Daniel Igali, lutteur (Port Harcourt, Nigeria, 3 février 1974). Issu d'une famille de 21 enfants, Igali grandit au sein de la tribu Ijaw pour laquelle la lutte représente une part importante de la culture. Dans cette tribu, on joue du tambour pendant le combat, ce qui, croit-on, permet de guider le lutteur, comme les chants traditionnels tribaux associés à la lutte que l'on fredonne en arrière-plan. Pour remporter le match, il suffit au lutteur d'amener son adversaire au sol une fois. Igali commence à lutter à l'âge de 16 ans et s'inscrit au tournoi national de niveau senior au Nigeria. Même s'il n'y a pas de groupe d'âge désigné, il gagne dans sa division. La Plateau State University, dans le nord du Nigeria, le remarque; il s'y inscrit pour étudier en communications, tout en s'entraînant à la lutte gréco-romaine, laquelle utilise le même règlement que la lutte de style libre, mais n'autorise que les prises au-dessus de la ceinture.

Certaines déceptions l'amènent à changer de nouveau de style de lutte. En 1992, Daniel Igali suit un dur entraînement et perd 8 kg afin de se qualifier dans la catégorie des 62 kg. Il représente le Nigeria à l'occasion des Jeux du Commonwealth de 1994, tenus à Victoria (C.-B.), et se classe 11e. Il choisit de rester au Canada et s'inscrit à la Simon Fraser University où il remportera 116 combats consécutifs sur une période de trois ans. En 1998, il se classe 4e aux Championnats du monde et remporte la médaille d'argent à la Coupe du monde. Il devient citoyen canadien en 1998. Le 30 septembre 1999, à Ankara en Turquie, il remporte la première place dans la catégorie des 69 kg et se qualifie automatiquement pour les Jeux Olympiques. Il est le premier Canadien à gagner les Championnats du monde. Sa mère adoptive, Maureen Matheny, atteinte du cancer, est son inspiration et une de ses grandes motivations. « Je suis si fière de toi » seront ses dernières paroles, alors qu'il lui montre la médaille d'or qu'il a remportée aux Championnats du monde.

Daniel Igali continue de briller. Il reçoit le prix Norton H. Crowe, décerné à l'athlète amateur de l'année au Canada et, en tant que membre de l'équipe de lutte de Burnaby Mountain, il remporte la première place de sa division aux Championnats nationaux senior . Des compétitions tenues en Autriche et en Europe le forcent à affronter les inconvénients du décalage horaire et de la fatigue qui s'ensuit, ce qui l'aide à mieux se préparer pour les Jeux Olympiques de l'année suivante. Il passe beaucoup de temps à s'entraîner au Camp olympique de Calgary, où l'altitude lui fait prendre conscience qu'il se doit d'être en meilleure forme. Sa participation aux qualifications américaines lui permet d'évaluer quels sont ses adversaires potentiels.

Aux Jeux Olympiques, Daniel Igali dispute son premier combat contre un Géorgien qu'il a battu aux Championnats du monde l'année précédente. Il le bat une fois de plus. Il affronte ensuite un Iranien. Le match est nul, mais les arbitres utilisent d'autres critères, et Igali est proclamé vainqueur. Il passe donc en quarts de finale où il bat Yosmany Sanchez, de Cuba et, après une période supplémentaire, Lincoln McIlravy, des États-Unis. En finale pour la médaille d'or, Igali se mesure au Russe Arsen Gitinov. Il compte rapidement et mène 4-0, mais le Russe fait une remontée, et la première période se termine 4-4. En deuxième période, Igali compte deux points en faisant chuter le Russe, et un troisième en faisant toucher son dos au sol. Le combat se termine 7-4 et Igali remporte la médaille d'or. Pour souligner sa victoire, Igali porte le drapeau du Canada comme une cape, le retire et l'étend soigneusement sur le matelas. Il en fait le tour en courant, dans les deux sens, puis s'agenouille et l'embrasse. À la remise des médailles, alors qu'on joue l'hymne national, il pleure à chaudes larmes.

Un an après sa victoire olympique pour le Canada, il a l'occasion de prouver qu'il n'a pas oublié ses racines. Il met sur pied un projet conjoint avec des élèves de l'école Heritage Park, de Mission en Colombie-Britannique, pour construire une école et un gymnase à Eniwari, au Nigeria, où il a grandi. L'école portera le nom de Maureen-Matheny, en l'honneur de sa mère adoptive, sa plus grande inspiration.