Alcoolisme

L'alcoolisme est un comportement caractérisé par l'absorption incontrôlée de boissons alcoolisées au point d'endommager la santé et le fonctionnement en société. Il s'agit donc de l'extrême d'un éventail de comportements face à l'alcool qui varient selon le degré de dépendance et de tolérance de chaque personne, mais aussi à bien d'autres égards, comme le moment de la journée où l'on boit de l'alcool et le choix des boissons alcoolisées. Les habitudes, les normes et les critères ainsi que la réglementation et le contrôle de la consommation d'alcool varient également selon les groupes et les pays. Le terme « buveur à problèmes » désigne des personnes qui, sans avoir développé une dépendance physique à l'alcool, sont notamment aux prises avec des problèmes sociaux ou de santé.

Historique de la consommation d'alcool

Le procédé qui consiste à laisser des liquides sucrés fermenter pour en faire des boissons alcoolisées remonte aux débuts des temps anciens et était en usage dans de nombreuses cultures sans écriture de par le monde. Dans l'Antiquité, les Égyptiens buvaient de la bière et du vin, tout comme d'autres peuples du Moyen-Orient. Des 139 sociétés qui peuplent le monde, au moins 121 consomment apparemment de l'alcool. Les boissons fortes, obtenues par distillation de liquides fermentés, apparaissent pour la première fois au Moyen Âge chez les populations du Moyen-Orient ou de l'Asie méridionale (voir Distillerie).

Les sociologues constatent que les quantités d'alcool absorbées varient selon les sociétés en fonction de leur avancement technologique et d'autres facteurs. Bien que les sociétés évoluées soient plus susceptibles de consommer de l'alcool, l'ivrognerie se rencontre plus souvent dans celles qui sont moins développées en raison, apparemment, de l'anxiété qu'engendrent les incertitudes économiques et autres impondérables. L'introduction de boissons distillées en provenance d'Europe perturbe aussi les pratiques traditionnelles des sociétés non occidentales. La consommation d'alcool est mieux contrôlée dans les sociétés très structurées, surtout lorsqu'elle fait symboliquement partie des célébrations collectives. Dans les sociétés industrialisées, la grande liberté personnelle et l'aisance dans laquelle les gens vivent, ainsi que l'obligation d'avoir une activité professionnelle organisée et des horaires de travail stricts incitent les gens à réglementer et à limiter leur consommation d'alcool.

Point de vue scientifique sur la consommation d'alcool

L'éthanol, couramment appelé « alcool », appartient en fait à une classe de composés organiques comprenant un groupe d'hydroxyles liés à un atome de carbone. L'alcool éthylique (CH3CH2OH) est le principal ingrédient pharmacologique des boissons alcoolisées. D'autres alcools et substances connexes s'y trouvent en petites quantités et peuvent contribuer aux effets physiologiques et psychologiques de l'alcool, y compris la « gueule de bois ». Un ingrédient, le thujone, qui est un composant de l'huile d'armoise, est un puissant agent intoxicant présent dans l'absinthe et, en dose plus faible, dans les vermouths. Dans les vins, la levure agit sur les sucres naturels pour produire de l'éthanol. On fabrique des vins non seulement avec du raisin, mais aussi avec quantité d'autres fruits, et leur teneur en alcool ne dépasse pas 14 p. 100 environ, car au-delà de cette concentration, la levure meurt (voir Industrie viticole).

L'alcoolisation, qui consiste à distiller une partie du moût avant de le reverser dans le liquide d'origine, augmente la teneur en alcool, comme dans le cas du sherry. Les bières sont par nature moins alcoolisées. On les fabrique à partir de féculants en commençant par décomposer, à l'aide d'un enzyme, les carbohydrates complexes en sucres plus simples. Finalement, on peut produire par distillation des boissons pouvant présenter jusqu'à 95 p. 100 d'alcool en chauffant un liquide fermenté jusqu'à ce que l'éthanol s'évapore et qu'il se recondense dans un autre contenant, où il redevient liquide. Au Canada, les boissons distillées populaires sont le rhum, à base de canne à sucre, et le whisky, fabriqué à partir d'orge et d'autres céréales.

Les boissons alcoolisées passent rapidement dans le sang à travers les parois de l'estomac et de l'intestin grêle, car elles n'ont pas besoin d'être digérées. Le type et la quantité de nourriture présente dans l'estomac est un des facteurs qui peuvent modifier le taux d'absorption de l'alcool. Par exemple, un repas riche en graisse pris avant de boire ralenti considérablement l'absorption d'alcool. Le sang transporte l'alcool dans toutes les parties du corps, où il est absorbé jusqu'à ce qu'il soit présent à parts égales dans le sang et dans les organes. L'alcool est éliminé dans une faible mesure (10 p. 100) par expiration, transpiration et miction, mais il est en grande partie métabolisé dans le foie et produit en fin de compte de l'eau, du dioxyde de carbone et de l'énergie.

Le degré d'intoxication par l'éthanol correspond à la concentration d'alcool dans le sang, qui dépend principalement de la quantité d'alcool consommée, du volume sanguin, du taux d'absorption et du métabolisme, ainsi que du temps écoulé depuis l'ingestion. Selon son poids, un homme adulte peut avoir une concentration d'alcool dans le sang de 0,06 p. 100 après avoir bu trois consommations normales d'une boisson alcoolisée. Les effets corrélés de ces faibles doses d'éthanol sur les plans physiologique et psychologique sont erratiques, mais l'alcool absorbé à plus fortes doses modifie incontestablement le fonctionnement du système nerveux central. Il est prouvé qu'une concentration de 0,1 p. 100 d'alcool dans le sang affecte certains centres moteurs du cerveau tels. ceux de la parole, de l'équilibre et de la dextérité. Une concentration de 0,2 p. 100 atteint tous les centres moteurs et la zone des émotions. À 0,45 p. 100, tous les centres de perception sont altérés, ce qui provoque un coma. À 0,7 p. 100, les centres contrôlant le rythme cardiaque et la respiration sont altérés au point d'entraîner la mort.

En ce qui a trait aux comportements complexes (agressions, pulsions sexuelles), il est en général difficile d'interpréter les résultats des études psychologiques sur les effets de l'éthanol, surtout à faibles doses. Les recherches sur les effets de l'alcool sur les émotions et les humeurs ne sont pas plus concluantes. Beaucoup d'études en laboratoire négligent les variables du contexte dans lequel on boit dans la vie quotidienne (p. ex. la présence d'autres personnes, les rapports sociaux du buveur avec ces personnes, etc.). Il est aussi prouvé que les effets escomptés de la consommation d'alcool par une personne jouent un grand rôle dans le plaisir que l'alcool lui procure.

Des études des modèles nationaux et des recherches transculturelles sur la consommation d'alcool révèlent des variations considérables dans les comportements. Les définitions qui prévalent dans un groupe ou dans une société au sujet des fonctions, de la consommation et des effets de l'alcool influencent presque certainement dans une grande mesure les comportements des gens face aux boissons alcoolisées. Dans certaines sociétés, comme chez les Italiens, qui considèrent l'alcool avant tout comme une nourriture, le vin se boit à table et ne semble guère troubler les comportements. Par contre, les Scandinaves, et particulièrement les Finlandais, voient traditionnellement dans les boissons alcoolisées des produits enivrants. La consommation d'alcools forts, généralement en dehors des repas, y dégénère parfois en scènes explosives et violentes. Dans les régions d'Europe et d'Amérique du Nord où l'on boit de la bière, l'alcool est surtout considéré comme un « facilitateur » des interactions sociales. Il serait cependant prématuré de conclure que le degré d'alcool ou le type de boisson ingéré est la cause directe ou indirecte des réactions des gens. Chez certains paysans boliviens, par exemple, la boisson alcoolisée contient habituellement 95 p. 100 d'alcool, et pourtant, la réaction collective à cette intoxication massive est la passivité, et les comportements perturbateurs sont extrêmement rares.

Alcoolisme et abus d'alcool

Les recherches sur l'alcoolisme s'effectuent dans plusieurs domaines : biologique (effets de l'alcool sur l'organisme), psychologique (effets sur l'esprit) et sociologique (approvisionnement en alcool et consommation en société). Il est clair que certaines personnes développent une tolérance à l'égard de l'alcool et ont besoin d'en absorber des doses accrues pour montrer des signes d'intoxication. Certaines autres deviennent dépendantes, car leurs cellules se modifient et s'adaptent à l'alcool. Les différents symptômes de l'état de besoin sont un besoin maladif de consommer de l'alcool, des tremblements et une anxiété croissante (on peut considérer la « gueule de bois » comme une forme bénigne de besoin). Parmi les réactions que peut provoquer le sevrage consécutif à une période prolongée d'alcoolisme, figurent les nausées, les vomissements et des crises. Le delirium tremens (DT), qui combine plusieurs symptômes d'un état de besoin peut s'accompagner d'hallucinations et d'autres sensations désagréables.

La consommation prolongée d'alcool à fortes doses entraîne des problèmes chroniques tels que des carences nutritionnelles, des troubles digestifs, une inflammation du foie et du pancréas, de l'anémie, l'impuissance, des troubles neurologiques et le syndrome nouvellement découvert de l'alcoolisme foetal. S'y ajoutent d'autres problèmes, notamment les accidents de la route, les blessures ou morts accidentelles, le suicide et le crime (voir facultés affaibles, Conduite avec).

Les nombreuses recherches n'ont pas réussi à lever le voile sur les causes de l'alcoolisme. En fait, l'alcoolisme se conçoit mieux comme un ensemble de problèmes connexes dont chacun a ses caractéristiques, ses causes, son pronostic et son traitement propres. Des facteurs culturels (religion, attitude envers l'alcool et problèmes d'alcoolisme) sont liés au taux d'alcoolisme. Des phénomènes sociaux tels que le mode de vie familial et les relations entre amis, la nature et la sévérité des sanctions et des récompenses réservées aux buveurs influencent aussi la consommation d'alcool et ses abus. À en croire certaines études, les incitations ou, au contraire, les freins à l'achat d'alcool que représentent le revenu et la réglementation de la production, de la distribution et de la vente des boissons alcoolisées ont des répercussions sur l'ampleur de la consommation et des problèmes qui s'y rattachent. Les individus n'ont pas tous les mêmes prédispositions à l'intoxication et à la dépendance à l'alcool, ce qui explique la multiplication des recherches physiologiques et psychologiques en la matière. Il existe peu de preuves, cependant, que certains types de personnalités aient des prédispositions à l'alcoolisme.

Consommation d'alcool au Canada

Environ 75 p. 100 des Canadiens adultes consomment des boissons alcoolisées au moins occasionnellement. À l'échelle internationale, le Canada est classé comme un pays de buveurs de bière, car cette boisson compte pour 51 p. 100 de la consommation absolue d'alcool tandis que les eaux-de-vie distillées comptent pour 30 p. 100. Les Turcs, les Polonais et les Israéliens consomment leur alcool en majorité sous forme de spiritueux, mais étant donné que la consommation d'alcool en volume est relativement faible dans ces pays, les Canadiens font partie des plus grands consommateurs de spiritueux. La consommation moyenne de vin par habitant est de 9 litres par an au Canada contre 62 au Portugal et 67 en France. On constate cependant une tendance à l'uniformisation des modes de consommation à l'échelle internationale. Ainsi, au Canada, la consommation de bière a baissé et celle du vin s'est accrue jusque dans les années 80. Le niveau de consommation d'alcool au Canada est dans l'ensemble proche de celui des pays industrialisés du Nord-Ouest de l'Europe.

La consommation de l'équivalent d'alcool pur par adulte était de 9 litres au Canada en 1991, soit une légère baisse par rapport aux années précédentes, même si elle n'atteignait pas 7 litres en 1950. Il n'en reste pas moins que dans la plupart des pays, dont le Canada, la consommation est aujourd'hui relativement modérée si on la compare à celle des XVIIIe et XIXe siècles. Les statistiques sur la consommation d'alcool des Canadiens d'autrefois sont rares. Dans les années 1870, les registres officiels des provinces l'estimaient à seulement 5 litres par an; toutefois, on ne tenait pas compte de la bière et du cidre artisanaux qui, dans un pays à prédominance rurale et agricole, peuvent avoir représenté la majeure partie de la consommation. Ajoutons que dans d'autres pays tels que la Suède et les États-Unis, l'essor du mouvement pour la tempérance, au XIXe siècle, coïncide avec une tendance à la baisse de cette consommation.

Plus tôt, dans les années 1830, dans un district représentatif du Haut-Canada (Bathurst), on comptait six distilleries pour approvisionner la région. Comme chacune produisait alors quotidiennement environ 60 gallons de whisky et d'autres spiritueux, on arrive à 13,4 litres d'éthanol par adulte de 15 ans et plus, soit la moitié des 26,9 litres consommés aux États-Unis en 1830. Les chiffres canadiens n'incluent toutefois pas la bière, le cidre et le vin. Ainsi donc, bien que la consommation d'alcool ait augmenté depuis la fin de la prohibition, elle s'est stabilisée et reste probablement bien inférieure aux niveaux élevés d'avant l'apparition du mouvement pour la tempérance. En outre, une tendance à long terme montre un désintérêt pour les spiritueux en faveur des boissons moins alcoolisées.

Approximativement 4% des consommateurs adultes sont des alcooliques, un chiffre calculé selon l'incidence connue de la mortalité dûe à la cirrhose du foie, et donc, probablement un sous estimé. Les comparaisons internationales de l'alcoolisme s'appuient sur les statistiques de cirrhose du foie (la « formule de Jellinek »), dont on sait qu'elles sont en corrélation très étroite avec celles du niveau global de consommation d'alcool. Ainsi, le taux d'alcoolisme national correspond généralement au taux de consommation nationale, et l'alcoolisme au Canada se situe dans la moyenne des pays occidentaux. Au Canada, environ 2 200 personnes meurent annuellement d'une cirrhose du foie, ce qui donne un taux annuel de 8 décès par 100 000 habitants. Quelques centaines d'autres meurent des suites d'autres accidents liés à l'alcool (empoisonnement, accidents routiers, etc.). Le taux de mortalité par cirrhose du foie augmente notablement avec l'âge et est plus élevé en milieu urbain et dans l'Ouest et le Nord du Canada, deux régions enregistrant la plus forte consommation d'alcool.

Au moment des enquêtes, les Canadiens déclaraient prendre quatre consommations d'alcool en moyenne par semaine, ce qui est manifestement en-deça de la réalité. En effet, les statistiques des ventes aboutissent plutôt à 10,8 consommations hebdomadaires par personne, soit plus du double. En outre, la consommation réelle dépasse probablement ce chiffre, car de nombreux Canadiens achètent une partie non négligeable de leur alcool à meilleur prix dans les magasins hors taxe, à la frontière des États-Unis, sans compter qu'ils sont nombreux aussi aujourd'hui à fabriquer leur vin et leur bière à la maison.

Certes les touristes étrangers boivent aussi de l'alcool, surtout dans les Territoires du Nord-Ouest, mais la réciproque est au moins aussi vraie pour les touristes canadiens aux États-Unis. Les statistiques des ventes et les enquêtes concordent cependant sur la baisse de la consommation d'alcool ces dernières années. Le Canada est un pays complexe et varié dont les modes de consommation des boissons alcoolisées varient considérablement. Les hommes disent qu'ils boivent en moyenne trois fois plus d'alcool que les femmes.

Dans la région atlantique, plus traditionnelle, le coefficient hommes-femmes est de quatre, alors qu'il est moindre en Colombie Britannique. Même s'il est permis d'avoir des réserves sur les différences de consommation entre les hommes et les femmes, il n'est reste pas moins que le taux de mortalité par cirrhose du foie est deux fois supérieur chez les hommes. Les Canadiens anglophones boivent plus que les membres des minorités ethniques. Les hommes continuent à boire relativement beaucoup jusque dans la cinquantaine et la soixantaine alors que les femmes diminuent régulièrement leur consommation d'alcool en vieillissant. Les gens mariés boivent moins que les personnes célibataires, divorcées ou séparées.

Parmi les autres facteurs agissant sur la consommation d'alcool, figurent en particulier la classe sociale et la religion. Les femmes plus instruites, ayant une qualification professionnelle et un revenu supérieurs sont portées à boire davantage, bien que les études suggèrent que les grandes buveuses se trouvent surtout dans les groupes à faible revenu. Ce sont les hommes occupant des emplois intermédiaires et ayant une instruction moyenne qui consomment le plus d'alcool. En général, la consommation est plus fréquente, mais pas nécessairement plus grande, chez les personnes ayant un emploi et de l'instruction de niveau supérieur. Parmi les groupes religieux, les juifs sont les moins susceptibles de s'abstenir de boire, mais ont par contre le taux d'alcoolisme le plus faible. Cette absence de dépendance semble découler de la consommation rituelle d'alcool dans la pratique religieuse orthodoxe. C'est parmi les personnes sans affiliation religieuse que se retrouvent les plus grands buveurs. Chez les hommes, une maladie récente est plus fréquente chez ceux qui boivent davantage, alors que le contraire est vrai chez les femmes. Cependant, cette différence ne fait probablement que refléter l'accroissement de la morbidité avec l'âge, de même que les effets différents du vieillissement sur la consommation d'alcool des hommes et des femmes.

Réactions à la consommation d'alcool

Au Canada d'avant le XIXe siècle, on considère généralement la consommation d'alcool comme allant de soi, et les gens boivent du cidre, de la bière et du vin tous les jours. On ne tient pas compte alors de l'accoutumance à l'alcool, puisque la consommation de boissons alcoolisées fait partie des normes acceptées. Les premières tentatives des autorités françaises et britanniques visant à réglementer l'usage de l'alcool chez les autochtones s'avèrent l'exception à la règle. Au tournant du XIXe siècle, la consommation de spiritueux ayant de l'ampleur, les mouvements pour la tempérance d'Angleterre et des États-Unis prônent la modération. Les Églises, en particulier baptistes et méthodistes, participent activement à cette campagne et finissent par réclamer l'abstinence complète et la prohibition légale du « commerce des spiritueux ». À ce stade, des conflits entre groupes sociaux (p. ex. religieux, ethniques et politiques) commencent à avoir des retombées sur le débat, et les plébiscites en faveur de la prohibition révèlent que la mesure est loin d'être appuyée également dans toutes les provinces. Le Québec s'oppose radicalement à la prohibition alors que l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse s'y rallient avec enthousiasme. La prohibition devient une politique nationale pendant la Première Guerre mondiale, malgré la présence de nombreuses distilleries clandestines et d'échappatoires.

Au lendemain de cette guerre, les provinces remplacent progressivement la prohibition par un système de distribution et de permis sous contrôle gouvernemental, manifestement afin de préserver la santé et l'ordre publics. Aujourd'hui, le véritable rôle de ce système est de remplir les caisses de l'État et de faire fonctionner le patronage politique. Les recherches montrent cependant que les politiques de prix et la réglementation des horaires d'ouverture des points de vente ont un impact certain sur la consommation d'alcool et sur les problèmes connexes.

Traitement de l'alcoolisme

Il existe au Canada une série de programmes pour traiter les problèmes liés à l'alcoolisme. Certains traitent directement les alcooliques alors que d'autres les réfèrent à des centres de traitement ou offrent des services de consultation aux familles d'alcooliques. Il existe aussi des programmes de prévention de l'alcoolisme et de lutte contre l'alcoolisme au volant. Les Alcooliques anonymes (AA) et une variété de programmes commandités par l'État (certains affiliés à des établissements de soins de santé, d'autres n'ayant pas d'autre but que de traiter l'alcoolisme) offrent directement de l'aide aux alcooliques. Les programmes gouvernementaux se classent en quatre catégories : désintoxication (soins de 2 à 3 jours avec hospitalisation);hospitalisation de courte durée avec traitements ou réadaptation pendant quelques jours ou quelques semaines; hospitalisation de longue durée; et finalement traitement en clinique externe.

La tendance des 10 dernières années est dans ce cas comme pour la plupart des maladies physiques et mentales, au traitement accru en clinique externe et à la réduction des hospitalisations. Les quelques études effectuées donnent des résultats contradictoires sur l'efficacité des cliniques externes. Force est de conclure que cette orientation est dictée par le souci de réduire les coûts et que l'efficacité est secondaire. Selon une étude récente, il y avait un patient en clinique externe pour trois en résidence, le séjour de ces derniers étant grandement écourté. Environ 10 p. 100 des alcooliques canadiens bénéficient de l'ensemble des programmes qui leur sont offerts. Les hommes ont six fois plus de chances que les femmes d'y être admis et leur âge moyen est de 44 ans.

Les coûts et les bénéfices de marchandises comme les boissons alcoolisées peuvent notamment s'analyser en termes économiques. Au Canada, les monopoles gouvernementaux sur les ventes d'alcool rapportent environ 3 milliards de dollars par an, dont approximativement les deux tiers vont aux provinces. Certains revenus vont aux fermiers producteurs de fruits et de grains, aux brasseries, aux négociants en vins et aux distilleries ainsi qu'à l'industrie des services connexes. La masse salariale des employés travaillant dans la production d'alcool s'élève à un demi-milliard de dollars, et la publicité pour l'alcool représente un gros chiffre d'affaires. Les exportations canadiennes de spiritueux et, plus récemment, de bière, rapportent un volume appréciable de devises étrangères. Au passif du dossier de l'alcool s'inscrivent les dépenses en soins de santé qui lui sont directement ou indirectement imputables et que l'on estime à 2 milliards de dollars.

Les abus d'alcool sont aussi responsables des coûts prohibitifs d'autres secteurs tels que la police et les tribunaux, le bien-être social et les accidents de la route. On estime à au moins un millard par an les pertes de production causées par l'alcool. Beaucoup de coûts et de bénéfices sont plus difficiles à chiffrer. Le vin est indispensable aux cérémonies religieuses dans certains groupes, mais il est frappé d'anathème chez d'autres. Les avantages socio-psychologiques de l'usage d'alcool sont évidents, tout comme l'est le tort causé par sa consommation excessive et incontrôlée. Les buveurs modérés courent moins de risque de problèmes cardiaques que les personnes qui s'abstiennent complètement; ils sont apparemment en meilleure santé et vivent plus longtemps en moyenne. Les grands buveurs accumulent les problèmes de santé et vivent moins longtemps.

Types de thérapie

Plusieurs types de thérapie existent : les médicaments (p. ex. Antabuse), qui provoquent des réactions déplaisantes; les psychothérapies individuelles et de groupe; et les techniques de modification du comportement (p. ex. apprentissage par aversion). Leur efficacité est controversée.

Les études constatent des améliorations chez 33 à 70 p. 100 des patients, bien qu'on ne sache trop si l'objectif des thérapies est d'arriver à l'abstinence totale ou à la consommation modérée. Il ne faut pas oublier que l'alcoolisme est un problème dont la gravité fluctue et que ceux qui en souffrent cherchent probablement de l'aide au moment où ils en ont le plus besoin. On peut donc prévoir qu'à certains moments par la suite ils se sentiront mieux, mais il sera difficile d'attribuer l'amélioration exclusivement à la thérapie reçue. La documentation scientifique sur les résultats de ces thérapies sont plus optimistes aujourd'hui qu'autrefois, et elles affichent un scepticisme croissant à l'égard d'Alcooliques anonymes. Toutefois, sur ce dernier point, l'intérêt personnel des auteurs peut entrer en ligne de compte.