Formule du concours

Canada Reads est diffusé sur CBC Radio One par épisodes de 30 minutes pendant cinq jours. Dans chaque épisode, cinq personnalités canadiennes défendent une œuvre de fiction canadienne qu’ils ont choisie. Le nom des cinq romans est révélé plusieurs mois avant le début de l’émission et annoncé dans les librairies de tout le pays. Comme dans l’émission de téléréalité Survivor, les quatre premiers épisodes de Canada Reads se concluent par un vote des participants pour éliminer un livre. Dans le cinquième et dernier épisode, ils choisissent entre les deux livres restants et proclament le gagnant, celui que « tout le Canada devrait lire ».

Canada Reads est un prix littéraire relativement unique en ce qu’il permet au public d’assister aux délibérations du jury. Les discussions sont modérées par un animateur, mais aucun critère spécifique n’est imposé aux participants pour choisir le gagnant. Par conséquent, les personnalités sont appelées à débattre librement des qualités littéraires de chaque roman : pertinence politique, historique et sociale, personnages, humour, etc. Les auditeurs sont encouragés à participer aux débats avec les juges sur le site Internet de Canada Reads ou sur Twitter.

Aucun prix en argent n’est remis au gagnant, mais les livres apparaissant à l’émission jouissent d’une grande publicité. Résultat, les auteurs et les éditeurs sont généralement récompensés par un accroissement des ventes, qui passent de quelques centaines de copies par année à quelques milliers ou dizaines de milliers pendant la durée du concours. Par exemple, les cinq livres présentés en 2008 ont connu, en moyenne, une augmentation des ventes de plus de 4 200 %. L’éditeur du livre gagnant donne une partie de ses profits à un organisme de charité promouvant l’alphabétisme, comme le Collège Frontière ou le Rassemblement canadien pour l’alphabétisation.

Évolution de la formule du concours

La formule de Canada Reads a connu de légers changements d’une année à l’autre. De 2002 à 2004, les participants soumettent une liste de cinq livres qu’ils désirent défendre, mais la décision finale reste entre les mains des producteurs. Après 2005, les participants peuvent choisir uniquement le livre qu’ils désirent défendre. En 2007, les participants gagnants des cinq années précédentes sont à nouveau réunis pour une édition « des étoiles ». À l’occasion du 10e anniversaire du concours, en 2011, l’émission se concentre sur les dix dernières années pour trouver « le livre le plus essentiel de la décennie », et permet au public de participer davantage au choix des livres choisis. En 2012, le concours est consacré exclusivement à la littérature non-romanesque.

Jusqu’en 2011, l’émission est préenregistrée afin de permettre aux producteurs de s’adapter aux disponibilités des personnalités invitées et de s’assurer qu’un nombre suffisant de copies du livre gagnant soit imprimé à temps pour l’annonce du résultat du concours. L’émission est diffusée en direct à partir de 2011.

Animateurs

La comédienne populaire Mary Walsh anime la première saison. Elle est remplacée l’année suivante par Bill Richardson, qui continue à animer l’émission jusqu’à sa retraite en 2007. Jian Ghomeshi, l’animateur de l’émission culturelle quotidienne Q de CBC Radio One, anime l’émission de 2008 à 2014, quand il est congédié à la suite d’allégations d’agression sexuelle (voir Affaire Jian Ghomeshi). Depuis, le concours est animé par une personnalité de CBC différente chaque année : Wab Kinew en 2015, Gill Deacon en 2016 et Ali Hassan en 2017.

Version française : le Combat des livres

En 2004, une version française de l’émission baptisée le Combat des livres commence à être diffusée sur la Première chaîne de Radio Canada. Elle est d’abord animée par Marie-France Bazzo, puis intégrée à l’émission nationale du matin de Christiane Charette. Le Combat des livres est abandonnée après la saison 2014 et remplacée par un site Internet de Radio-Canada conçu pour promouvoir les auteurs canadiens-français dans le monde entier.

Presque à chaque saison, une personnalité francophone est invitée à Canada Reads pour défendre un roman traduit du français, tandis qu’une personnalité anglophone apparaît dans le Combat des livres pour défendre un livre anglais. Des romans québécois traduits en anglais remportent Canada Reads en 2003 et 2010, tandis qu’Aminata (la traduction française du roman The Book of Negroes de Lawrence Hill) et Parfum de poussière (la traduction de De Niro’s Game de Rawi Hage) sont les seuls livres lauréats du concours français écrits à l’origine en anglais. Le roman de Lawrence Hill est le seul ayant remporté à la fois Canada Reads et le Combat des livres.

Critiques

Canada Reads n’a pas été épargné par les critiques, venant des intellectuels ou des médias. Particulièrement pendant les premières années du programme, on reproche à CBC de reconfirmer des œuvres littéraires consacrées, en invitant des auteurs déjà célèbres et populaires comme Margaret Atwood, Margaret Laurence, Michael Ondaatje et Mordecai Richler. Les petits éditeurs canadiens (voir Petites maisons d’édition) se plaignent que les bénéfices financiers des livres gagnants vont principalement à des maisons d’édition internationales.

L’émission est aussi critiquée pour sa superficialité, puisque les épisodes de 30 minutes permettent difficilement un débat approfondi sur un des livres. Le recours à des personnalités publiques plutôt qu’à des spécialistes de la littérature pour former le jury est aussi remis en question. Les détracteurs de l’émission affirment que les invités n’ont pas vraiment de sens critique et abordent rarement des thèmes comme le racisme, la lutte des classes, la discrimination sexuelle ou les droits des peuples autochtones, même quand ils sont évoqués dans les romans.

Les créateurs de l’émission, dont le producteur délégué original Talin Vartanian, défendent la formule en expliquant que les invités sont délibérément choisis pour attirer un auditoire plus vaste et jeune, conformément à l’objectif premier de l’émission, qui est d’encourager de nouveaux lecteurs à découvrir la littérature canadienne.

Impact et signification

Pour les auteurs, apparaître dans Canada Reads signifie une meilleure visibilité publique et des ventes fulgurantes; In the Skin of a Lion, de Michael Ondaatje, se vend à 80 000 exemplaires après avoir remporté le premier concours en 2002. En 2008, le roman King Leary de Paul Quarrington, qui était épuisé,devient un best-seller après avoir gagné le concours. The Book of Negroes de Lawrence Hill, gagnant de Canada Reads en 2009 et du Combat des Livres en 2013, est un des romans canadiens les plus vendus de tous les temps, avec plus de 500 000 exemplaires au Canada seulement.

Malgré les critiques, Canada Reads a continué à gagner en popularité et en influence et est devenu un joueur important en littérature canadienne. Les augmentations des ventes phénoménales et la popularité des émissions annuelles semblent montrer que Canada Reads atteint son objectif en rejoignant un vaste public et en faisant découvrir la littérature de fiction canadienne à un public de non lecteurs.

Voir aussi : Littérature de langue anglaise; Littérature de langue française.

Lauréats de Canada Reads

2002 — In the Skin of a Lion, Michael Ondaatje

2003 — Prochain épisode, Hubert Aquin

2004 — The Last Crossing, Guy Vanderhaeghe

2005 — Rockbound, Frank Parker Day

2006 — A Complicated Kindness, Miriam Toews

2007 — Lullabies for Little Criminals, Heather O’Neill

2008 — King Leary, Paul Quarrington

2009 — The Book of Negroes, Lawrence Hill

2010 — Nikolski, Nicolas Dickner

2011 — The Best Laid Plans, Terry Fallis

2012 — Something Fierce, Carmen Aguirre

2013 — February, Lisa Moore

2014 — The Orenda, Joseph Boyden

2015 — Ru, Kim Thúy

2016 — The Illegal, Lawrence Hill

Lauréats du Combat des livres

2004 — Un dimanche à la piscine à Kigali, Gil Courtemanche

2005 — L’Avalée des avalés, Réjean Ducharme

2006 — La Femme de ma vie, Francine Noël

2007 — L’Iguane, Denis Thériault

2008 — La Logeuse, Éric Dupont

2009 — Parfum de poussière, Rawi Hage

2010 — L’énigme du retour, Dany Laferrière

2011 — L’homme blanc, Perrine Leblanc

2012 — La petite et le vieux, Marie-Renée Lavoie

2013 — Aminata (The Book of Negroes), Lawrence Hill

2014 — La Belle Bête, Marie-Claire Blais