Chine devient un pôle d’attraction pour les travailleurs qualifiés et hautement scolarisés du monde entier ».

Les Chinois possédant des diplômes délivrés en Chine et qui restent au Canada sont soumis aux mêmes évaluations des compétences que n’importe quel autre immigrant. Le manque de reconnaissance des compétences de certains immigrants chinois peut être attribué à une connaissance imparfaite de l’anglais ou du français, à une expérience de travail insuffisante et au manque de crédibilité des universités chinoises dont ils sont diplômés. Dans le numéro de septembre de la revue L’emploi et le revenu en perspective, de Statistique Canada, René Houle et Lahouaria Yssaad démontrent que « les immigrants provenant de pays anglophones (États-Unis, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande) bénéficient d’un taux plus élevé de reconnaissance des compétences et de l’expérience professionnelle ». Une étude de Danielle Zietna, publiée dans la même revue en 2010, révèle que « la langue dans laquelle on étudie est un facteur déterminant, car les immigrants diplômés d’universités ayant les plus grands taux de correspondance entre leur domaine de formation et leur emploi sont ceux qui ont étudié dans des pays anglophones ». Le manque de reconnaissance des compétences est un des facteurs poussant certains Chinois à quitter définitivement le Canada pour s’installer en RPC ou à Honk-Kong.

Un exemple des tendances récentes en matière de flux de capitaux humains et financiers est l’injection massive de fonds d’investissement provenant de la RPC dans le secteur pétrolier canadien, représenté par l’achat de Nexen Inc. par la China Offshore Oil Corporation (CNOOC) en juillet 2012. Cet investissement est gigantesque par rapport aux 122 millions de dollars investis par CNOOC dans un projet de MEG Energy Ltd d’exploitation de sables bitumineux dans le nord de l’Alberta, soit 16,7 % du coût total de l’opération. En 2010, Sinopec a financé à hauteur de 4,65 milliards de dollars l’investissement de 9 % de ConocoPhillip dans Syncrude Canada Ltd., le plus grand projet d’exploitation des sables bitumineux. En 2012, PetroChina a racheté son partenaire, Athabasca Oil Sands Corp., pour 680 millions de dollars, ce qui en fait la première société nationale chinoise propriétaire à 100 % d’un projet d’exploitation de sables bitumineux.

Toujours dans le secteur des ressources naturelles, des entreprises chinoises et une société sino-canadienne envisagent de recruter des mineurs de charbon expérimentés en Chine pour les faire travailler dans leurs mines de Colombie-Britannique. Dans un article du Vancouver Sun daté du 7 janvier 2013, Peter O’Neil raconte que ces employés temporaires devraient commencer à travailler sur le site d’exploitation de la rivière Murray, près de Trumbler Ridge, dès son ouverture prévue en 2015.

Ensemble, les changements de la dynamique démographique au Canada et le développement économique de la Chine influenceront la perception qu’ont les Sino-Canadiens d’eux-mêmes en tant que Canadiens vivant dans un monde globalisé. Ils devront en outre apprendre à s’adapter à la croissance économique d’une République populaire de Chine en pleine évolution.