Le racisme est une idéologie prônant que les humains peuvent être divisés selon différents groupes raciaux avec diverses caractéristiques héritées et immuables. Le racisme estime que ces différences expliquent les inégalités dans les sociétés.

Début du racisme

Alors que la xénophobie, la peur à l’égard de personnes considérées comme étrangères à nous-mêmes, a pendant longtemps constitué un élément des cultures humaines, le concept de « race » apparaît dans la langue anglaise vers le XVIIe siècle. Les Nord-Américains adoptent ce terme dans leurs écrits scientifiques vers la fin du XVIIIe siècle. Les scientifiques du XIXe siècle entreprennent d’étudier le racisme. À cette époque, l’idéologie du racisme permet d’expliquer les conflits politiques et économiques un peu partout sur la planète, et de légitimer la position dominante du capitalisme britannique dans le système économique mondial.

Le racisme est un phénomène universel, bien visible dans de nombreux groupes ethnoraciaux. La population blanche n’en a pas le monopole.

Vers le milieu du XIXe siècle, plusieurs racistes s’entendent sur le fait qu’on peut répartir la population du monde entre une variété de races constituées de groupes humains partageant des attributs phénotypiques similaires, tels que la couleur de la peau et la texture des cheveux. Ce processus consistant à cataloguer les races, nommé « racialisation », est un préalable à l’émergence du racisme comme idéologie.

Croyances fondamentales

Le racisme prétend diviser l’espèce humaine en un certain nombre de groupes biologiques distincts. Ces groupes déterminent les comportements et les succès des individus qui en font partie. Il s’agit d’une croyance qui perçoit les races comme des subdivisions naturelles et immuables de l’espèce humaine, chacune ayant ses caractéristiques culturelles et son potentiel distinct et variable pour créer et faire évoluer sa civilisation respective. C’est-à-dire que les attributs biologiques peuvent servir à expliquer la diversité sociale et culturelle de l’humanité. Fait aussi partie de cette idéologie la croyance en un ordonnancement naturel et hiérarchique des groupes humains, qui permet aux races supérieures de dominer les autres. Elle ne découle pas d’études de la race et de certaines inégalités actuelles entre certains groupes. Elle se présente en effet comme l’affirmation de l’inégalité comme fait absolu et inconditionnel.

La pensée raciste tient pour acquis que les différences entre groupes sont innées et immuables. Selon elle, l’environnement n’influence donc pas l’intelligence, les attitudes et les croyances. Elle interprète l’existence de groupes au bas et au sommet de la hiérarchie sociale, qui sont le résultat de différences qualitatives dans leur constitution biologique naturelle, et non comme le produit des influences de leur milieu social. Les racistes s’opposent à l’intégration sociale en affirmant qu’elle provoquerait la dégénérescence du groupe supérieur.

Si les différences biologiques ne peuvent pas être perceptibles aussi facilement, les racistes inventent des différences biologiques, par exemple la taille du nez ou la couleur des yeux. Le racisme n’existe pas en raison de la présence de différences physiques objectives parmi l’humain, mais plutôt en raison de la reconnaissance sociale et de l’importance accordée à de telles différences.

L’idéologie raciste repose sur trois suppositions erronées. Premièrement, les différences biologiques vont de pair avec des différences culturelles. Deuxièmement, la constitution biologique prédétermine les réalisations culturelles d’un groupe. Troisièmement, la constitution biologique limite le niveau de développement culturel qu’un groupe peut atteindre. Les recherches montrent le caractère erroné de ces suppositions, qui reposent en bonne partie sur la thèse insoutenable voulant que la nature (biologie) soit le seul agent causal. Les nombreux faits qui démontrent l’existence de différences plus marquées à l’intérieur des groupes qu’entre eux et l’impact des facteurs sociaux sur les comportements ébranlent sérieusement les croyances racistes. Pour tout dire, si le terme « race » s’emploie dans le langage courant, surtout pour désigner les différentes couleurs de la peau, il n’est guère utile sur le plan biologique.

Changement du discours raciste

L’idéologie raciste a été poussée à l’extrême par l’Allemagne nazie durant l’Holocauste. Après la Deuxième Guerre mondiale, le concept de « race » est graduellement devenu une description biologique inappropriée, et une partie intégrale d’une foule de programmes politiques discrédités, y compris l’eugénisme.

La recherche aujourd’hui tend à être focalisée sur la génétique sous-jacente aux variances des êtres humains, comme le projet Génome humain. L’une des conclusions les plus importantes du projet constate que les humains sont bien plus semblables qu’ils sont différents : 99,9 % du matériel génétique est le même pour tous les humains.

Les scientifiques aujourd’hui tendent à s’en remettre à l’« origine continentale » plutôt qu’à la « race », puisqu’elle s’avère une description plus exacte de ce que la génétique révèle.

Racisme institutionnel

Dans les années 1960, l’application du concept de racisme concerne le traitement d’individus et la croyance qu’un individu est inférieur en raison de sa race. Avec le temps, le terme prend de l’ampleur pour inclure le racisme institutionnel, lorsque les institutions politiques, économiques et sociales fonctionnent au détriment d’un individu ou d’un groupe. Le racisme culturel repose sur une prétendue incompatibilité entre des traditions culturelles plutôt que sur des idées de supériorité biologique innée.

Le racisme peut aussi se refléter dans les façons que les institutions sociales fonctionnent, en niant à certains groupes d’individus un traitement juste et équitable. Dans ce cas, on parle de « structures de pouvoirs », autrement nommées « racisme institutionnel ». Ceci comprend l’autorité d’établir ce qui est normal, nécessaire et souhaitable pour favoriser la supériorité ou les préférences d’un groupe par rapport à un autre.

La taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois est un exemple de racisme institutionnel. Il découlait de la croyance que les immigrants chinois deviendraient un fardeau à la société canadienne, principalement blanche à l’époque.

Le racisme institutionnel se manifeste dans les politiques ou les programmes en apparence neutres sur le plan racial, mais, intentionnellement ou non, désavantageant un groupe minoritaire. Par exemple, dans certaines provinces, le processus de sélection des citoyens pour servir comme jurés a eu comme conséquence que peu d’Autochtones étaient choisis. Ces aspects du racisme démontrent que l’État et les individus dans des postes d’autorité peuvent créer ou perpétuer des politiques ou des pratiques raciales.

Attitudes contemporaines

Dans la seconde moitié du XXe siècle, certains universitaires nord-américains ont continué d’affirmer qu’il existait des différences raciales à la source des comportements sociaux. Arthur Jensen, professeur à l’Université de Californie, à Berkeley, alléguait qu’il existait des différences d’intelligence mesurables entre les Noirs et les Blancs. R. Herrnstein et C. Murray appuyaient les travaux d’Arthur Jensen et ils affirmaient que l’intelligence générale varie selon la race. Ils maintenaient qu’ils avaient relevé des profils montrant des différences entre les Asiatiques, les Blancs et les Noirs. Au Canada, Jean Phillippe Rushton affirmait qu’il avait diagnostiqué la preuve d’une hiérarchisation sociale et psychologique entre les Asiatiques, les Blancs et les Noirs, et celle-ci pour des caractéristiques y compris des comportements sexuels et intellectuels. Ces prétentions n’ont jamais été confirmées par d’autres scientifiques, et les conclusions n’ont pas été considérées comme scientifiques.

Au cours de son histoire, il existe au Canada de nombreux exemples de forme de racisme individuel ou institutionnel présents dans les politiques restrictives d’immigration, et dans les pratiques à l’égard des Autochtones et des immigrants non blancs, en particulier les Asiatiques, les Noirs et les Juifs. Certaines des politiques les plus racistes ont été dirigées envers les peuples autochtones. Jusqu’en 1960, les adultes autochtones ne pouvaient pas voter lors des élections fédérales, à moins qu’ils renoncent à leur statut inscrit sous la Loi sur les Indiens et renoncent à leurs droits issus des traités.

En 1880, le gouvernement du Canada a entrepris de financer des pensionnats religieux conçus pour intégrer les enfants autochtones dans la culture eurocanadienne. Entre les années 1930 et 1990, des écoles religieuses à travers le Canada étaient consacrées à l’assimilation des enfants autochtones dans la culture dominante. Plusieurs enfants ont été enlevés de leurs parents, et soumis à des abus humiliants, à des expériences scientifiques et à de mauvaises conditions de vie. La culture autochtone était régulièrement dénigrée, et plusieurs enfants étaient battus s’ils parlaient leur langue.

Le taux de meurtres et de disparitions de femmes autochtones au Canada est beaucoup plus élevé que chez les femmes non autochtones, un fait qui découle des conséquences du racisme, selon plusieurs. Les femmes autochtones représentent seulement 4,3 % des femmes canadiennes, mais représentent 16 % de toutes les victimes d’homicide.

Les Canadiens de race noire font l’objet d’une surveillance policière accrue, et les études témoignent de l’existence du profilage racial. Une étude a établi que les policiers constatent que 33,6 % des conducteurs arrêtés par les policiers de Toronto étaient de race noire, en comparaison avec les 8,1 % de la population totale de race noire.

Lutte contre le racisme

Pendant le dernier quart de siècle, le gouvernement fédéral et ceux des provinces ont édicté des lois pour combattre le racisme. Dans certains cas, le gouvernement a poursuivi des individus devant les tribunaux, par exemple Jim Keegstra et Ernst Zundel, en vertu des lois contre la propagande haineuse, pour les empêcher de diffuser leurs croyances racistes. Alors que l’idéologie grossièrement raciste est rare (voir Ku Klux Klan), des exemples de croyances racistes sont encore apparents. Aujourd’hui, le racisme et la discrimination sont plus fréquemment vécus par les minorités visibles, même si Statistique Canada prévoit qu’en 2017, plus de 20 % de la population appartiendra à une minorité visible.

Le Canada et les provinces ont adopté des lois pour protéger les individus, les groupes et leurs expressions culturelles. Toutefois, des formes de racisme et de discrimination persistent. La Loi canadienne sur les droits de la personne prohibe la communication haineuse. La loi protège les Canadiens contre tout discours qui fait la promotion de la haine, incite à la haine contre un groupe identifiable basé sur son ethnicité ou la couleur de sa peau.

La Charte canadienne des droits et des libertés énonce les droits constitutionnels essentiels dans une société démocratique et précise que toute loi canadienne doit être conforme avec la Charte. L’égalité entre tous les Canadiens est protégée sous la Charte, et celle-ci assure la garantie de certains droits aux peuples autochtones et confirme la protection du multiculturalisme du Canada.

La Loi canadienne sur les droits de la personne protège les individus contre la discrimination basée sur des caractéristiques personnelles, y compris la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle et le statut matrimonial. La Loi sur le multiculturalisme canadien protège les groupes contre la discrimination culturelle et affirme l’engagement envers les nouveaux Canadiens qu’ils peuvent préserver certains aspects de leur culture au Canada. D’autres dispositions législatives importantes se trouvent dans le Code criminel du Canada, qui interdit la promotion de la haine et l’incitation à la propagande haineuse, la Loi sur l’équité en matière d’emploi, qui vise à assurer un traitementéquitable dans les pratiques d’embauche des femmes, des Autochtones, des personnes ayant des handicaps et des membres des minorités visibles.